vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2108245 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 octobre 2021 et 13 juin 2024, M. A B, représenté par Me Alexandre Ciaudo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 août 2021 par laquelle la directrice du centre de détention de Bapaume a refusé de remettre en cellule son câble micro USB lui permettant de recharger sa cigarette électronique ;
2°) d'enjoindre à la directrice du centre de détention de Bapaume de lui restituer ce câble dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée lui fait grief dès lors qu'il a été privé du droit de disposer de ses biens en méconnaissance de l'article 1er du protocole additionnel n°1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; seuls les biens portant atteinte à la sécurité de l'établissement doivent être placés dans son vestiaire ; un chargeur de cigarette électronique ne présente en lui-même aucun danger pour l'établissement, d'autant que cet objet a été acquis auprès de l'administration pénitentiaire et était à sa disposition en cellule avant son transfert au centre de détention de Bapaume ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale dès lors que l'administration ne peut refuser la mise à disposition en cellule d'un bien appartenant à un détenu que pour un motif de sécurité et que cette décision n'est pas fondée sur un motif de sécurité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, la décision attaquée étant une mesure d'ordre intérieur insusceptible d'un recours pour excès de pouvoir dès lors qu'elle n'aggrave pas les conditions d'incarcération de M. B ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 22 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 juillet 2024 à 14 heures.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2021/019915 du 6 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment son protocole additionnel n° 1 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Balussou,
- et les conclusions de M. Babski, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, incarcéré au centre de détention de Bapaume du 2 juin 2020 au 30 juin 2022, a fait l'objet, le 21 juin 2021, d'une fouille de cellule au cours de laquelle les surveillants pénitentiaires ont trouvé un câble micro USB branché sur une console XBOX et un téléphone portable de marque Gstar, dissimulé dans un pain. L'intéressé a demandé, par télécopie du 26 juillet 2021, la restitution de ce câble à l'administration. Par une décision du 12 août 2021, la cheffe d'établissement a rejeté cette demande au motif que les effets saisis lors de la fouille du 21 juin 2021 étaient dans des scellés à la disposition des forces de l'ordre en cas de poursuite judiciaire. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le garde des sceaux, ministre de la justice :
2. Pour déterminer si une mesure prise par l'administration pénitentiaire à l'égard d'un détenu constitue un acte administratif susceptible de recours pour excès de pouvoir, il y a lieu d'apprécier sa nature et l'importance de ses effets sur la situation du détenu. Doivent être regardées comme mettant en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus les décisions qui portent à ces droits et libertés une atteinte qui excède les contraintes inhérentes à leur détention.
3. En l'espèce, il est constant que le câble micro USB dont M. B sollicite la restitution a été retrouvé le 21 juin 2021 à la suite d'une fouille de sa cellule, laquelle a également permis la découverte d'un téléphone portable, dont la détention est interdite pour des raisons de sécurité par l'article 5 du règlement intérieur du centre de détention de Bapaume, dissimulé dans un pain. Si le requérant fait valoir que ce câble micro USB serait le chargeur de sa cigarette électronique et qu'il l'aurait acquis auprès des cantines de la maison d'arrêt d'Arras, il ne l'établit pas alors qu'il ressort des pièces du dossier que ce câble est compatible avec le téléphone portable retrouvé dans sa cellule. Dans ces conditions, la décision en litige refusant de restituer au requérant ce câble USB, qui n'a pas eu pour effet de déposséder l'intéressé d'un objet dont il n'établit pas être le propriétaire, n'a pas porté à son droit au respect de ses biens une atteinte prohibée par les stipulations de l'article 1er du protocole additionnel n° 1 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a aucunement aggravé ses conditions de détention. Ainsi, eu égard à sa nature et à ses effets limités sur la situation du requérant, la décision attaquée constitue une simple mesure d'ordre intérieur insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par le garde des sceaux, ministre de la justice doit être accueillie et, par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
4. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au conseil de M. B.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Alexandre Ciaudo.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Stefanczyk, présidente,
Mme Balussou, première conseillère,
Mme Léa Sanier, conseillère.
Assistées par Mme Nelly Paulet, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
E.-M. Balussou
La présidente,
Signé
S. StefanczykLa greffière,
Signé
N. Paulet
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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