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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106408

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106408

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106408
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET PALMIER & ASSOCIÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2021 au greffe du tribunal administratif d'Amiens sous le n° 2102774, désormais enregistrée sous le n° 2106408, la commune de Cayeux-sur-mer, représentée par la SCP Crepin-Fontaine, demande au tribunal :

1°) de réformer l'ordonnance de taxation n°1903810-9 du 15 juillet 2021 par laquelle les frais et honoraires de M. A B, expert, ont été liquidés et taxés à la somme totale de 4 642, 82 euros TTC et mis à la charge de la commune de Cayeux-sur-mer, de la société Transalp et de la société V3D Concept, à hauteur de 1 547,61 euros chacune, et de mettre à la seule charge de la société Transalp et de la société V3D Concept pour chacune et par moitié la somme de 4 642, 82 euros ;

2°) de mettre à la charge de la société Transalp et de la société V3D Concept la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'ordonnance de taxation méconnaît les dispositions de l'article R. 761-5 du code de justice administrative en lui faisant supporter un tiers des frais et honoraires de l'expert alors que le rapport d'expertise établit sans conteste son absence totale de responsabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, la société Transalp, représentée par Me Palmier, conclut, à titre principal, à la réformation de l'ordonnance de taxation du 15 juillet 2021 afin que sa part des frais d'expertise soit minorée, à titre subsidiaire au rejet de la requête et, en tout état de cause, à la mise à la charge de la commune de Cayeux-sur-Mer de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le rapport d'expertise du 14 mai 2021 n'établit pas l'absence de responsabilité de la commune ; au contraire, la répartition des responsabilités entre les intervenants qui ressort de ce rapport d'expertise doit conduire à minorer sa propre part des frais d'expertise ou, à titre subsidiaire, à maintenir la répartition des frais à part égale entre la commune, la société V3D concept et elle-même.

Par un mémoire, enregistré le 26 septembre 2023, le tribunal administratif d'Amiens conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- en application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, le juge des référés a tenu compte, dans les circonstances de l'espèce, du sens du rapport d'expertise dont se prévaut la commune requérante mais également de l'utilité de cette expertise pour l'ensemble des parties, dont cette même commune ;

- il reste loisible à la commune d'introduire, si elle s'y croit fondée, une instance devant le juge du fond afin de voir fixer la charge définitive de ces frais sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée à la société V3D concept et à M. A B, expert désigné, qui n'ont pas produit de mémoire.

La clôture de l'instruction a été fixée au 28 novembre 2023 à 12 h 00 par une ordonnance du 28 septembre 2023.

Vu :

- l'ordonnance n° 1903810 du 18 février 2020 du tribunal administratif d'Amiens désignant M. A B comme expert ;

- l'ordonnance de taxation n°1903810 du 15 juillet 2021 du tribunal administratif d'Amiens ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteil,

- et les conclusions de M. Even, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance n° 1903810 du 18 février 2020, le juge des référés du tribunal administratif d'Amiens a désigné M. A B en qualité d'expert en vue de déterminer la nature et la cause des désordres affectant l'aire de jeux de la commune de Cayeux-sur-Mer et les moyens d'y remédier. Le rapport d'expertise a été déposé au tribunal administratif d'Amiens le 18 mai 2021. Par une ordonnance de taxation du 15 juillet 2021, la présidente du tribunal administratif d'Amiens a liquidé et taxé les frais et honoraires de M. B à la somme de 4 642,82 euros TTC et mis ces frais et honoraires à la charge conjointe de la commune de Cayeux-sur-Mer, de la société Transalp et de la société V3D Concept, à hauteur de 1 547, 61 euros chacune. La commune de Cayeux-sur-Mer demande au tribunal de réformer cette ordonnance et que les frais d'expertise soient mis à la seule charge des sociétés Transalp et V3D Concept et répartis à part égales entre les deux sociétés.

