mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2108123 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (3) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 octobre 2021 et 12 août 2024, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er septembre 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a rejeté sa demande de remise gracieuse portant sur un indu d'allocation de solidarité active d'un montant de 670,86 euros ;
2°) d'annuler la décision du 17 novembre 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a rejeté sa demande de remise gracieuse portant sur un indu d'allocation de logement familial d'un montant de 2 053 euros ;
3°) d'annuler la décision du 17 novembre 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a rejeté sa demande de remise gracieuse portant sur un indu de prime d'activité d'un montant de 1 342,17 euros.
Il soutient qu'il s'acquitte de charges importantes l'empêchant de verser les sommes mises à sa charge.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2022, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que le moyen soulevé par le requérant est infondé :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 1er septembre 2021 portant refus de remise gracieuse de l'indu de revenu de solidarité active sont irrecevables car elles devraient être dirigées contre le département du Nord et non la caisse d'allocations familiales du Nord ;
- les moyens soulevés à l'encontre des décisions du 17 novembre 2021 portant refus de remise gracieuse des indus d'allocation de logement familiale et de prime d'activité sont infondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, le département du Nord conclut à sa mise hors de cause en ce qui concerne les indus d'allocation de logement familiale et de prime d'activité et au rejet de la requête en ce qui concerne la décision du 1er septembre 2021 portant refus de remise gracieuse de l'indu de revenu de solidarité active.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Horn pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Horn, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une déclaration de changement de situation de M. B A et du réexamen de ses droits qui s'en est suivi, la caisse d'allocations familiales du Nord a décidé de récupérer auprès de l'intéressé, le 5 juillet 2021, des indus, couvrant la période du 1er septembre 2020 au 31 mai 2021, de revenu de solidarité active (INK/001) d'un montant de 670,86 euros , de prime d'activité (IM3/001) d'un montant de 1 342,17 euros et d'allocation de logement familiale (IM4/001) d'un montant de 2053 euros. M. A a sollicité de la caisse d'allocations familiales du Nord une remise de dette correspondant à ces trois indus. Par une décision du 1er septembre 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a refusé de lui accorder une remise de dette portant sur un indu de revenu de solidarité active (INK/001) d'un montant de 670,86 euros. Par deux décisions du 17 novembre 2021, le même directeur a refusé d'accorder à M. A une remise de dette portant sur des indus de prime d'activité (IM3/001) d'un montant de 1 342,17 euros et d'allocation de logement familiale (IM4/001) d'un montant de 2053 euros. Par sa requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 1er septembre 2021 et les deux décisions du 17 novembre 2021 de refus de remise de dette.
Sur la demande de mise hors de cause du département du Nord :
2. La caisse d'allocations familiales du Nord étant chargée du service de l'allocation de logement sociale et de la prime d'activité au nom de l'Etat, le département du Nord est fondé à demander sa mise hors de cause en ce qui concerne les indus d'allocation de logement sociale et de prime d'activité.
Sur la demande de remise de dettes :
3. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, applicable au recouvrement de paiement indu de l'allocation de logement familiale en vertu des dispositions de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation :
" Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations () ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité du débiteur à la date du présent jugement et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction de dette.
4. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ". Aux termes du neuvième alinéa du même article : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
6. Pour solliciter la remise gracieuse de ses dettes, le requérant, dont la bonne foi n'est pas contestée, soutient qu'il ne peut rembourser les indus de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'allocation de logement familiale mis à sa charge en raison de sa situation de précarité. À l'appui de ses prétentions, M. A soutient qu'il a un fils à sa charge, que son entreprise a dû être liquidée en janvier 2021, qu'il a cumulé deux emplois à temps partiel depuis février 2021, a dû supporter la charge d'un crédit immobilier de 25 000 euros pour un bien qui ne lui appartient plus. Par les pièces qu'il a produit le 12 août 2024 à la demande du tribunal, il justifie que sa partenaire et lui d'une part, perçoivent respectivement des ressources d'un montant mensuel de 2049,78 euros et de 1359,97 euros et d'autre part, font face à des charges d'assurance automobile, de téléphones mobiles, d'abonnement internet, d'eau, d'électricité, d'assurance habitation, de taxe foncière et d'échéances mensuelles d'emprunt immobilier d'un montant total de 1 882,64 euros mensuels. En outre, la caisse d'allocations familiales du Nord soutient sans être contesté que le quotient familial actualisé au 29 juillet 2024 de M. A s'élevait à 1205 euros. Dans ces conditions, M. A n'établit pas que les indus laissés à sa charge excèderaient manifestement ses capacités contributives. L'intéressé bénéficie toutefois de la possibilité, s'il n'y a pas déjà eu recours, de demander un échéancier de paiement auprès de la caisse d'allocations familiales pour honorer ses dettes. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander une remise totale de ses dettes de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'allocation de logement familiale.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense par la caisse d'allocations familiales du Nord, que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A, au département du Nord et au ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
J. HORNLa greffière,
Signé
S. DEREUMAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord et au ministre du travail, de la santé et des solidarités, chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2108123
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