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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2501131

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2501131

lundi 16 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2501131
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantGEHIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a examiné le recours pour excès de pouvoir de M. A, ressortissant malien, contre un arrêté préfectoral du 10 janvier 2025 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le requérant invoquait notamment la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que la décision était suffisamment motivée, que l'autorité compétente avait procédé à un examen particulier de la situation et que les atteintes à la vie privée et familiale n'étaient pas disproportionnées. En conséquence, la requête a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2025, M. B A, représenté par Me Géhin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2025 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, le cas échéant, du même article ainsi que de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision contestée est entachée d'incompétence, en l'absence d'une délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, puisqu'il ne dispose plus d'attaches familiales au Mali ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée est entachée d'incompétence, en l'absence d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision contestée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- la décision contestée est entachée d'incompétence, en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- son droit d'être entendu a été méconnu préalablement à l'édiction de cette décision ;

- des circonstances humanitaires s'opposaient au prononcé d'une interdiction de retour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2025, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par une décision du 7 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,

- et les observations de Me Jeannot, substituant Me Géhin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 12 octobre 2000, déclare être entré sur le territoire français le 24 mars 2017. Après avoir été pris en charge par les services départementaux de l'aide sociale à l'enfance de Meurthe-et-Moselle à partir du mois de juin 2017, il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention étudiant à compter du 2 juillet 2020 jusqu'au 30 août 2022. Le 18 août 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de salarié puis d'auto-entrepreneur et a obtenu des récépissés de demande de titre de séjour jusqu'au 2 février 2024. Le 19 juin 2024, il a formé une demande d'admission exceptionnelle au séjour au motif de la vie privée et familiale et de l'intégration professionnelle. Par un arrêté du 10 janvier 2025, la préfète des Vosges a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire :

2. Par un arrêté du 27 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète des Vosges a donné délégation de signature à Mme Anne Carli, secrétaire générale, à l'effet de signer toutes les décisions relevant des attributions de l'État dans le département des Vosges, y compris en matière de police des étrangers, à l'exception des réquisitions du comptable et de la force armée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme Anne Carli, signataire des décisions contestées, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision contestée que la préfète des Vosges n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. A était présent sur le territoire français depuis plus de sept années à la date de la décision contestée et y a résidé régulièrement du 2 juillet 2020 au 2 février 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ni les titres de séjour pluriannuels portant la mention " étudiant ", dont il a disposé du 2 juillet 2020 au 30 août 2022, ni davantage les récépissés de demande de titres de séjour qui lui ont été délivrés jusqu'au 2 février 2024, le temps de l'instruction de ces demandes de renouvellement de titre de séjour " salarié " et " autoentrepreneur ", ne lui donnaient vocation à s'installer durablement sur le territoire français. Il ressort également des pièces du dossier que M. A, dont les parents sont décédés, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à son arrivée en France, en qualité de mineur non accompagné. À l'exception d'un frère dont il n'établit ni la présence sur le territoire, ni les liens qu'ils entretiendraient, M. A ne se prévaut d'aucune attache sur le territoire. Les seules circonstances qu'il dispose d'un logement autonome, dont il n'acquitte au demeurant pas régulièrement le loyer, et qu'il se soit engagé dans des actions d'insertion sociale, ne permettent pas d'établir que M. A, célibataire et sans enfant à charge, aurait noué en France des liens tels que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées ne peuvent qu'être écartés.

7. En quatrième lieu, si M. A soutient que la préfète s'est fondée sur des faits matériellement inexacts en considérant qu'il ne démontrait pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, alors qu'il est établi que ses parents sont décédés, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des éléments exposés au point précédent, que cette erreur de fait ait eu une incidence déterminante sur l'appréciation par la préfète de la situation personnelle et familiale de M. A et, partant, sur la légalité de la décision contestée.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire".

