jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2105573 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 12 juillet 2021, le 4 octobre 2022 et le 26 juillet 2023, M. C B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision de la commission de recours de l'invalidité du 26 mai 2021 ;
2°) d'enjoindre au ministre des armées de fixer le taux d'invalidité de ses infirmités " Hernie discale L5 droite récidivante. Interventions itératives. Canal lombaire rétréci en L4-L5 chez un lombalgique chronique. Paresthésies du membre inférieur droit. Distance mains sol 41 cm, indice de Schôber : 10-12.5. Réflexes ostéo-tendineux faibles " et " Lombarthrose articulaire postérieure L4-L5, L5-S1 " à 40,2% et ouvrir ses droits à pension ;
3°) de condamner l'Etat à la réparation de ses préjudices physique et moral.
Il soutient que :
- les infirmités subies par suite de l'entraînement du 29 septembre 1994 et les séquelles consécutives aux opérations chirurgicales des 14 février et 2 avril 1995 se sont aggravées et dépassent le taux d'invalidité minimal ouvrant droit à pension ;
- la nature accidentelle des infirmités est démontrée par les inscriptions aux registres des constatations n°144 et 145 en date du 5 décembre 1994 et les codes OMS que ces documents mentionnent ;
- les infirmités constatées sont imputables au service en ce qu'elles sont nées dans le cadre d'un entraînement et que le lien de causalité est rapporté ;
- le taux d'invalidité se situe à 40,2% en application de la formule de Balthazar.
Par trois mémoires en défense enregistrés le 5 septembre 2022, le 31 juillet 2023 et le 24 août 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'autorité de la chose jugée qui s'attache aux décisions de justice ayant déjà statué la nature " maladie " des infirmités invoquées par le requérant, lors de ses précédentes demandes de reconnaissance de droit à pension, s'oppose à la remise en cause de cette qualification ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 29 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 septembre 2023.
Un mémoire produit par M. B a été enregistré le 5 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jouanneau,
- les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique,
- et les observations de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 10 mai 1949, militaire engagé à compter du 5 juillet 1967 au sein de l'armée de l'air, a été mis à la retraite le 11 mai 2001, date de sa radiation des cadres. Par une demande du 15 juin 2017, il a sollicité une pension militaire d'invalidité pour des séquelles de hernie discale, lombarthrose articulaire postérieure L4-L5, L5-S1 et pour des troubles neurologiques des deux jambes qu'il attribue à un évènement survenu le 29 septembre 1994, à l'occasion d'un entraînement. Par décision du 2 septembre 2020, le ministre des armées a rejeté sa demande pour les infirmités " Hernie discale L5 droite récidivante. Interventions itératives. Canal lombaire rétréci en L4-L5 chez un lombalgique chronique. Paresthésies du membre inférieur droit. Distance mains sol 41 cm, indice de Schôber : 10-12.5. Réflexes ostéo-tendineux faibles " et " Lombarthrose articulaire postérieure L4-L5, L5-S1 ". M. B a effectué un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision auprès de la commission de recours de l'invalidité, qui l'a rejeté par décision du 26 mai 2021. M. B demande au tribunal d'annuler cette dernière décision et de faire droit à ses demandes en matière de pension d'invalidité et de réparation de son préjudice physique et moral.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B a sollicité une pension militaire d'invalidité le 7 avril 1995, en lien avec l'entraînement effectué le 29 septembre 1994, invoquant une hernie discale récidivante et des séquelles de hernie discale droite et de lombarthrose articulaire postérieure L4-L5-S1, sa demande ayant été rejetée par décision ministérielle du 5 mai 1997. Par un arrêt du 25 septembre 2000, la cour régionale des pensions militaires de Douai a constaté le caractère définitif du jugement du 28 octobre 1998 par lequel le tribunal des pensions militaires de Douai a reconnu que l'infirmité lombarthrose articulaire postérieure L4-L5-S1 présentait un taux inférieur au seuil d'indemnisation, s'agissant d'une maladie contractée en période hors guerre. Ce même arrêt a également infirmé le jugement précité en ce qu'il a reconnu le droit de M. B à pension pour séquelles de hernie discale droite récidivante, cette infirmité devant être qualifiée de maladie d'après la cour. Suite à une nouvelle demande de pension formulée le 7 avril 2000, rejetée par décision ministérielle du 23 juillet 2001, un arrêt du 21 mai 2007 de la cour régionale des pensions militaires de Douai a confirmé le jugement rendu le 11 décembre 2003 par le tribunal des pensions militaires de Douai qui a débouté M. B, jugeant que l'affection hors-guerre de M. B n'atteint pas le minimum indemnisable. Cet arrêt est devenu définitif. Les demandes de reconnaissance de droit à pension formulées postérieurement par M. B, dans la mesure où elles sont motivées par l'aggravation des infirmités qu'il impute au même fait générateur, n'ont pas le même objet. Il s'ensuit que l'autorité de chose jugée dont sont revêtus les arrêts précités ne peut être opposée par l'administration.
3. Toutefois, et en second lieu, aux termes de l'article L. 2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, dans sa rédaction applicable au litige : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; / 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service () ". Aux termes de l'article L. 3 du même code : " Lorsqu'il n'est pas possible d'administrer ni la preuve que l'infirmité ou l'aggravation résulte d'une des causes prévues à l'article L. 2, ni la preuve contraire, la présomption d'imputabilité au service bénéficie à l'intéressé à condition : / 1° S'il s'agit de blessure, qu'elle ait été constatée avant le renvoi du militaire dans ses foyers ; / 2° S'il s'agit d'une maladie, qu'elle n'ait été constatée qu'après le quatre-vingt-dixième jour de service effectif et avant le trentième jour suivant le retour du militaire dans ses foyers ; 3° En tout état de cause, que soit établie, médicalement, la filiation entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée () ".