Sur la répartition de la charge des frais et honoraires d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. () / () ". Aux termes de l'article R. 621-11 du même code : " Les experts et sapiteurs mentionnés à l'article R. 621-2 ont droit à des honoraires, sans préjudice du remboursement des frais et débours. / () / Dans les honoraires sont comprises toutes sommes allouées pour étude du dossier, frais de mise au net du rapport, dépôt du rapport et, d'une manière générale, tout travail personnellement fourni par l'expert ou le sapiteur et toute démarche faite par lui en vue de l'accomplissement de sa mission. / (..) ". Aux termes de l'article R. 761-4 de ce code : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise définis à l'article R. 621-11, est faite par ordonnance du président de la juridiction () / () ". Enfin, aux termes de l'article R. 761-5 du code de justice administrative : Les parties, l'Etat lorsque les frais d'expertise sont avancés au titre de l'aide juridictionnelle ainsi que, le cas échéant, l'expert, peuvent contester l'ordonnance mentionnée à l'article R. 761-4. / Les ordonnances des présidents des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel sont contestées devant un tribunal administratif désigné en vertu d'un tableau d'attribution arrêté par le président de la section du contentieux. Les ordonnances du président de la section du contentieux sont contestées devant le Conseil d'Etat. () "

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, dérogeant sur ce point à l'article R. 761-1 du même code, que la répartition des frais et honoraires de l'expert entre les parties intervient, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu notamment de l'utilité de l'expertise pour ces parties, sans que cette répartition soit déterminée par la seule circonstance qu'une de ces parties l'a demandée ou, à l'inverse, en a contesté le bien fondé.

4. En l'espèce, le rapport d'expertise établi par M. B met en évidence, d'une part, que les pièces en acier inoxydables des jeux de l'aire de jeux sur la plage de Cayeux-sur-mer sont oxydées en raison de l'utilisation par la société Transalp, en charge de la réalisation des travaux, de matériaux inappropriés en bord de mer. Il établit cependant également que ce faisant la société Transalp n'a fait que suivre les prescriptions du Cahier des Clauses Techniques Particulières (CCTP) du marché établi par la société V3D Concept, et que l'origine des désordres est une prescription erronée dans le CCTP du marché quant à la qualité de l'acier inoxydable. D'autre part, si le rapport conclut à une implantation du triple portique trop proche de la clôture pour garantir la sécurité des enfants, et que cette implantation du triple portique par rapport à la clôture n'est pas cotée sur le plan d'aménagement d'une aire de jeux sur la plage, il ne se prononce pas sur la partie responsable de l'origine des désordres afférents au triple portique.

En ce qui concerne les conclusions de la commune de Cayeux-sur-Mer :

5. Il résulte de l'instruction que le rapport d'expertise établi par M. B, qui se prononce au moins partiellement sur les causes des désordres ainsi que sur les travaux nécessaires à la reprise desdits désordres, en ce compris leur coût, présente une utilité pour la requérante. La commune de Cayeux-sur-mer ne peut donc utilement se prévaloir de ce que les conclusions de l'expert lui seraient favorables, alors qu'au demeurant aucune des parties n'est exonérée d'une part de responsabilité. Par ailleurs, le juge administratif n'est pas tenu par la répartition des responsabilités retenue par l'expert et il appartiendrait au seul juge du fond éventuellement saisi d'une demande indemnitaire, d'apprécier la responsabilité de chaque partie et de se prononcer en conséquence sur la charge définitive des dépens de l'instance. Par suite, les conclusions présentées par la commune de Cayeux-sur-Mer doivent être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions reconventionnelles de la société Transalp :

6. Pour les mêmes motifs qu'au point précédent, et alors qu'il n'est pas contesté par la société Transalp que l'expertise présente, pour elle, une utilité, les conclusions reconventionnelles présentées par ladite société doivent être rejetées.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de réformer l'ordonnance de la présidente du tribunal administratif d'Amiens du 15 juillet 2021, qui a réparti les frais et honoraires de l'expertise à la charge conjointe de la commune de Cayeux-sur-Mer, de la société Transalp et de la société V3D Concept.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge à la charge de la société Transalp et de la société V3D Concept, qui ne sont pas les parties perdantes pour l'essentiel dans la présente instance.

9. Il y a par ailleurs lieu, sur le fondement des mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune de Cayeux-sur-Mer, qui est la partie perdante pour l'essentiel, la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la société Transalp et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune de Cayeux-sur-Mer est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société Transalp tendant à la réformation de l'ordonnance de taxation du 15 juillet 2021 afin que sa part des frais d'expertise soit minorée sont rejetées.

Article 3 : La commune de Cayeux-sur-Mer versera à la société Transalp la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Cayeux-sur-Mer, à M. A B, à la société Transalp, à la société V3D Concept, au tribunal administratif d'Amiens et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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