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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2500423

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2500423

jeudi 20 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2500423
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLEBON-MAMOUDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire enregistrée le 7 février 2025 et un mémoire complémentaire enregistré le 19 février 2025, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 30 janvier 2025 par lequel le préfet de la Meuse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de cinq ans.

Il soutient que l'arrêté contesté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ; il serait isolé en cas de retour en Algérie.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 février 2025, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Milin-Rance pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance, magistrate désignée,

- et les observations de Me Lebon-Mamoudy, avocate commise d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et souligne que le requérant est entré en France en 2020 à l'âge de 17 ans et est présent en France depuis plus de 4 ans. La mesure d'éloignement et l'interdiction de retour ont été prises sans vérification des attaches en Algérie. Elles sont disproportionnées.

- le préfet de la Meuse n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique conformément à l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 24 mars 2003, de nationalité algérienne, est entré en France en 2020. Il a fait l'objet de quatre mesures d'éloignement prises le 25 mai 2021 par le préfet des Bouches-du-Rhône, le 24 mai 2022 par le préfet de la Seine-Saint-Denis, le 31 mai 2022 par le préfet de police de Paris et le 7 décembre 2023 par le préfet du Territoire de Belfort. Il a été écroué le 4 avril 2024 au centre pénitentiaire de Mulhouse puis transféré le 9 juillet 2024 au centre de détention de Saint-Mihiel. Le 30 janvier 2025, il a fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Meuse portant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et interdiction de retour pendant une durée de cinq ans, qui lui a été notifié par voie postale le 3 février 2025. Il conteste cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Meuse a informé M. A, par courrier en date du 23 janvier 2025 remis en main propre le 29 janvier 2025, qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et l'a invité à présenter ses observations, notamment sur l'existence d'une éventuelle vulnérabilité. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait été empêché de faire valoir des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale dont la connaissance par le préfet aurait été susceptible d'avoir une incidence sur le sens de la décision contestée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas recherché si le requérant disposait d'attaches en Algérie manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet de la Meuse a relevé qu'il ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français et que son comportement représente une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier qu'il a condamné par un jugement du 30 avril 2021 du tribunal correctionnel de Marseille à une peine de 8 mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol, par un jugement du 19 novembre 2021 du tribunal correctionnel de Marseille à la peine de 4 mois d'emprisonnement pour vol aggravé avec révocation totale du sursis simple et par un jugement du 1er juin 2022 du tribunal judiciaire de Paris à une peine de 4 mois d'emprisonnement avec interdiction de paraître dans certains lieux pendant un an pour vol en récidive commis dans un lieu destiné à l'accès à un moyen de transport collectif de voyageurs. Si M. A soutient qu'il réside en France depuis quatre ans et souhaite y demeurer en raison de son isolement en Algérie, il ne démontre pas entretenir des liens anciens et stables sur le territoire français, ni être dépourvu de toutes attaches en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 17 ans. Compte tenu de la nature des faits commis par l'intéressé, de leur réitération et de leur caractère récent caractérisant une réelle menace pour l'ordre public, le préfet de la Meuse n'a pas porté une atteinte au droit de M. A au respect de la vie privée et familiale disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure d'éloignement a été prise.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

6. Le requérant fait valoir qu'il vit en France depuis quatre ans. Toutefois, il a fait l'objet de quatre précédentes obligations de quitter le territoire français prises le 25 mai 2021 par le préfet des Bouches-du-Rhône, le 24 mai 2022 par le préfet de la Seine-Saint-Denis, le 31 mai 2022 par le préfet de police de Paris et le 7 décembre 2023 par le préfet du Territoire de Belfort et demeurées non exécutées, et, pour les motifs exposés au point 4 du présent jugement, sa présence en France représente une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, il ne justifie pas avoir développé en France des attaches particulières. Au vu de ces éléments, le préfet de la Meuse n'a commis aucune erreur d'appréciation en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans qui n'est pas disproportionnée.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de cinq ans doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Meuse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2025.

La magistrate désignée,

F. Milin-RanceLe greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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