mercredi 11 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2501700 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CAPPELLETTI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mai 2025 à 11 heures 51 et un mémoire complémentaire enregistré le 6 juin 2025, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 mai 2025 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- l'arrêté ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui lui donne droit à un titre de séjour, ce qui fait obstacle à son éloignement ;
- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle dès lors, d'une part, qu'il remplit les conditions posées par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour et peut donc se prévaloir de la décision " Diaby " du Conseil d'Etat, d'autre part, qu'il ne présente aucune menace à l'ordre public ;
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2025, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, magistrate désignée,
- les observations de Me Corsiglia, avocate commise d'office, représentant M. A qui sollicite l'admission de ce dernier au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, conclut à l'annulation de l'arrêté du 30 mai 2025, à ce qu'il soit enjoint au préfet de réexaminer sa situation et de lui restituer son passeport, et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l'Etat au bénéfice du conseil du requérant ;
Elle reprend les mêmes moyens que la requête et ajoute que :
. le préfet a, de manière erronée, fondé l'obligation de quitter le territoire français sur les 3°, 4° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans les conditions desquelles le requérant n'entre pas ;
. l'intéressé est présent en France depuis près de treize années, a toujours travaillé lorsqu'il disposait d'un titre de séjour, ainsi que postérieurement de manière non déclarée, a deux enfants en France dont il assure l'entretien et l'éducation, quand bien même sa situation fait obstacle à ce qu'il en apporte la preuve ;
. le refus de délai de départ volontaire est infondé dès lors qu'il ne ressort pas de son audition qu'il aurait entendu ne pas se conformer à une obligation de quitter le territoire français, qu'il justifie disposer d'un domicile dès lors qu'il vit chez son frère et dispose également d'un appartement propre, que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que sa demande de titre de séjour n'était pas manifestement infondée ou frauduleuse ;
. l'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ; il a été fait une appréciation erronée de sa situation, la durée de l'interdiction étant disproportionnée au regard de sa situation familiale, des liens noués en France, de ce qu'il ne peut lui être reproché qu'un fait unique, ancien et qu'il regrette qui ne constitue pas une menace pour l'ordre public, de l'absence d'une précédente obligation de quitter le territoire français ;
- les observations de M. A, assisté d'un interprète en langue albanaise, qui confirme que son ex-épouse est en situation régulière en France et indique qu'il ne voit pas régulièrement ses enfants en raison de sa mésentente avec son ex-épouse mais chez des amis ou de manière fortuite lorsqu'il les croise dans la rue, et qu'il souhaiterait pouvoir les rencontrer dans un cadre légal et régulier ;
- et les observations de M. G, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens et ajoute que :
. le préfet a pu légalement fonder sa décision portant obligation sur le territoire français sur les dispositions des 3°, 4° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues, les éléments allégués relatifs à la vie privée et familiale du requérant n'étant appuyés par aucune pièce ;
. la décision portant refus de délai de départ volontaire a légalement pu être prise sur le fondement des dispositions visées par l'arrêté ; à défaut, le 2° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pourra leur être substitué ;
. le requérant ne justifie pas de ses liens allégués avec les membres de sa famille vivant en France.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né le 19 mai 1979, est entré en France, selon ses déclarations le 15 décembre 2012. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 25 octobre 2013 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 3 juin 2014. Il a obtenu un titre de séjour en 2016, renouvelé en dernier lieu par la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 21 avril 2021 au 25 avril 2023. Par un arrêté du 30 mai 2025, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A, placé en centre de rétention administrative par une décision du même jour, demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 19 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'avocat commis ou désigné d'office dans les cas prévus par la loi peut saisir le bureau d'aide juridictionnelle compétent au lieu et place de la personne qu'il assiste ou qu'il a assistée ". Aux termes de l'article 20 de la (même) loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'urgence, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs :
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 19 mai 2025, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Moselle le même jour, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. E, directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions pour les matières relevant de son service. Au nombre des exclusions de la délégation ne figurent pas les décisions en litige. Cet arrêté prévoit, par ailleurs, que Mme F C, signataire de la décision attaquée et agent du bureau de l'éloignement et de l'asile, est habilitée à signer à la place de M. E lors des permanences qu'elle assure les week-ends, les jours fériés et les jours d'aménagement et réduction du temps de travail (ARTT) collectifs. En l'espèce, la décision attaquée a été prise le vendredi 30 mai 2025 correspondant à un jour d'ARTT imposé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont seraient entachées les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et opposant une interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
6. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir que l'arrêté contesté ne lui aurait pas été notifié dans une langue qu'il comprend. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".
8. En premier lieu, le requérant a sollicité une admission exceptionnelle au séjour le 24 mai 2023 qui a fait l'objet, en l'absence de réponse du préfet, d'un rejet implicite. Par suite, le préfet pouvait légalement fonder sa décision sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce fondement justifie à lui seul l'obligation de quitter le territoire français.
