vendredi 14 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2500344 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | BOULANGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2025 sous le n° 2500344, Mme E, épouse D, représentée par Me Boulanger, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2025 par lequel la préfète des Vosges l'a assignée à résidence sur le territoire du département des Vosges pendant une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois avec obligation quotidienne de se maintenir à son domicile entre 6 heures et 8 heures et de se présenter du lundi au samedi, y compris jours fériés, entre 9 heures et 11 heures auprès des services de police de Mirecourt ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il existe une perspective raisonnable d'éloignement ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les modalités de contrôle de cette décision sont disproportionnées et incompatibles avec sa situation personnelle et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 janvier 2025, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Wolff, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, magistrate désignée,
- et les observations de Me Boulanger, représentant Mme C, absente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que ses écritures et insiste sur la disproportion des mesures de contrôle qui assortissent la décision portant assignation à résidence et sur l'absence de perspective raisonnable d'éloignement, en l'absence de tout document de nature à en justifier.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, épouse D, ressortissante géorgienne née le 1er avril 1983, déclare être entrée sur le territoire français le 27 octobre 2019 accompagnée de son époux et de leurs quatre enfants mineurs. Par des décisions du 21 avril 2021 et du 30 juin 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ont rejeté leur demande d'asile. Par un arrêté du 2 juin 2021, le préfet des Vosges a refusé de faire droit à la demande de titre de séjour pour soins de son époux, M. D, et l'a obligé, ainsi que Mme C, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par des arrêtés du 14 octobre 2022, le préfet des Vosges a de nouveau obligé M. D et Mme C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 23 septembre 2024, M. D a formé une nouvelle demande de titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 23 janvier 2025, la préfète des Vosges a refusé de faire droit à cette demande et a rappelé les termes de l'arrêté du 14 octobre 2022. Par un arrêté du 24 janvier 2025, la préfète des Vosges a assigné à résidence Mme C dans le département des Vosges pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de ce dernier arrêté.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Vosges le même jour, la préfète des Vosges a donné délégation à Mme A B, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions relevant de ce bureau, notamment les décisions portant assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de justice administrative : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
6. Il ressort des termes de la décision assignant Mme C à résidence que celle-ci est fondée sur une décision du 14 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours dont elle a fait l'objet, qui n'a pas été exécutée dans le délai ainsi fixé et sur la circonstance que l'exécution de cette obligation demeure une perspective raisonnable d'éloignement. Par suite, et alors que Mme C ne conteste pas sérieusement l'appréciation portée par la préfète sur l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement, c'est sans commettre d'erreur de droit que la préfète des Vosges a pu assigner à résidence Mme C sur le fondement des dispositions de l'article précité.
7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / () / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 733-2 du même code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures ". Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 5, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Les modalités d'application de l'obligation de présentation sont soumises au contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qui, saisi d'un moyen en ce sens, vérifie notamment qu'elles ne sont pas entachées d'erreur d'appréciation.
9. En l'espèce, la décision contestée impose à Mme C de demeurer à son domicile entre 6 heures et 8 heures et, à titre de mesure de contrôle, de se présenter du lundi au samedi, y compris les jours fériés, entre 9 heures et 11 heures, au commissariat de police de Mirecourt. Mme C se prévaut de la scolarisation de ses quatre enfants mineurs. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C réside dans la commune de Mirecourt, à 750 mètres du commissariat, et, alors qu'elle ne justifie pas de la scolarisation des aînés, âgés de 12 et 17 ans, que ses deux plus jeunes enfants, âgés de six et huit ans, sont scolarisés au sein de l'école primaire publique Simone Veil de Mirecourt, située à 600 mètres de son domicile. Il n'est en outre pas justifié de ce que les problèmes de santé et l'hospitalisation de son époux au centre hospitalier de Ravenel, d'ailleurs postérieure à la décision contestée, l'empêcheraient de respecter ces obligations. Dans ces conditions, Mme C ne démontre pas que la décision portant assignation à résidence, tant dans son principe que dans ses modalités, porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise la préfète des Vosges au regard des modalités de contrôle de la décision litigieuse doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C à fin d'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2025 de la préfète des Vosges doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C, à la préfète des Vosges et à Me Boulanger.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.
La magistrate désignée,
É. Wolff
La greffière,
F. Levaudel
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026