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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2101932

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2101932

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2101932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2021, Mme B A, représentée par Me Cabaret, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 octobre 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de certificat de résidence algérien " ascendant direct d'enfant français mineur " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre audit préfet, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de ce réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision contestée a été prise par une personne qui était compétente pour ce faire ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet du Nord a produit des pièces, enregistrées les 23 janvier 2023 et 17 avril 2023.

Par un courrier du 5 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée dès lors que celle-ci n'est pas signée, en l'absence par ailleurs de dispositif de signature électronique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen d'ordre public ne saurait être retenu.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme A par une décision du 18 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fabre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née en 1958 en Algérie, de nationalité algérienne, est entrée en France en décembre 2017, munie de son passeport algérien revêtu d'un visa de court séjour. Elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par une décision du 13 octobre 2020, dont la requérante demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / () ".

3. La décision du 13 octobre 2020 émane d'une boîte mail professionnelle référencée " pref-correspondances-etrangers@nord.gouv.fr " et comporte, à la fin, " Joffrane Verlet, cheffe de la section actualité juridique, bureau du contentieux et du droit des étrangers ". Force est cependant de constater que la décision en cause ne comporte pas la signature de l'intéressée et que le préfet du Nord n'établit pas l'existence d'un dispositif sécurisé de signature électronique qui aurait été en vigueur à la préfecture du Nord. Par suite, il n'est pas établi que la décision ait été effectivement prise par une personne qui était compétente pour ce faire.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 13 octobre 2020 portant rejet de la demande de certificat de résidence algérien " ascendant direct d'enfant français mineur " présentée par Mme A doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Dès lors que, par un arrêté du 14 avril 2023, le préfet du Nord a expressément statué sur la demande de titre de séjour présentée par Mme A en qualité d'ascendant direct d'enfant mineur français, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais d'instance :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme A au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 13 octobre 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande de certificat de résidence algérien " ascendant direct d'enfant français mineur " présentée par Mme A est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Nord.

Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Fabre, président,

- Mme Monteil, première conseillère,

- M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024

Le président-rapporteur,

Signé

X. FABREL'assesseur le plus ancien,

Signé

A.-L. MONTEIL

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

5

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