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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2501629

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2501629

vendredi 6 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2501629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBOULANGER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a examiné la requête de M. B, ressortissant albanais, contestant l'arrêté du 9 mai 2025 par lequel la préfète des Vosges l'a assigné à résidence. Le tribunal a constaté que M. B était volontairement retourné en Albanie le 25 mai 2025, rendant sans objet les conclusions tendant à la suspension de l'obligation de quitter le territoire français et à l'annulation de l'assignation à résidence. En conséquence, il a prononcé un non-lieu à statuer sur ces demandes et rejeté les conclusions accessoires. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mai 2025, M. A B, représenté par Me Boulanger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 13 janvier 2025 par lequel la préfète des Vosges lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2025 par lequel la préfète des Vosges l'a assigné à résidence dans le département des Vosges, pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois, avec obligation de se présenter du lundi au samedi, y compris les jours fériés, entre 9 heures et 11 heures, auprès de la gendarmerie de Remiremont et de se maintenir quotidiennement de 6 heures à 8 heures à son domicile ;

4°) de mettre à la charge de la préfète des Vosges la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, le règlement valant renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;

- l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français du 13 janvier 2025 doit être suspendue en raison de la poursuite de la communauté de vie avec son épouse, du risque de séparation d'avec cette dernière en cas d'exécution de la décision, de l'absence de toute menace pour l'ordre public de son comportement ;

- il n'existe aucune perspective raisonnable à son éloignement compte tenu de sa situation matrimoniale et des conséquences d'une séparation d'avec son épouse ;

- les modalités de son assignation portent une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2025, la préfète des Vosges conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer sur la requête présentée par M. B et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Elle soutient que M. B est volontairement rentré en Albanie le 25 mai 2025 et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, magistrate désignée,

- et les observations de Me Boulanger, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais né le 9 mars 1998, est entré sur le territoire français le 26 juin 2016 accompagné de sa mère et de ses frères et sœurs. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 23 octobre 2017 et 23 octobre 2018. Par un arrêté du 13 décembre 2018, le préfet des Vosges a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 17 juin 2020, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par des arrêtés du 9 juillet 2020 et du 19 avril 2021, le préfet des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. B a présenté de nouvelles demandes de titres de séjour le 24 novembre 2021 et le 14 février 2022 qui ont fait l'objet, de la part du préfet des Vosges, de décisions de refus le 21 décembre 2021 et de refus d'instruction le 23 février 2022. M. B a formé une nouvelle demande de titre de séjour le 14 juin 2024. Par un arrêté du 13 janvier 2025, la préfète des Vosges a refusé de faire droit à cette demande, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois et l'a astreint à se présenter les lundis et jeudis auprès de la brigade de gendarmerie d'Eloyes. Le recours formé par l'intéressé à l'encontre de ces décisions a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 3 avril 2025. Par l'arrêté contesté du 9 mai 2025, la préfète des Vosges l'a assigné à résidence dans le département des Vosges.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En raison de l'urgence et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'exception de non-lieu :

4. La décision attaquée n'ayant été ni retirée ni abrogée, la circonstance qu'elle ait été complètement exécutée à la date où le juge statue n'est pas de nature à rendre sans objet le recours pour excès de pouvoir présenté à son encontre. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense par la préfète des Vosges doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 mai 2015 portant assignation à résidence :

5. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen individuel, complet et sérieux de la situation de l'intéressé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " l'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ".

7. D'autre part, il résulte des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut ordonner l'assignation à résidence d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant et pour laquelle le délai pour quitter le territoire est expiré. Une telle mesure a pour objet de mettre à exécution la décision prononçant l'obligation de quitter le territoire français et ne peut être regardée comme constituant ou révélant une nouvelle décision comportant obligation de quitter le territoire, qui serait susceptible de faire l'objet d'une demande d'annulation. Il appartient toutefois à l'administration de ne pas mettre à exécution l'obligation de quitter le territoire si un changement dans les circonstances de droit ou de fait a pour conséquence de faire obstacle à la mesure d'éloignement. Dans cette hypothèse, l'étranger peut demander au président du tribunal administratif sur le fondement des dispositions des articles L. 732-8 et L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de cette décision d'assignation à résidence dans les sept jours suivant sa notification. S'il n'appartient pas à ce juge de connaître de conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, après que le tribunal administratif a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, il lui est loisible, le cas échéant, d'une part, de relever, dans sa décision, que l'intervention de nouvelles circonstances de fait ou de droit fait obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et impose à l'autorité administrative de réexaminer la situation administrative de l'étranger et, d'autre part, d'en tirer les conséquences en suspendant les effets de la décision devenue, en l'état, inexécutable.

8. M. B soutient que la préfète des Vosges ne pouvait fonder sa décision d'assignation à résidence sur l'existence de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 13 janvier 2025 dès lors que la communauté de vie avec son épouse de nationalité française s'est poursuivie et que leur séparation les affecterait tous deux. Toutefois, contrairement à ce que soutient le requérant, ces éléments, qui se rattachent à une situation de fait préexistante à la mesure d'éloignement, ne constituent pas un changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à ôter à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre son caractère exécutoire. Par suite, ce moyen tiré de ce que l'exécution de la mesure d'éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ". Aux termes de l'article L. 733-2 du même code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. / Lorsque l'étranger assigné à résidence fait l'objet d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une décision d'interdiction administrative du territoire français, ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, la durée de cette plage horaire peut être portée à dix heures consécutives par période de vingt-quatre heures ".

10. D'une part, les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Les modalités d'application de l'obligation de présentation sont soumises au contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qui, saisi d'un moyen en ce sens, vérifie notamment qu'elles ne sont pas entachées d'erreur d'appréciation. D'autre part, si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.

11. En l'espèce, la décision attaquée impose à M. B de demeurer à son domicile entre 6 heures et 8 heures et, à titre de mesure de contrôle, de se présenter du lundi au samedi, y compris les jours fériés, entre 9 heures et 11 heures à la gendarmerie de Remiremont. En l'espèce, M. B, par les éléments qu'il fait valoir tenant à sa bonne intégration sur le territoire français et à son mariage avec une ressortissante française, n'établit pas qu'il serait dans l'impossibilité de respecter ces modalités. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. En dernier lieu, il est constant que, le 25 mai 2025, M. B a mis à exécution l'obligation de quitter le territoire français du 13 janvier 2025, ainsi qu'en attestent le billet d'avion présenté par son épouse à la préfète et les vérifications auxquelles cette dernière a procédé. Par suite, les conclusions tendant à la suspension des effets de la décision du 13 janvier 2025 obligeant M. B à quitter le territoire français ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète des Vosges et à Me Boulanger.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2025.

La magistrate désignée,

G. Grandjean

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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