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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2502382

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2502382

jeudi 31 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2502382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL RICHARD & LEHMANN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a rejeté la requête de Mme C, qui contestait un arrêté du préfet de l'Aube l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH) et de l'erreur d'appréciation, en estimant que la vie privée et familiale de la requérante n'était pas suffisamment établie et que les conditions de l'éloignement étaient remplies. Le tribunal a également validé le refus de délai de départ volontaire, en se fondant sur le risque de fuite et l'absence de garanties de représentation suffisantes, et a confirmé la légalité de l'interdiction de retour. Les textes appliqués sont le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la CEDH.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 et 29 juillet 2025, Mme A C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2025 par lequel le préfet de l'Aube l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- les décisions ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de cet article ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'erreur d'appréciation en ce que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'elle ne présente pas de risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de circonstances humanitaires faisant obstacle à cette mesure ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de cette interdiction ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2025, le préfet de l'Aube, représenté par Me Ancelet, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Bastian, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian ;

- les observations de Me Vaxelaire, avocate commise d'office, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ; qui insiste sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qui fait valoir que sa cliente attendait l'obtention de son diplôme pour demander un titre de séjour et souhaite travailler en France ;

- les observations de Mme C elle-même, assistée d'une interprète en langue arabe, qui indique qu'elle doit rester proche de son compagnon qui est atteint de diabète et dont elle s'occupe ; qui indique que pendant son séjour récent à Paris, la fille de M. B était présente à Troyes pour soutenir son père ; qu'elle n'a pas été en mesure de produire un témoignage du médecin parce qu'elle est en congés et que l'ancien médecin a déménagé ;

- et les observations de M. D, représentant le préfet de l'Aube, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ; qui insiste sur la contestation du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que les déclarations de Mme C au sujet de M. B ont fluctué au cours des différentes procédures dans la mesure où elle se déclarait célibataire en septembre 2019 et qu'elle ne se présentait que comme une aidante, sans faire valoir de lien particulier avec lui, qui interpelle le tribunal sur la différence d'âge entre Mme C et son compagnon supposé, qui rappelle que le tribunal administratif et la cour administrative d'appel avaient auparavant estimé que les pièces des dossiers ne permettaient pas de considérer que le concubinage était établie, que le pharmacien présente, dans son attestation, Mme B comme une aidante et non pas comme une concubine, qu'aucune pièce médicale n'indique que M. B aurait besoin d'une présence au quotidien, que le pharmacien ne parle pas d'AVC mais d'un AVC qui a été évité, qu'aucun autre praticien ne vient confirmer le rôle d'aidante de Mme C, que la plupart des certificats médicaux sont anciens, que Mme C ayant été interpellée dans un Flixbus entre Paris et Troyes, cela signifie que M. B n'a pas besoin d'une présence constante à ses côtés, qu'elle n'a pas souhaité prévenir un membre de sa famille dans le cadre de sa retenue administrative ; qui relève qu'à aucun moment le préfet ne remet en cause l'intégration de Mme C ; qui soutient, s'agissant du refus de délai de départ volontaire, que la possession d'une carte d'identité tunisienne ne permet pas de caractériser l'existence de garanties de représentation suffisantes ; qui sollicite, à titre subsidiaire, une substitution de base légale dès lors que le 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettait au préfet de refuser un délai de départ volontaire, Mme C ayant déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante tunisienne née le 17 février 1979, est entrée en France le 8 août 2018. Elle a été interpellée et placée en retenue pour vérification de son droit au séjour le 22 juillet 2025. Par un arrêté du même jour, dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Aube l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France le 8 août 2018, soit près de sept ans avant l'édiction de la décision attaquée, pour rejoindre son compagnon, ressortissant tunisien en situation régulière titulaire d'une carte de résident. Celui-ci atteste qu'ils résident ensemble depuis 2018 dans un appartement à Troyes. Si le représentant du préfet a fait valoir, au cours de l'audience publique, que le discours de Mme C quant aux liens qu'elle entretient avec M. B a varié, les éléments produits dans le cadre de la présente instance, et compte tenu de la procédure d'urgence, permettent de tenir pour acquis qu'ils entretiennent une relation conjugale. A ce titre, le préfet de l'Aube ne produit d'ailleurs aucune pièce permettant, de manière probante, de contester la nature de ces liens. En outre, Mme C aide son compagnon, atteint de diabète et titulaire d'une carte mobilité inclusion valable en cours de validité, dans les gestes de la vie quotidienne et dans son suivi médical. Les enfants de son compagnon attestent que l'aide de Mme C est nécessaire dès lors qu'ils ne résident pas à proximité de leur père en perte d'autonomie. Si le préfet fait valoir que l'attestation produite par le pharmacien mentionne que M. B a évité un AVC en février 2024, tandis que les attestations de la famille de M. B font état d'un AVC ayant eu lieu en février 2024, il n'en demeure pas moins que les différentes attestations font état d'un besoin de présence de Mme C auprès de son compagnon. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, en obligeant Mme C à quitter le territoire français, le préfet de l'Aube a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C au regard du but poursuivi par cette mesure.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de décision du 22 juillet 2025 par lequel le préfet de l'Aube l'a obligée à quitter le territoire français sans délai. Par voie de conséquence, les décisions par lesquelles le préfet de l'Aube a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans doivent également être annulées.

Sur les mesures d'exécution :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "

6. Il est rappelé au préfet de l'Aube qu'en application des dispositions citées au point précédent, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit mis fin à la rétention administrative de Mme C, que celle-ci soit munie d'une autorisation provisoire de séjour et que l'autorité administrative statue à nouveau sur son cas.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 juillet 2025 par lequel le préfet de l'Aube a obligé Mme C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2025.

Le magistrat désigné,

P. Bastian

La greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne au préfet de l'Aube en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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