Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2104151

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2104151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 mai 2021 et le 16 avril 2024,

M. C B, représenté par le cabinet AARPI Themis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 15 avril 2021 par laquelle le directeur du centre de détention de Vendin-le-Vieil a rejeté sa demande du 15 février 2021 tendant à la restitution en cellule de ses biens ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre de détention de Vendin-le-Vieil de lui restituer ces biens dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ; la mesure prise lui fait grief dès lors que les biens confisqués ne présentent aucun danger d'autant plus qu'ils ont été acquis auprès de l'administration pénitentiaire et étaient à sa disposition en cellule avant son transfert ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale et de l'article 9 du règlement intérieur type figurant en annexe de cet article, spécifiquement pour les équipements informatiques, dès lors qu'elle n'est pas fondée sur un motif de sécurité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que la décision contestée est une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours pour excès de pouvoir ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 29 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 29 avril 2024 à 14 heures.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier. Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Babski,

- et les conclusions de M. Christian, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, écroué depuis le 23 septembre 2016 et incarcéré au centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil pour la période du 3 février au 14 mai 2021, a, par un courrier de son conseil du 15 février 2021, sollicité du directeur de cet établissement, la communication de la liste de ses effets personnels figurant à son vestiaire et la mise à disposition en cellule de la totalité de ses biens placés au vestiaire. L'administration pénitentiaire s'est bornée, par courrier électronique du 23 février 2021, à communiquer à l'intéressé la liste de ses biens retenus au vestiaire. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite, née le 15 avril 2021, par laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil a rejeté sa demande tendant à la restitution de ses biens.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation.

/ Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

3. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est allégué, que le requérant ait sollicité les motifs de la décision implicite de rejet attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Le règlement intérieur type pour le fonctionnement de chacune des catégories d'établissements pénitentiaires, comprenant des dispositions communes et des dispositions spécifiques à chaque catégorie, est annexé au présent titre. / () ". Aux termes de l'article 24 du règlement intérieur type des établissements pénitentiaires, annexé à l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " I.- Les objets qui ne peuvent être laissés en possession de la personne détenue pour des raisons d'ordre et de sécurité sont déposés au vestiaire de l'établissement. / Ils sont, après inventaire, inscrits sur le registre du vestiaire, au nom de l'intéressée pour lui être restitués à sa sortie () ". Aux termes de l'article 19 du même règlement : " () VII.- La personne détenue peut acquérir par l'intermédiaire de l'administration et selon les modalités qu'elle détermine des équipements informatiques. / En aucun cas elle n'est autorisée à conserver des documents, autres que ceux liés à des activités socioculturelles, d'enseignement, de formation ou professionnelles, sur un support informatique.

/ Ces équipements ainsi que les données qu'ils contiennent sont soumis au contrôle de l'administration. Sans préjudice d'une éventuelle saisie par l'autorité judiciaire, tout équipement informatique appartenant à une personne détenue peut être retenu et ne lui être restitué qu'au moment de sa libération, dans les cas suivants : / 1° Pour des raisons d'ordre et de sécurité ; / 2° En cas d'impossibilité d'accéder aux données informatiques, du fait volontaire de la personne détenue. ".

5. Il résulte de ces dispositions que le droit des détenus de se procurer des effets personnels par l'intermédiaire de l'administration et de les conserver ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre des établissements.

6. M. B soutient que les objets placés au vestiaire que l'administration pénitentiaire a refusé de lui restituer en cellule, à savoir, des vêtements bleus, des ustensiles de cuisine, une multiprise, des lampes de bureau, une " playstation ", trois manettes, une plaque à induction, une sacoche, un casque audio, vingt-trois jeux, une chaîne Hifi, un HP Samsung, deux miroirs, un étendoir, une télécommande, une ceinture lombaire, une tondeuse, une Xbox, ne sont pas interdits en détention et peuvent être achetés auprès des cantines de l'établissement. Toutefois, le garde des sceaux, ministre de la justice fait valoir, en défense, que ces objets ont été placés dans le vestiaire afin de lutter contre le surencombrement de la cellule qui peut engendrer un risque pour la sécurité, notamment s'agissant des feux de cellule ou du rôle qu'un tel encombrement peut avoir dans les fouilles de cellules ou par ce qu'ils sont interdits en détention eu égard au risque pouvant être portés à la sécurité des personnes. Il appartient en effet à l'administration pénitentiaire de tenir compte des contraintes de sécurité liées à la possession de ces équipements, aux conditions sanitaires des personnes détenues et à la salubrité de l'établissement. En l'espèce, dès lors, que l'accumulation des biens précités dans la cellule de

M. B était de nature à provoquer un encombrement de celle-ci faisant ainsi courir des risques de dommages aux biens au aux personnes, leur dépôt au vestiaire de l'établissement pénitentiaire était justifié par des raisons de sécurité et d'ordre telles que prévues par les dispositions de l'article 24 du règlement intérieur type des établissements pénitentiaires figurant en annexe de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale, alors en vigueur. Par suite, le refus implicite de restituer en cellule l'ensemble de ces biens n'est pas entaché d'illégalité.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite, née le 15 avril 2021, par laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil a rejeté sa demande du 15 février 2021 tendant à la restitution en cellule de ses biens. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au garde des sceaux, ministre de la justice et Me Alexandre Ciaudo.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2024, à laquelle siégeaient : Mme Stefanczyk, présidente,

M. Babski, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

D. BABSKI

La présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière, Signé

N. PAULET

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière,