mardi 29 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2501264 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 avril 2025 à 18 heures 12, et deux mémoires, enregistrés les 23 et 29 avril 2025, Mme E A C demande au tribunal :
1°) de lui désigner un avocat commis d'office et de la faire bénéficier de l'assistance d'un interprète en langue espagnole ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2025 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai, dans l'un et l'autre cas, d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et, en tout état de cause, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- ces décisions sont insuffisamment motivées ;
- l'auteur de ces décisions n'était pas compétent pour les édicter ;
- ces décisions ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend ;
- elles ont été prises sans qu'ait été respecté son droit d'être entendue ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision n'a pas été précédée d'un examen individuel, complet et sérieux de sa situation ;
- en l'obligeant à quitter le territoire français alors qu'elle entre dans le champ d'application de l'article 18 du Règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil en date du 26 juin 2013, le préfet a commis une erreur de droit ;
- cette décision est entachée d'une erreur de fait, en l'absence d'éléments de nature à établir l'existence d'un trouble à l'ordre public ;
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- cette décision méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation du risque de fuite ;
- l'annulation de cette décision doit résulter de celle de l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d'erreur de fait, puisqu'elle n'est pas entrée en France de manière irrégulière ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale en ce qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ; son annulation doit résulter de celle de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;
- le préfet aurait dû désigner précisément le pays de destination, sans se borner à indiquer le pays dont elle a la nationalité ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est illégale en ce qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ; son annulation doit résulter de celle de l'obligation de quitter le territoire français ;
- l'illégalité de cette décision résulte également de ce qu'elle ne pouvait pas se voir refuser de délai de départ volontaire et de ce que la durée de l'interdiction n'est pas motivée au regard des critères fixés par l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 avril 2025, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2003 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Goujon-Fischer, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la procédure.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Goujon-Fischer, magistrat désigné,
- les observations de Me Roussel, avocate commise d'office, représentant Mme A C, et celles de Mme A C, assistée d'un interprète en langue espagnole, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. D, représentant le préfet du Haut-Rhin.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante vénézuélienne, née le 26 janvier 1993, entrée en France, selon ses déclarations, le 9 avril 2025, a fait l'objet d'une interpellation et a été placée en garde à vue le 18 avril 2025 à la suite de violences mutuelles entre elle-même et son compagnon. Par un arrêté du même jour, préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile après avoir constaté qu'elle n'avait pas régularisé sa situation au regard du séjour et estimé que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. Par le même arrêté, il a refusé à l'intéressée le bénéfice d'un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Placée en rétention, Mme A C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. / Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat. " Aux termes de l'article L. 572-1 du même code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. () ".
3. En outre, les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Dès lors, lorsqu'en application des stipulations des conventions internationales conclues avec les Etats membres de l'Union européenne, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles de l'un de ces Etats, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celui des dispositions des articles L. 571-1 et L. 572-1 du même code, en vertu desquelles la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de transfert.
4. Il ressort des pièces du dossier qu'une consultation du fichier Eurodac par les services de la police aux frontières, effectuée à la demande du préfet du Haut-Rhin, a révélé, le 28 avril 2025, que Mme A C avait déposé une demande d'asile en Espagne le 18 janvier 2024. Alors que le préfet du Haut-Rhin a saisi les autorités espagnoles le 29 avril 2025, d'une demande de reprise en charge de l'intéressée, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette demande d'asile aurait été définitivement rejetée à la date du 18 avril 2025, à laquelle le préfet a fait obligation à Mme A C de quitter le territoire français. En prenant cette mesure, alors que la situation de l'intéressée entre dans le champ des dispositions précitées des articles L. 571-1 et L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Haut-Rhin a entaché sa décision d'illégalité, sans que ce dernier puisse utilement se prévaloir de ce qu'une réponse des autorités espagnoles est attendue au plus tard le 5 mai 2025.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A C est fondée à demander l'annulation de la décision du préfet du Haut-Rhin du 18 avril 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, des décisions lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire, fixant son pays de destination et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. L'exécution du présent jugement implique uniquement que le préfet du Haut-Rhin réexamine la situation de Mme A C et qu'en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il lui délivre une autorisation provisoire de séjour, laquelle prendra la forme de l'attestation de demande d'asile prévue aux articles L. 521-7 et L. 571-1 du même code. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour à Mme A C.
D E C I D E:
Article 1 : L'arrêté du 18 avril 2025 par lequel le préfet du Haut-Rhin a obligé Mme A C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle sera reconduite et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de réexaminer la situation de Mme A C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dès la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A C et au préfet du Haut-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2025.
Le magistrat désigné
J.-F. Goujon-Fischer
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026