jeudi 19 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2500750 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 29 janvier 2025 sous le numéro n° 2500370 et un mémoire enregistré le 24 février 2025, M. B D demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2025 par lequel la préfète des Vosges lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les droits fondamentaux ;
- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;
- il méconnaît le principe du contradictoire et son droit à un recours juridictionnel effectif ;
- il emporte des conséquences graves sur sa situation personnelle et familiale ;
- en cas de retour dans son pays d'origine, il encourt, avec sa famille, des risques de mort, de représailles, de détention arbitraire, de disparition forcée et de violences ;
- l'état de santé de son épouse fait obstacle au prononcé de la mesure d'éloignement ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants tel que protégé par la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
II. Par une requête enregistrée le 24 février 2025 sous le numéro n° 2500750, Mme A C épouse D demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2025 par lequel la préfète des Vosges lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et de son état de santé ;
- il méconnaît les droits fondamentaux ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué méconnaît son droit à un recours juridictionnel effectif garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il emporte des conséquences graves sur sa situation personnelle et familiale ;
- en cas de retour dans son pays d'origine, elle encourt, avec sa famille, des risques de traitement inhumain et dégradant, de sorte que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants tel que protégé par l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2025 dans les instances n° 2500370 et n° 2500750, la préfète des Vosges conclut au rejet des requêtes.
Elle fait valoir que les moyens des requêtes ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Philis a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. D et Mme C épouse D, ressortissants turcs nés respectivement le 15 avril 1978 et le 1er janvier 1984, sont entrés en France en septembre 2022, accompagnés de leurs enfants, en vue d'y solliciter l'asile. Leurs demandes d'asile ont été rejetées le 29 juillet 2024 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 27 novembre 2024. Par des arrêtés du 2 janvier 2025, la préfète des Vosges leur a fait obligation, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être éloignés et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par les présentes requêtes, qu'il convient de joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement, M. et Mme D demandent notamment au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes des arrêtés attaqués ni des pièces du dossier que la préfète des Vosges n'aurait pas procédé à l'examen de la situation de M. et Mme D. Par suite, le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que les arrêtés attaqués méconnaissent leurs droits fondamentaux et si M. D se prévaut d'une erreur de fait et d'une erreur de droit, leurs moyens ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, de sorte qu'ils doivent être écartés.
4. En troisième lieu, si M. D soutient que le principe du contradictoire a été méconnu, il ne démontre pas qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit pris l'arrêté attaqué et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à cette décision. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présence convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale () ".
6. Les requérants se prévalent de la méconnaissance de leur droit à un recours juridictionnel effectif tel que protégé par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ils ont été mis à même de faire valoir utilement leurs observations dans le cadre d'une procédure écrite. En outre, M. D ne peut utilement invoquer les irrégularités dont seraient entachées la procédure menée devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il est constant que M. et Mme D sont entrés en France en septembre 2022. Ils ne justifient pas, par les pièces qu'ils produisent, disposer de liens personnels d'une particulière intensité sur le territoire. Ils ne démontrent pas davantage être isolés dans leur pays d'origine. Alors que rien ne fait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale en Turquie, et en dépit de la scolarisation en France de leurs enfants et de l'apprentissage du français par ces derniers, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
9. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, et dans la mesure où les requérants ne démontrent pas les conséquences des mesures litigieuses sur l'état de santé de Mme D, ils ne sont pas davantage fondés à soutenir que les arrêtés attaqués emporteraient des conséquences graves sur leur situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
10. En septième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
11. Les arrêtés attaqués n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de leurs parents. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas être reconstituée dans leur pays d'origine. Si les requérants se prévalent de la scolarisation de leurs enfants en France, il n'est pas démontré que leurs enfants ne pourraient pas la poursuivre en Turquie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de leur intérêt supérieur tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Alors que les demandes d'asile de M. et Mme D ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile, les requérants n'établissent pas, par leur récit et les pièces versées aux dossiers, le caractère actuel et réel des risques allégués en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme D doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution des décisions attaquées :
14. Les requérants n'articulent aucun moyen au soutien des conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions attaquées et ne font état d'aucune circonstance de nature à caractériser une situation d'urgence, alors que leurs conclusions aux fins d'annulation présentent un caractère suspensif de l'exécution des mesures d'éloignement dont ils font l'objet. Ainsi, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, ces conclusions doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2500370 et n° 2500750 de M. et Mme D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme A C épouse D et à la préfète des Vosges.
Délibéré après l'audience publique du 27 mai 2025 à laquelle siégeaient :
Mme Samson-Dye, présidente,
M. Bastian, conseiller,
Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2025.
La rapporteure,
L. Philis
La présidente,
A. Samson-Dye
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2500370, 2500750
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026