9. D'une part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, et nonobstant sa maîtrise de la langue française et ses efforts d'intégration, M. A ne peut être regardé comme justifiant de circonstances humanitaires ou d'un motif exceptionnel d'admission au séjour au motif de la vie privée et familiale.

10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A est titulaire d'un certificat d'aptitude professionnelle dans le domaine de la mécanique automobile et qu'il a commencé la préparation d'un baccalauréat professionnel dans la même filière, pour lequel il disposait d'un contrat de professionnalisation avec plusieurs entreprises du secteur, jusqu'au 30 août 2022, qu'il n'a toutefois pas pu conduire à terme. Si M. A a été victime d'un accident de travail au mois de juillet 2022, qui a justifié une intervention chirurgicale au mois de septembre 2022, il ressort toutefois des termes mêmes des certificats médicaux établis au mois d'octobre 2023 que la rééducation engagée à cette date ne l'empêchait pas de poursuivre une activité professionnelle. Or, M. A, qui a disposé de récépissés de demandes de renouvellement de titre de séjour en qualité de " salarié " puis " entrepreneur ", renouvelés du 30 août 2022 au 2 février 2024, ne justifie pas, par la seule promesse d'embauche établie le 20 mars 2024, postérieure à l'expiration de ces récépissés, des démarches qu'il aurait entreprises afin de régulariser sa situation au regard du travail. Dans ces conditions, c'est sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète a pu refuser de délivrer un titre de séjour au requérant sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

11. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points précédents que M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète a, en refusant de l'admettre au séjour, commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, la décision refusant à M. A un titre de séjour n'étant pas illégale, ainsi qu'il a été dit, celui-ci n'est pas fondé à exciper de cette illégalité à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

13. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 10, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français n'étant pas illégale, ainsi qu'il a été dit, celui-ci n'est pas fondé à exciper de cette illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

15. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte énonce que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

16. En se bornant à soutenir que son retour au Mali l'exposerait à des traitements contraires aux textes susvisés, M. A n'établit pas la réalité des risques personnels auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des textes précités ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

18. En premier lieu, si M. A se prévaut des principes généraux du droit de l'Union européenne garantissant le droit d'être entendu lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour, celui-ci, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande de titre, de préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et de produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, qui n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'étranger à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de séjour, ni sur les mesures accessoires relatives au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour sur le territoire français, est ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir que le droit d'être entendu aurait été méconnu avant que n'ait été prise la décision d'interdiction de retour contestée.

19. En deuxième lieu, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

20. S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, l'arrêté attaqué vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que l'examen de la situation de l'intéressé a été fait en tenant compte des critères cités par ce dernier article, que, bien que le requérant n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que comportement ne représente pas un trouble pour l'ordre public, malgré ses sept années de présence en France, ses liens personnels et familiaux ne sont pas tels que cette décision porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale. La préfète a ainsi motivé sa décision au regard de tous les critères prévus à l'article L. 612-10 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que la décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.

21. En troisième lieu, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français n'étant pas illégale, ainsi qu'il a été dit, celui-ci n'est pas fondé à exciper de cette illégalité à l'encontre de la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

22. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et bien qu'il soit présent sur le territoire depuis sept ans à la date de la décision contestée, qu'il n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence ne représente pas une menace pour l'ordre public, que M. A ne justifie pas des liens qu'il entretient sur le territoire. Par suite, et alors qu'il n'établit en tout état de cause pas l'existence des circonstances humanitaires qu'il allègue, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la préfète des Vosges a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

23. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

24. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points précédents que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation ne peut qu'être écarté.

25. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 10 janvier 2025 de la préfète des Vosges doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

26. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'emporte aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées par le requérant à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète des Vosges et à Me Géhin.

Délibéré après l'audience publique du 22 mai 2025 à laquelle siégeaient :

M. Goujon-Fischer, président,

M. Durand, premier conseiller

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2025.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

J. -F. Goujon-Fischer

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2501131

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