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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2502462

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2502462

jeudi 14 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2502462
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCOCHE-MAINENTE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a rejeté la requête de M. B, ressortissant macédonien, qui demandait l'annulation de l'arrêté du 23 juillet 2025 par lequel la préfète des Vosges l'avait assigné à résidence. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, jugeant que la décision était signée par une autorité compétente, suffisamment motivée et exempte de défaut d'examen. Il a également considéré que le droit d'être entendu avait été respecté lors d'une audition préalable et que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'UE n'était pas applicable aux États membres. La solution retenue s'appuie notamment sur les articles L. 732-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2025 à 16 heures 14, M. C B, représenté par Me Coche-Mainente, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2025 par lequel la préfète des Vosges l'a assigné à résidence ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de son droit d'être entendu ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen ;

- il est entaché d'erreur de droit, dès lors qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

- il porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2025, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gottlieb, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gottlieb a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant macédonien né le 28 janvier 2001, est entré en France le 1er mars 2019 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté 13 janvier 2023, la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du 23 juillet 2025, la préfète des Vosges l'a assigné à résidence dans le département des Vosges pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 2 juillet 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète des Vosges a donné délégation à Mme A D, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E F, directeur de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer les actes entrant dans les attributions de cette direction à l'exception des décision portant refus de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français avec fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F n'était pas absent ou empêché à la date d'édiction de l'arrêté attaquée. Par suite, Mme D était compétente pour signer la décision en litige et le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement conformément à l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ". Cette motivation révèle, par ailleurs, que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation du requérant. La circonstance que la préfète des Vosges n'aurait pas fait état de l'ensemble des éléments de sa situation familiale est sans incidence, par elle-même, sur la légalité de cette décision. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

4. En troisième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui s'adresse non aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union.

5. En quatrième lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour et les mesures accessoires à une telle décision.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet, le 23 juillet 2025, d'une audition administrative par les services de police de Mont-Saint-Martin, au cours de laquelle il a invité à présenter ses observations sur sa situation personnelle et la circonstance que l'autorité préfectorale était susceptible de l'assigner à résidence. Ainsi, il a été mis à même de présenter utilement et effectivement ses observations sur la mesure en litige et n'a pas été privé de son droit à être entendu. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, par un arrêté du 13 janvier 2023, qu'il n'a pas exécutée. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'éloignement de M. B ne constituerait pas une perspective raisonnable. D'autre part, si le requérant conteste le caractère nécessaire de la décision d'assignation à résidence en l'absence de risque de fuite, cet argument est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que les dispositions précitées ne subordonnent pas le prononcé de cette mesure à l'existence d'un tel risque. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'assignation à résidence en litige présenterait un caractère disproportionné. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la préfète des Vosges, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées. Par conséquent, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Coche-Mainente, et à la préfète des Vosges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2025.

Le magistrat désigné,

R. Gottlieb La greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 250246

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