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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2105024

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2105024

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2105024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique (2)
Avocat requérantSELARL DBKM AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de Mme A contestant la décision du département du Nord du 18 février 2021 maintenant un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 14 170,95 euros. La requérante soulevait plusieurs moyens, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, un vice de procédure et l'erreur sur le quantum de l'indu. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence, l'arrêté de délégation de signature étant régulièrement publié. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur les autres moyens. Cette décision s'appuie sur le code de l'action sociale et des familles, notamment ses articles L. 262-47 et R. 262-6.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 26 juin 2021 et le 29 novembre 2023, Mme E A, représentée par Me Bapceres, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 18 février 2021 par laquelle le département du Nord a maintenu l'indu de revenu de solidarité active prononcé à son encontre pour un montant de 14 170,95 euros et de prononcer la décharge totale de rembourser l'indu ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 18 février 2021 en tant qu'elle a confirmé un indu de revenu de solidarité active supérieur à 10 429 euros et de prononcer la décharge de l'obligation de rembourser l'indu en tant qu'il excède 10 429 euros ;

3°) en tout état de cause, d'enjoindre au département du Nord de restituer des sommes récupérées au titre de l'indu ;

4°) de mettre à la charge du département du Nord la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- cette décision a été signée par une personne dont il n'est pas établi qu'elle était compétente pour ce faire ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de recours amiable n'a pas été saisie ;

- la procédure est irrégulière, dès lors que l'administration ne justifie pas que le contrôle a été diligenté par un agent agréé ;

- le quantum de l'indu mis à sa charge est erroné ; l'aide financière de 12 725 euros qu'elle a perçu de M. B correspondait à hauteur de 7 725 euros à des aides ponctuelles dont elle ne pensait pas qu'elles devaient être déclarées et, pour les 5 000 euros restant, à un prêt destiné à investir dans la société de vente de vêtements en ligne qu'elle a créé; elle n'avait pas notion qu'elle devait déclarer les 4 680 euros de pension alimentaire que ses parents lui ont versé de septembre 2017 à août 2020 ; les 712 euros de revenus tirés de son activité de vente en ligne ne sont pas des revenus nets et doivent être appréciés au regard des charges qu'elle a dû payer pour la création de sa société, et qui les excèdent largement ; les 855 euros provenant de ventes par l'application " Vinted " ne constituent pas des ressources professionnelles au sens de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, et n'avaient pas à faire l'objet d'une déclaration ;

- les ressources rectifiées par l'agent de contrôle de la caisse d'allocations familiales ne sont pas d'un montant suffisant à exclure tout droit au revenu de solidarité active au titre de la période de sa répétition ;

- cette décision méconnaît le premier alinéa de l'article L. 262-27 du code de l'action sociale et des familles alors qu'elle pénalise l'initiative de création d'activité de Mme A, en situation précaire ;

- elle méconnaît les articles L. 262-1, L. 262-27 et L. 262-29 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'elle n'a pas bénéficié d'un accompagnement social et professionnel adapté à ses besoins.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 octobre 2021, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut à sa mise hors de cause.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2023, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Des pièces, enregistrées le 23 septembre 2024, ont été produites par la caisse d'allocations familiales du Nord à la demande du tribunal et ont été communiquées sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Monteil, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteil,

- et les conclusions de M. Pierre Even, rapporteur public.

A l'issue de l'audience publique, l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle de la situation de Mme A et du réexamen de ses droits qui s'en est suivi, la caisse d'allocations familiales du Nord a décidé de récupérer auprès de l'intéressée, le 17 décembre 2020, un indu de revenu de solidarité active (INK/001) d'un montant de 14 170,95 euros pour la période de décembre 2017 à novembre 2020. Par un courrier du 23 décembre 2020, Mme A a formé un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental du Nord contre cet indu de solidarité active, qui a été expressément rejeté par une décision en date du 18 février 2021, dont Mme A demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision contestée a été prise par Mme C D, responsable du pôle " droit et devoirs des allocataires du RSA " au sein des services du département du Nord, qui était compétente pour ce faire en vertu d'un arrêté du 19 janvier 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département du Nord du 1er janvier 2021 au 15 mars 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ", laquelle est composée et constituée au sein du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales. Aux termes du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / 2° Les modalités d'échange des données entre les parties ; / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ". Aux termes de l'article R. 262-60 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil général ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention () ". Aux termes de l'article R. 262-89 du même code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles : " Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil général statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil général statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. () ".

