mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2102615 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CAYLA-DESTREM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 avril 2021 et le 6 février 2023, la société Balneautos, représentée par Me Cayla-Destrem, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2021 par lequel le maire de la commune de Liévin lui a refusé la délivrance d'un permis de construire pour l'édification d'une station de detailing, de rénovation et de lavage automobile ;
2°) d'enjoindre à la commune de Liévin de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Liévin la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir ;
- l'arrêté attaqué ne satisfait pas à l'obligation de motivation et ne précise pas le sens des avis préalables recueillis ;
- le projet respecte tant les dispositions de l'article UE 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune que celles du cahier de recommandations architecturales ;
- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir ;
- la substitution de motif demandée ne peut être accueillie, la société de par son objet n'est ni soumise à la réglementation ICPE, ni à la réglementation IOTA et respecte les conditions du plan local d'urbanisme relatives au traitement des eaux usées ;
- il appartenait à la commune de solliciter, le cas échéant, des pièces manquantes dans le cadre de son pouvoir d'instruction ;
- le projet respecte l'article UE 12 du règlement du plan local d'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2023, la commune de Liévin, représentée par Me Fromont, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- un complément de motivation et une substitution de motifs peut être effectuée ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 7 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leguin,
- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,
- et les observations de M. A, représentant la société Balneautos, et de Me Fromont, représentant la commune de Liévin.
Considérant ce qui suit :
1. La société Balneautos a déposé une demande de permis de construire pour l'édification d'une station de detailing, de rénovation et de lavage automobile sur un terrain situé rue Gilles de Roberval, sur le territoire de la commune de Liévin. Par un arrêté du 8 février 2021, dont la société demande l'annulation, le maire de la commune a refusé la délivrance de ce permis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article UE 11 " Aspect extérieur des constructions et de leurs abords " du règlement du PLU : " () la zone UE est concernée par le cahier de recommandations architecturales pour les zones économiques annexé au présent PLU " et aux termes de ce cahier de recommandations annexé au PLU : " () les toitures à faible pente peuvent être autorisées sous réserve qu'elles soient dissimulées par un acrotère horizontal () Les Bâtiments annexes doivent par leur volume et le traitement de leurs façades être construites en harmonie avec le bâtiment principal () Pour éviter l'aspect disparate des diverses constructions une unité de matériaux est à rechercher () Les couvertures apparentes en matériau ondulé, en papier goudronné, en bac acier galvanisé et en matière translucide sont interdites () ".
3. Pour refuser le permis de construire sollicité, le maire de la commune de Liévin s'est fondé sur la circonstance que le toit du bâtiment annexe était dépourvu d'un acrotère, que l'habillage majoritairement orange de cette structure n'était pas en harmonie avec le bardage gris du bâtiment principal et que sa couverture transparente n'était pas autorisée.
4. A supposer même que soit reconnue une portée normative aux recommandations annexées au PLU " à titre informatif ", il ressort des pièces du permis de construire que le projet de la société Balneautos comporte un bâtiment clos auquel est accolé un auvent comportant trois pistes de station de lavage libre-service surmontées d'une toiture de forme arrondie portée par des pylônes. Cet auvent ne peut être qualifié de bâtiment au sens du PLU dès lors qu'il ne s'agit pas d'une construction close et couverte, de sorte que l'obligation d'acrotère horizontal ne s'applique pas à lui. D'autre part, la couleur orange retenue pour les pylônes de cette structure est en harmonie avec la couleur de l'enseigne lumineuse fixée sur le bâtiment principal dont la façade sera grise. Enfin, l'auvent de la station de lavage aura une couverture transparente et non translucide, ce que le cahier de recommandations n'interdit pas. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le maire de Liévin ne pouvait légalement se fonder sur une méconnaissance des dispositions de l'article UE 11 du règlement du plan local d'urbanisme pour refuser de lui délivrer le permis de construire sollicité.
5. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. La commune fait valoir que la société ne respecterait pas les dispositions de l'article UE 12 du règlement du PLU qui prévoit que le stationnement des véhicules " correspondant aux besoins des constructions et installations doit être réalisé en dehors des voies publiques et conformément aux prescriptions du décret du 3 février 2007 relatif à l'accessibilité des stationnements aux personnes handicapées et à mobilité réduite. / Pour les bâtiments à caractère industriel, artisanal ou commercial, sur chaque parcelle, des surfaces suffisantes doivent être réservées : / - pour l'évolution, le chargement, le déchargement et le stationnement de la totalité des véhicules de livraison et de service ; / - pour le stationnement des véhicules du personnel et des visiteurs ".
7. Il ressort des pièces de demande du permis de construire que la construction envisagée prévoit deux places de stationnement, dont une adaptée aux personnes à mobilité réduite. Si la commune soutient que ce nombre est insuffisant au regard du projet, elle ne le démontre pas en se bornant à faire valoir qu'il est prévu d'employer deux salariés, alors que les dispositions précitées ne fixent ni plafond, ni plancher pour le nombre de places de stationnement pour les personnels et les visiteurs.
8. La commune fait également valoir qu'elle était fondée à refuser le permis de construire en l'absence de preuve au dossier du dépôt d'une demande d'autorisation au titre de la législation applicable aux installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) et au titre de la législation applicable aux installations, ouvrages, travaux et activités (IOTA) relevant de la loi sur l'eau. Toutefois, si la commune estimait que le dossier de permis de construire était incomplet, il lui appartenait de solliciter les pièces manquantes à la pétitionnaire.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il ne peut être fait droit à la substitution de motifs sollicitée par la commune.
10. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier. ". Aucun des autres moyens soulevés par la requérante n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
12. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée interdiraient que la demande puisse être accueillie pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Liévin de procéder à la délivrance du permis de construire sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société Balneautos, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à la commune de Liévin la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Liévin le versement de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Balneautos et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : L'arrêté du 8 février 2021 par lequel le maire de la commune de Liévin a refusé de délivrer à la société Balneautos un permis de construire est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Liévin de délivrer le permis de construire sollicité par la société Balneautos dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Liévin versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à la société Balneautos en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Liévin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Balneautos et à la commune de Liévin.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Borget, premier conseiller,
Mme Piou, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La présidente - rapporteure,
AM. LEGUIN La présidente - rapporteure,
signé
A-M. LEGUINLe magistrat (plus ancien
dans l'ordre du tableau)
signé
J. BORGETLe magistrat (plus ancien
dans l'ordre du tableau)
J. BORGET
La greffière,
signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026