9. En deuxième lieu, M. A soutient qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, dès lors qu'il pourrait bénéficier de plein droit d'un titre de séjour, en application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français. S'il se prévaut de la durée de sa présence en France et de celles de ses enfants de 17 et 9 ans, il ne démontre par aucune des pièces du dossier, pas plus que par ses déclarations à la barre, qu'il aurait conservé avec ces derniers, après sa séparation d'avec la mère des enfants, un lien quelconque et qu'il exercerait de manière effective son autorité parentale. Il ressort également des pièces du dossier et des constatations faites à la barre que l'intéressé ne maîtrise pas la langue française. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné le 2 novembre 2022 par le tribunal correctionnel de Metz à une peine d'emprisonnement de dix mois dont cinq mois avec sursis pour des faits de violences conjugales, violences avec arme et menace de mort commis entre le 29 et le 31 octobre 2022 et que ces circonstances suffisent à établir qu'il représente une menace à l'ordre public. Ainsi, quand bien même M. A établit avoir bénéficié d'un contrat de travail à durée indéterminée du 1er juin 2016 au 30 septembre 2020 ainsi que d'un contrat d'insertion du 21 novembre 2022 au 25 avril 2023 et être hébergé par son frère et sa belle-sœur, alors en revanche qu'il ne soutient pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, le moyen tiré de ce qu'il remplirait les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et serait ainsi fondé à se prévaloir de la décision " Diaby " du Conseil d'Etat doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Moselle aurait porté une appréciation manifestement erronée de sa situation tant au regard de son droit à un titre de séjour qu'à celui de la menace à l'ordre public que son comportement, pénalement sanctionné par une condamnation récente, représente.
10. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Moselle a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnu celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
12. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a, le 24 mai 2023, sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Dans ces conditions, il n'entre pas dans les prévisions des dispositions du 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En deuxième lieu, il ressort du procès-verbal d'audition établi par les services de police de Thionville le 30 mai 2025 que, invité à présenter ses observations sur la possibilité que le préfet édicte à son encontre une mesure d'éloignement éventuellement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français et d'une mesure d'assignation à résidence ou de rétention, M. A a répondu que " c'est la préfecture qui commande mais je souhaite rester en France, car ça fait depuis 2012 que je suis en France et j'ai mes enfants, mon frère, mes amis. Je voudrais travailler. La France est comme ma deuxième mère ". Par cette déclaration, M. A ne peut être regardé comme ayant explicitement manifesté son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français.
14. En troisième lieu, le requérant établit, par la production d'un bail de location conclu le 1er janvier 2025, disposer d'un domicile à Metz et justifie ainsi, contrairement à ce que soutient le préfet, d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale.
15. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 12 à 14, que la décision de refus de délai de départ volontaire ne pouvait être fondée sur les 3°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile visés par l'arrêté en litige.
16. Toutefois, le préfet soutient dans ses écritures en défense qu'il aurait également pu fonder la décision en litige sur le 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de la menace que le comportement de M. A représente pour l'ordre public. Ce faisant, il doit être regardé comme demandant au tribunal de procéder à une substitution de base légale.
17. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
18. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 2 novembre 2022 par le tribunal correctionnel de Metz à une peine de dix mois d'emprisonnement délictuel assortie de cinq mois de sursis pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint ou concubin, violence aggravée par deux circonstances suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours, menace de mort avec ordre de remplir une condition par une personne étant ou ayant été conjoint ou concubin, faits commis entre le 29 et le 31 octobre 2022. Eu égard à la nature et au caractère récent de ces faits, alors même qu'il n'y a eu aucune récidive et que M. A a manifesté son regret, le préfet pouvait sans erreur d'appréciation fonder sa décision refusant un délai de départ volontaire sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la seconde substitution soutenue à la barre, il y a lieu de procéder à la substitution de motif demandée par le préfet de la Moselle dans ses écritures.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :
19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
20. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
21. Toutefois, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques, dont il ne précise au demeurant pas la nature, qu'il allègue encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.
22. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent, en tout état de cause, être écartés.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
23. Il ressort des pièces du dossier que les deux enfants de M. A, avec lesquels il a vécu jusqu'à la séparation d'avec son épouse à la fin de l'année 2022, ainsi que son frère résident en France de manière régulière. Par ailleurs, l'intéressé n'a précédemment pas fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement, il résidait en France depuis plus de douze ans à la date d'édiction de la décision attaquée et justifie de ses efforts d'insertion par le travail. Dans ces conditions, et malgré la condamnation pénale dont il a fait l'objet en novembre 2022, M. A est fondé à soutenir qu'en lui interdisant de revenir en France pendant deux ans, le préfet de la Moselle a entaché la décision attaquée d'erreur d'appréciation.
Sur les autres conclusions de la requête :
24. Le présent jugement, qui annule uniquement la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, n'implique pas que le préfet procède à un réexamen de la situation de M. A ou lui restitue son passeport. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
25. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Moselle en date du 30 mai 2025 est annulé en tant qu'il interdit à M. A de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Moselle et à Me Corsiglia.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2025.
La magistrate désignée,
G. GrandjeanLa greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026