Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108540

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108540
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2021, M. A B demande au tribunal d'annuler le titre de perception émis le 20 octobre 2020 par le préfet du Nord en vue du recouvrement de la taxe sur les véhicules polluants due au titre de l'année 2020 concernant son véhicule, ensemble la décision implicite de rejet de son recours administratif présenté le 24 novembre 2020.

Il soutient que le véhicule à raison duquel il a été soumis à la taxe sur les véhicules polluants émet moins de 190 grammes de dioxyde de carbone par kilomètre et roule au bioéthanol.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2022, le directeur des créances spéciales du trésor déclare qu'il n'est pas compétent pour statuer sur le bien-fondé de la créance en cause.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur le litige qui relève du tribunal judiciaire, la taxe annuelle sur les véhicules polluants instituée à l'article 1011 ter du code général des impôts appartenant à une des catégories mentionnées à l'article L. 199 du livre des procédures.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chevaldonnet,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler le titre de perception émis par le préfet du Nord le 20 octobre 2020 pour un montant de 160 euros en vue du recouvrement de la taxe annuelle sur les véhicules polluants mise à sa charge pour l'année 2020, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

2. Aux termes de l'article 1011 ter du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " I. Il est institué une taxe annuelle sur la détention de véhicules répondant aux conditions suivantes : / 1° Le véhicule est un véhicule de tourisme au sens de l'article 1010 ; / 2° a) S'il a fait l'objet d'une réception communautaire au sens de la directive 2007/46/CE du Parlement européen et du Conseil, du 5 septembre 2007, précitée, son taux d'émission de dioxyde de carbone, tel qu'indiqué sur le certificat d'immatriculation, excède la limite suivante : [190 grammes de dioxyde de carbone par kilomètre pour les véhicules immatriculés à partir de 2012] / b) S'il n'a pas fait l'objet de la réception prévue au a, sa puissance administrative excède 16 chevaux-vapeur () II. La taxe est due par toutes les personnes propriétaires ou locataires, dans le cadre d'un contrat de location avec option d'achat ou d'un contrat souscrit pour une durée d'au moins deux ans, au 1er janvier de l'année d'imposition, de véhicules répondant aux conditions fixées au I. / III. Le montant de la taxe est de 160 € par véhicule. / IV. La taxe est due à partir de l'année qui suit la délivrance du certificat d'immatriculation du véhicule. / V. Elle est liquidée par les services de la direction générale des finances publiques. A cet effet, les services du ministère de l'intérieur communiquent les données relatives à l'immatriculation des véhicules soumis à taxe annuelle dont le certificat a été délivré dans l'année et aux titulaires de ces certificats. / VI. La taxe est recouvrée comme en matière de créances étrangères à l'impôt et au domaine ".

3. Aux termes de l'article L. 199 du livre des procédures fiscales : " () En matière de droits d'enregistrement, d'impôt sur la fortune immobilière, de taxe de publicité foncière, de droits de timbre, de contributions indirectes et de taxes assimilées à ces droits, taxes ou contributions, le tribunal compétent est le tribunal judiciaire. Les tribunaux judiciaires statuent en premier ressort. Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application ".

4. La taxe annuelle sur les véhicules polluants a été instituée à l'article 75 de la loi du 30 décembre 2008 de finances rectificative pour 2008, qui a créé l'ancien article 1011 ter du code général des impôts. Cet article a été inséré dans la première partie de ce code, consacrée aux " impôts d'Etat ", non pas dans l'un des titres dédiés aux impôts et aux taxes diverses, mais dans le titre IV, dédié à l'enregistrement, à la publicité foncière, au timbre, et plus spécialement dans le chapitre III (" autres droits et taxes "), à la section IV bis consacrée au malus applicable aux voitures particulières les plus polluantes. Il suit de là que la taxe annuelle sur les véhicules polluants de l'ancien article 1011 ter du code général des impôts, dont le titre de perception litigieux a pour objet d'assurer le recouvrement, relève de la catégorie des droits de timbre. Par suite, en application de l'article L. 199 du livre des procédures fiscales, précité, les conclusions tendant à l'annulation de ce titre et de la décision implicite de rejet du recours gracieux du requérant doivent être présentées devant le tribunal judiciaire compétent. Il n'appartient donc pas à la juridiction administrative d'en connaître.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée, comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée au préfet du Nord et au directeur des créances spéciales du trésor.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- M. Borget, premier conseiller,

- Mme Leclère, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

B. CHEVALDONNET

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

J. BORGETLa greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique ce en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,