4. Il résulte de ces dispositions que, s'il ne peut prétendre au bénéfice de la présomption légale d'imputabilité, le demandeur d'une pension doit rapporter la preuve de l'existence d'un fait précis ou de circonstances particulières de service à l'origine de l'affection qu'il invoque. Cette preuve ne saurait résulter de la seule circonstance que l'infirmité soit apparue durant le service, ni d'une hypothèse médicale, ni d'une vraisemblance, ni d'une probabilité, aussi forte soit-elle.
5. Pour rejeter la demande de pension militaire présentée par M. B pour les infirmités " Hernie discale L5 droite récidivante. Interventions itératives. Canal lombaire rétréci en L4-L5 chez un lombalgique chronique. Paresthésies du membre inférieur droit. Distance mains sol 41 cm, indice de Schôber : 10-12.5. Réflexes ostéo-tendineux faibles " et " Lombarthrose articulaire postérieure L4-L5, L5-S1 ", la commission de recours de l'invalidité a relevé que la preuve de leur imputabilité au service n'était pas établie. Le rapport d'expertise médicale du Dr D en date du 29 mars 2019 constate l'apparition de lombalgies et de douleurs irradiées dans le membre inférieur droit dans les suites d'une course à pieds en terrain inégal le 29 septembre 1994, la réalisation d'une cure chirurgicale de hernie discale L4-L5 droite le 14 février 1995 ainsi que d'une deuxième intervention chirurgicale en raison de l'aggravation de la symptomatologie, le 2 avril 1995, avec constatation d'une fibrose périradiculaire sans signe évocateur d'une récidive herniaire, le conduisant à établir un taux d'invalidité de 20% s'agissant des séquelles de hernie discale et de 8% s'agissant de la lombarthrose articulaire postérieure L4-L5 et L5-S1. Le rapport d'expertise médicale du Dr A en date du 11 juin 2020 conclut à la présence de symptômes et signes d'une souffrance radiculaire L5 droite essentiellement sensitive et douloureuse qui a entraîné une gêne dans la vie quotidienne et propose la fixation du taux d'invalidité à 35% maximum. Ce même rapport souligne dans ses commémoratifs que le lien direct entre l'exercice du 29 septembre 1994 et la hernie discale opérée en 1995 ne peut pas être établi au regard des documents soumis à l'expert. Enfin, l'avis du médecin en charge des pensions militaires d'invalidité en date du 27 août 2020 constate l'absence de droit à pension au titre des deux infirmités invoquées. S'agissant de la hernie discale L5 droite récidivante, l'avis du médecin en charge des pensions militaires d'invalidité souligne que l'étude du dossier montre que M. B présente des lombalgies dès 1980 avec manifestations récidivantes et estime que la maladie, qui n'est pas imputable à un fait de service par défaut de preuve et de présomption, doit être évaluée au taux de 35%. S'agissant de la lombarthrose articulaire postérieure L4-L5 et L5-S1, l'avis du médecin en charge des pensions militaires d'invalidité conclut au caractère non indemnisable de cette infirmité, inférieure au seuil de 10%.
6. Si M. B entend rattacher les infirmités au titre desquelles il réclame la reconnaissance de son droit à pension à un entraînement effectué le 29 septembre 1994, il ressort toutefois de l'instruction et, en particulier, de l'extrait du registre des constatations des blessures, infirmités et maladies survenues pendant le service, établi le 5 décembre 1994, que l'indisposition de M. B immédiatement consécutive à l'entrainement semblerait due à la concomitance de séquelles résultant d'une chute qui lui aurait occasionné une première poussée de douleurs sciatiques et à sa participation à la séance sportive. Faute pour M. B de produire des éléments circonstanciés de nature à établir que les infirmités qu'il invoque résulteraient de façon certaine d'une lésion soudaine consécutive à un fait précis de service, celles-ci doivent être regardées comme étant de nature maladie.
7. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B, eu égard à la nature maladie de ses infirmités, puisse se prévaloir des dispositions précitées du 2° de l'article L. 3 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre. Par conséquent, il ne peut bénéficier de la présomption d'imputabilité au service prévue par ces dispositions et supporte la charge de la preuve. Or, le requérant se prévaut de simples constatations factuelles ainsi que de codes OMS retranscrits par des officiers militaires au registre des constatations des blessures, infirmités et maladies survenues pendant le service et n'apporte pas d'éléments circonstanciés susceptibles de remettre en cause les expertises médicales concordantes produites lors de l'instruction de sa dernière demande de reconnaissance de droit à pension. Dans ces conditions, les infirmités dont souffre le requérant ne peuvent être regardées comme imputables au service, dès lors qu'il n'est pas établi qu'elles s'y rattachent par un lien direct et certain. Par suite, l'administration était fondée à rejeter la demande de pension militaire d'invalidité formulée par M. B, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur taux.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
9. M. B demande la réparation du préjudice physique et moral qu'il a subi par suite des infirmités qu'il a développées. Toutefois, ces conclusions sont irrecevables à défaut de liaison du contentieux en l'absence de demande préalable adressée au ministre des armées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre des armées et des anciens combattants.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président,
Mme Barre, conseillère,
M. Jouanneau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
S. JOUANNEAU
Le président,
Signé
M. PAGANEL La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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