vendredi 23 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2500953 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 mars 2025 et le 9 avril 2025, Mme D, représentée par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2025 par lequel le préfet de la Meuse l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de lui délivrer un titre de séjour avec une autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et, dans cette attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application du droit d'option de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contenues dans l'arrêté contesté :
- les décisions contestées sont entachées d'incompétence, faute de délégation de signature régulièrement publiée ;
- elles méconnaissent le principe du contradictoire tel que garanti par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de présenter des observations et d'être assistée par un avocat ou une personne de son choix ;
- elles sont insuffisamment motivées au regard de l'article L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 12-1 de la directive 2008/115/CE ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- la décision contestée méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du même code ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pu être entendue avant sa notification, en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle doit être annulée par exception d'illégalité ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- le préfet s'est à tort estimé en situation de compétence liée en n'examinant pas s'il y avait lieu de prolonger le délai d'un mois prévu par l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision contestée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2025, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par E ne sont pas fondés.
Par un courrier du 25 avril 2025, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour en raison de son inexistence et, d'autre part, de la méconnaissance du champ d'application des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que E relève du livre II de ce code applicable aux ressortissants de l'Union européenne et aux membres de leur famille.
Par un mémoire en réponse, enregistré le 29 avril 2025, le préfet de la Meuse a présenté ses observations sur le moyen d'ordre public et sollicite, à titre subsidiaire, une substitution de base légale tirée de ce que E pouvait faire l'objet d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français, sur le fondement des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 avril 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,
- et les observations de E.
Considérant ce qui suit :
1. E, ressortissante nigérienne née le 19 juin 1982, déclare être entrée sur le territoire français le 11 septembre 2024, depuis la Grèce. Par un arrêté du 25 février 2025, le préfet de la Meuse l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire d'une durée d'un an. Par sa requête, E demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 avril 2025. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour :
4. La décision contestée du 25 février 2025 n'a pas pour objet de refuser la délivrance d'un titre de séjour à E. Par suite, les moyens présentés par la requérante à l'encontre d'une décision portant refus de titre de séjour sont dirigés contre une décision inexistante et ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :
5. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Meuse le même jour, le préfet de la Meuse a délégué sa signature à M. Christian Robbe-Grillet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'État dans le département de la Meuse, à l'exception des déclinatoires de compétence, des arrêtés de conflit, des déférés et des décisions de saisine de la chambre régionale des comptes dans le cadre du contrôle budgétaire. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de M. C, signataire des décisions contestées, doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
7. Il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué ni à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, ni à l'encontre des mesures accessoires relatives au délai de départ volontaire, au pays de destination et à l'interdiction de circulation sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.
8. En troisième lieu, les décisions contestées, alors que l'autorité administrative n'est pas tenue de préciser en quoi la situation particulière de l'intéressée ne fait pas obstacle à la mise en œuvre de la procédure d'éloignement, comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation ne peut qu'être écarté, tant au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration que de celles de l'article 12-1 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, qui ont, au demeurant, été transposées dans l'ordre interne et ne peuvent plus, dès lors, être invoquées utilement à l'encontre d'un acte administratif individuel.
9. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation des décisions contestées, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Meuse n'a pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Il ressort des pièces du dossier que E déclare être entrée sur le territoire français le 11 septembre 2024, soit moins d'une année avant la date de la décision contestée. Si elle se prévaut de la présence et de la scolarisation en France de ses trois enfants mineurs, elle ne fait toutefois valoir aucun autre élément de nature à établir ses liens sur le territoire. Elle soutient ne pas pouvoir retourner en Grèce, pays dans lequel elle dispose, ainsi que ses enfants, d'une protection internationale, en raison de la présence de leur père, auteur de violences à son égard, et produit pour l'établir une demande de mesures conservatoires qu'elle a formée le 14 octobre 2022 devant le tribunal de première instance d'Athènes. Toutefois, ce seul élément ne permet pas d'établir que E disposerait en France des liens tels que les décisions contestées porteraient une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
13. E produit une demande de mesures conservatoires pour obtenir la garde exclusive de ses enfants devant le tribunal de première instance d'Athènes du 14 octobre 2022. Toutefois, ce seul élément, dont les suites judiciaires ne sont pas connues, ne permet pas d'établir que son compagnon est l'auteur de violences à son égard et que ses enfants encourraient ainsi un danger en cas de retour en Grèce. En outre, la circonstance que les trois enfants mineurs de soient scolarisés en France ne suffit pas à établir, alors que la décision litigieuse n'a pas pour effet de séparer la cellule familiale, qu'en prenant la décision attaquée, le préfet aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de la requérante.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, compte tenu de l'inexistence de la décision refusant un titre de séjour à E, celle-ci n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. Ce moyen ne peut qu'être écarté.
