Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108639

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108639
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (3)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 31 août 2021, enregistrée le 28 octobre suivant au greffe du tribunal, le tribunal judiciaire d'Arras a transmis au tribunal, en application de l'article 32 du décret du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles modifié, la requête présentée par Mme B C par laquelle elle demande au tribunal d'annuler la décision du 16 juillet 2021 du président du conseil départemental du Pas-de-Calais, prise sur recours administratif préalable, refusant de lui délivrer la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées ".

Elle soutient que son état de santé justifie le renouvellement de la carte mobilité inclusion mention " stationnement ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2022, le département du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Vu :

- l'ordonnance n° RG 21/00645 du 31 août 2021 rendue par le pôle social du tribunal judiciaire d'Arras ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. A a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a sollicité, le 15 janvier 2021, une demande de carte de mobilité inclusion portant la mention " stationnement ". Sa demande a été rejetée par une décision du 25 mars 2021 du président du conseil départemental du Pas-de-Calais au motif qu'elle ne répondait pas aux critères d'attribution de cette carte. Mme C formé, le 15 avril 2021, le recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article R. 241-17-1 du code de l'action sociale et des familles, lequel a été rejeté par une décision du 16 juillet 2021 dont Mme C demande l'annulation.

2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ". Aux termes du IV de l'article R. 241-12-1 du même code : " Pour l'attribution de la mention "stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur ".

3. D'autre part, l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; - ou la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; - ou la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie () ".

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autres parties à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

5. Il résulte des dispositions précitées que l'obtention de la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " est subordonnée à la démonstration d'une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspondant à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et pouvant se retrouver chez des personnes présentant, notamment, un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales. Tel est le cas lorsque la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ou a systématiquement recours à une des aides mentionnées pour ses déplacements extérieurs. Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d'annulation d'une décision lui refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " d'établir, par tous moyens et notamment par la production de justificatifs, qu'elle est atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied.

6. Pour demander l'annulation de la décision lui refusant le bénéfice de la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion, Mme C soutient qu'elle a fait l'objet de quatre opérations et qu'elle ne peut pas marcher sans souffrir et produit de nombreux certificats et comptes-rendus médicaux dont il ressort qu'elle est atteinte de douleurs lombaires mécaniques associées à une radiculalgie S1 gauche neuropathique et mécanique dans un contexte de rachis multi-opéré. Il résulte également de l'instruction que d'une part, l'allocation aux adultes handicapés lui a été attribuées pour cinq ans à compter de février 2021 en raison d'un taux d'incapacité entre 50 et 79% et de la gravité de ses pathologies et de la durée nécessairement longue d'une éventuelle amélioration et d'autre part sa marche, qu'elle réalise avec difficulté mais sans aide humaine, est limitée à un périmètre de 100 mètres, avec ralentissement moteur et nécessité de faire des pauses. Ces allégations n'étant contredites par aucune des pièces du dossier, il y a lieu, par conséquent, de regarder les conditions d'attribution de la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " comme remplies et par conséquent d'annuler la décision du 16 juillet 2021 du président du conseil départemental du Pas-de-Calais, prise sur recours administratif préalable, refusant de délivrer à Mme C la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées ". Il y a lieu de reconnaître le droit à Mme C à la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées " pour une durée qui doit être fixée, dans les circonstances de l'espèce, à quatre ans. Le présent jugement implique la délivrance de cette carte par le président du conseil départemental du Pas-de-Calais dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du président du conseil départemental du Pas-de-Calais du 16 juillet 2021 est annulée.

Article 2 : Mme C a droit à la carte " mobilité inclusion " mention " stationnement pour personnes handicapées " pour une durée de quatre ans. Cette carte lui sera délivrée par le président du conseil départemental du Pas-de-Calais dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département du Pas-de-Calais.

Copie en sera délivrée pour information à la maison départementale pour les personnes handicapées du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. ALa greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

No 2108639