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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2501124

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2501124

lundi 16 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2501124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy rejette la requête de M. et Mme A, ressortissants albanais, qui contestaient les arrêtés préfectoraux leur refusant un titre de séjour, les obligeant à quitter le territoire et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal écarte les moyens d’insuffisance de motivation et de défaut d’examen de la situation. Il juge que les décisions de refus de séjour ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2025, M. B A et Mme D C, épouse A, représentés par Me Diallo, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2025 par lequel la préfète des Vosges a refusé d'admettre Mme A au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et prononcé à son encontre une interdiction de retourner en France pendant un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2025 par lequel la préfète des Vosges a refusé d'admettre M. A au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et prononcé à son encontre une interdiction de retourner en France pendant un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de leur délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :

- les arrêtés sont insuffisamment motivés ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen complet de leur situation ;

- les décisions ont été prises en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète a commis une erreur de droit en appréciant leur insertion professionnelle au regard de l'obtention d'une autorisation de travail ;

- les décisions ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur leur situation personnelle ;

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

- les décisions sont insuffisamment motivées.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2025, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- et les observations de Me Diallo, représentant M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, ressortissants albanais nés respectivement le 8 mars 1970 et le 25 octobre 1977, sont entrés sur le territoire français en décembre 2017, accompagnés de leurs trois enfants, alors mineurs, pour y demander l'asile. Leurs demandes ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile le 30 mars 2018 et le 20 novembre 2018. Par un courrier du 7 juin 2024, Mme A a sollicité son admission au séjour au motif de son état de santé et de celui de sa fille mineure. Par les arrêtés contestés, la préfète des Vosges a refusé d'admettre M. et Mme A au séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à leur encontre une interdiction de retourner en France pendant un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :

2. En premier lieu, les arrêtés contestés comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes des arrêtés contestés que la préfète des Vosges n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. et Mme A.

4. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont entrés en France en décembre 2017 et y séjournaient depuis sept ans au jour des arrêtés contestés. S'ils se prévalent de la présence en France de leurs trois enfants dont l'un est mineur, il est constant que leurs deux enfants majeurs ne justifient d'aucun droit au séjour régulier dans ce pays. S'ils font état de la durée de leur séjour en France, celle-ci est la conséquence du non-respect de précédentes mesures d'éloignement prises à leur encontre en janvier 2019 et de l'absence de toute démarche de leur part depuis cette date, pour régulariser leur situation. Bien que les requérants se prévalent de brèves expériences professionnelles, de l'obtention de promesses d'embauche, de l'apprentissage de la langue française et d'avoir développé un réseau de connaissances en France, il ne ressort ni des attestations fournies, qui présentent un caractère succinct, ni des autres pièces du dossier que les intéressés aient développé des liens personnels et familiaux en France d'une intensité telle qu'ils soient de nature à fonder la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, eu égard aux conditions du séjour en France des requérants, ces derniers ne sont pas fondés à soutenir qu'en refusant de les admettre au séjour, la préfète des Vosges a méconnu des dispositions et stipulations précitées.

6. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions sur la situation de M. et Mme A doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. D'une part, si les décisions contestées indiquent que les requérants ne justifient pas d'une autorisation de travail, une telle référence ne constitue qu'un simple critère d'appréciation de l'insertion professionnelle des requérants et non une condition ajoutée par la préfète au texte susvisé.

9. D'autre part, eu égard aux éléments évoqués au point 5, M. et Mme A ne peuvent se prévaloir de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant leur admission exceptionnelle au séjour. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 précitées doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour en France :

10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. Les décisions contestées visent les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elles précisent que, bien que le comportement des intéressés ne constitue pas une menace pour l'ordre public, ceux-ci se sont maintenus en France malgré de précédentes mesures d'éloignement et ne disposent pas de liens intenses et stables sur le territoire de nature à faire obstacle au prononcé d'interdictions de retour sur le territoire français. Les décisions comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions d'injonction.

Sur les frais des instances :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, au titre des frais engagés par les requérants et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et Mme D C, épouse A et à la préfète des Vosges.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Goujon-Fischer, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2025.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

J.-F. Goujon-FischerLe greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2501124

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