4. Aux termes de l'article 8-2 de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 30 août 2010 entre le département du Nord et l'association départementale des caisses d'allocations familiales du Nord en application du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " Les recours administratifs préalables aux recours contentieux ne sont pas transmis pour avis à la Commission de recours amiable des Caf par le Président du Conseil Général. ". Il résulte des dispositions précitées de la convention de gestion que, contrairement à ce que soutient la requérante, l'absence d'avis de la commission de recours amiable, qui ne peut être saisie que dans les conditions et limites prévues par la convention, n'entache pas d'irrégularité la procédure suivie par le département du Nord, dès lors que la convention en dispose autrement. Le moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable doit, dès lors, être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, aux termes du huitième alinéa de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles : " Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale. ". Aux termes de l'article L. 114-9 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les directeurs des organismes chargés () du service des allocations et prestations mentionnées au présent code sont tenus, lorsqu'ils ont connaissance d'informations ou de faits pouvant être de nature à constituer une fraude, de procéder aux contrôles et enquêtes nécessaires. ". Aux termes de l'article L. 114-10 du même code, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Les directeurs des organismes chargés () du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale (), le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations, le contrôle du respect des conditions de résidence et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles () Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire () ". Les conditions d'agrément des agents des caisses d'allocations familiales exerçant une mission de contrôle sont définies, pour les agents en fonction avant l'entrée en vigueur de l'arrêté du 5 mai 2014 ayant le même objet, par un arrêté du ministre de la santé et de la protection sociale et du ministre de la famille et de l'enfance du 30 juillet 2004, qui renvoie aux dispositions de l'article L. 243-9 du code de la sécurité sociale en ce qui concerne les conditions d'assermentation, aux termes desquelles : " Avant d'entrer en fonctions, les agents de l'organisme chargés du contrôle prêtent, devant le tribunal judiciaire ou, le cas échéant, l'une de ses chambres de proximité, serment de ne rien révéler des secrets de fabrication et en général des procédés et résultats d'exploitation dont ils pourraient prendre connaissance dans l'exercice de leur mission. () ".

6. La caisse d'allocations familiales du Nord a produit la décision d'agrément définitif par le directeur du département maîtrise des risques / lutte contre la fraude de la caisse d'allocations familiales de l'agent ayant réalisé le contrôle relatif à la situation de Mme A et établi le rapport d'enquête du 19 novembre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'agrément de l'agent ayant réalisé le contrôle doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Et aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () / L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; () " et de l'article R. 262-12 " I.- Ont le caractère de revenus professionnels ou en tiennent lieu en application du 1° de l'article L. 262-3 :/ 1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée ; () ".

8. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année ou de solidarité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le

bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

9. D'une part, la requérante ne conteste pas sérieusement que les aides financières perçues de septembre 2017 à août 2020 de la part de ses parents pour un montant de 4 680 euros et de la part d'un ami, M. B pour un montant de 12 725 euros constituent des ressources qui auraient dû faire l'objet d'une déclaration. La circonstance que les sommes perçues aient été utilisées pour le paiement de la cantine de son enfant, pour combler ses découverts bancaires ou pour l'achat de petits matériels d'électroménager est sans incidence sur le fait que ces ressources devaient faire l'objet d'une déclaration, et la requérante ne peut se prévaloir de sa bonne foi qui est inopérante en l'espèce alors qu'elle ne conteste que le bien-fondé de l'indu sans en solliciter la remise.

10. D'autre part, Mme A soutient que 5 000 euros qui lui ont été versés par M. B ne correspondaient pas à une aide financière mais à un prêt destiné à accompagner la création de son activité de vente de vêtements en ligne, et que cette somme doit être considérée comme un investissement direct dans sa société. Toutefois, le remboursement de ce " prêt " débute le 7 mai 2021, après le rejet du recours préalable par le président du conseil départemental, et la reconnaissance de dette qu'elle fournit dans le cadre du présent litige est établie le 24 juin 2021, soit deux jours avant l'introduction de l'instance, alors que la somme a été versée à la requérante en 2019. Par ailleurs, les sommes indiquées sur les lignes référencées " Savannah ", nom de la société créée par la requérante, dans les comptes de M. B, d'un total de 1 912 euros et non de 5 000 euros, ne sont pas versées sur un compte professionnel mais sur le compte personnel de Mme A. La caisse d'allocations familiales était donc fondée à considérer que le versement de ces sommes correspondait à un don, et non à un prêt, que la requérante aurait dû déclarer.