15. En second lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C 383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
16. Si, ainsi que le soutient E, cette dernière n'a pas été entendue préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige, elle ne justifie d'aucun élément qu'elle aurait pu présenter à l'administration et nature à influer sur le sens de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :
17. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Ces dispositions ont transposé en droit interne les dispositions de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008, qui ne peuvent plus, dès lors, être invoquées utilement à l'encontre d'un acte administratif individuel.
18. Il ne ressort pas des pièces du dossier, en tout état de cause, que le préfet se serait cru à tort en situation de compétence liée pour accorder à la requérante un délai de départ volontaire de trente jours, alors d'ailleurs que E ne fait état d'aucune circonstance propre à sa situation. Le moyen ne peut ainsi qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
19. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte énonce que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
20. E soutient qu'elle encourt un risque pour son intégrité physique en cas de retour en Grèce compte tenu de la présence de son mari, auteur de violences à son encontre. Elle n'établit toutefois pas la réalité des risques personnels allégués. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation / interdiction de retour sur le territoire français :
21. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". Aux termes de l'article L. 251-1 de ce code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit ". Enfin, aux termes de l'article L. 200-1 du même code : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : / 1° Des citoyens de l'Union européenne, tels que définis à l'article L. 200-2 ; / 2° Des étrangers assimilés aux citoyens de l'Union européenne, tels que définis à l'article L. 200-3 ; / 3° Des membres de famille des citoyens de l'Union européenne et des étrangers qui leur sont assimilés, tels que définis à l'article L. 200-4 ; 4° Des étrangers entretenant avec les citoyens de l'Union européenne et les étrangers qui leur sont assimilés des liens privés et familiaux, tels que définis à l'article L. 200-5 ".
22. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de E serait régie par les dispositions du livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision par laquelle le préfet de la Meuse a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire d'une durée d'un an ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions précitées.
23. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
24. En l'espèce, le préfet de la Meuse fait valoir en défense que la décision contestée trouve son fondement légal dans les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent à l'autorité administrative de prononcer à l'encontre d'une ressortissant étranger une interdiction de retour sur le territoire français et qui peuvent, selon lui, être substituées à l'article L. 251-4 du même code. Toutefois, l'autorité administrative ne dispose pas du même pouvoir d'appréciation pour l'application de ces dispositions, qui concernent en tout état de cause des décisions ayant un objet et une nature différentes. Dès lors, le préfet ne peut faire une application indifférenciée de l'une ou l'autre de ces dispositions. Il s'ensuit qu'il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de substitution de base légale sollicitée par le préfet de la Meuse en défense.
25. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre cette décision, que E est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 février 2025 du préfet de la Meuse en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
3. Le présent jugement, qui annule uniquement la décision d'interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an, n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
4. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de E présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre E à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 25 février 2025 du préfet de la Meuse est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de E une interdiction de circuler sur le territoire d'une durée d'un an.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de E est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B, au préfet de la Meuse et à Me Lévi-Cyferman.
Délibéré après l'audience publique du 30 avril 2025 à laquelle siégeaient :
M. Goujon-Fischer, président,
M. Durand, premier conseiller
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2025.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
J. -F. Goujon-Fischer
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2500953
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026