11. Enfin, tandis que la requérante s'est de façon constante déclarée sans activité professionnelle auprès de l'organisme payeur, il ressort des pièces du dossier qu'elle était inscrite comme micro-entrepreneur indépendante auprès de l'URSSAF depuis 2013 et qu'elle a créé une entreprise " Savannah ", inscrite au répertoire des entreprises et des établissements depuis le 18 octobre 2018. Elle en a tiré des revenus sur la période concernée par l'indu, qui sont retracés dans ses relevés de compte professionnels à hauteur de 712 euros de mars 2019 à mars 2020. Par ailleurs, la requérante a réalisé des ventes de vêtements sur la plateforme de vente " Vinted ", à hauteur de 855 euros, immédiatement après la fin de son activité de vente en ligne, de mai à août 2020, et ce alors que la requérante produit des preuves d'achat de stocks de vêtements dont elle ne démontre pas qu'ils auraient été vendus intégralement par son entreprise. Dans les circonstances de l'espèce, ces ventes ne peuvent pas être assimilés à des ventes d'actifs privés mais doivent être considérés comme des revenus professionnels qui auraient dû faire l'objet d'une déclaration. Toutefois, il ressort des relevés de comptes professionnels que les charges liées à l'activité professionnelle de Mme A ont largement excédé les revenus qu'elle en a tiré, et la requérante n'a dégagé aucun bénéfice. Par suite, Mme A est fondée à demander la réformation de la décision du 18 février 2021 en tant que l'indu qui lui a été notifié assimile, à tort, ces 1 567 euros de revenus comme des bénéfices nets qu'elle aurait perçu au titre de son activité professionnelle.

12. En cinquième lieu, si Mme A soutient que ses ressources rectifiées ne sont pas d'un montant suffisant à exclure tout droit au revenu de solidarité active au titre de la période de sa répétition, ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision attaquée de notification d'un indu, qui ne porte pas sur la question du maintien des droits au revenu de solidarité active de la requérante.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le revenu de solidarité active a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle. ". Aux termes de l'article L. 262-27 du même code : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active a droit à un accompagnement social et professionnel adapté à ses besoins et organisé par un référent unique. Pour l'application de la présente section, les mêmes droits et devoirs s'appliquent au bénéficiaire et à son conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, qui signent chacun le projet ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 à L. 262-36. () ". Et aux termes de l'article L. 262-29 de ce code : " Le président du conseil départemental oriente le bénéficiaire du revenu de solidarité active tenu aux obligations définies à l'article L. 262-28 : 1° De façon prioritaire, lorsqu'il est disponible pour occuper un emploi au sens des articles L. 5411-6 et L. 5411-7 du code du travail ou pour créer sa propre activité, soit vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du même code, soit, si le département décide d'y recourir, vers l'un des organismes mentionnés à l'article L. 5311-4 du code du travail ou encore vers un des réseaux d'appui à la création et au développement des entreprises mentionnés à l'article 200 octies du code général des impôts, en vue d'un accompagnement professionnel et, le cas échéant, social ; () ".

14. Dès lors que l'indu de revenu de solidarité active dont le remboursement est demandé à Mme A a pour origine l'absence de déclaration, par l'intéressée, de la création de son entreprise de vente en ligne, elle ne peut pas se prévaloir du fait que ce même indu pénalise ses initiatives professionnelles. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 262-27 du code de l'action sociale et des familles doit être écarté.

15. En septième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que retenus au point précédent, le moyen soulevé par Mme A lié à l'absence d'accompagnement social et professionnel adapté à ses besoins en tant que créatrice d'entreprise doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander la réformation de la décision du 18 février 2021 en tant qu'elle prend en compte les ressources liées à son activité de vente de vêtements en ligne et la décharge des sommes correspondantes.

17. L'état de l'instruction ne permet pas de déterminer le montant exact de l'indu restant à la charge de Mme A pour la période en cause. Il y a lieu, en conséquence, de renvoyer la requérante devant le département du Nord, pour la détermination de cet indu conformément aux motifs du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

18. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bapceres, conseil de Mme A, renonce au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bapceres de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les ressources tirées de l'activité professionnelle de vente en ligne de Mme A d'un montant total de 1 567 euros pour la période de décembre 2017 à novembre 2020 doivent être exclue du calcul pour l'attribution de son revenu de solidarité active sur la même période. A cet effet, il est renvoyé devant le département du Nord pour la détermination du trop-perçu de cette allocation pour cette période, conformément aux motifs du présent jugement.

Article 2 : La décision du 18 février 2021 du président du conseil départemental du Nord est réformée en ce qu'elle a de contraire au présent jugement.

Article 3 : Le département du Nord versera à Me Bapceres, conseil de Mme A, une somme de 900 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à Me Bapceres, au département du Nord et à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A.L. MONTEIL

Le greffier,

Signé

A.DEWIERE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

Le greffier

N°2105024

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