Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2109262
mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2109262 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 novembre 2021 et 16 décembre 2022, M. A B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 29 septembre 2021 par laquelle l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF) Rhône-Alpes a refusé de lui rembourser l'indemnité horaire qu'il a versée à un salarié pour les heures non travaillées au titre de l'activité partielle pour le mois de mars 2020 ;
2°) d'enjoindre à l'URSSAF de " justifier le fondement légal de sa décision ".
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors, d'une part, qu'il n'a jamais été informé de l'obligation de saisine de la commission de recours amiable, d'autre part, que l'invitation faite après chacun des rejets de ses demandes d'indemnisation, à remplir un formulaire de demande, à laquelle il a systématiquement répondu, était destinée à le priver de la possibilité d'exercer un recours ;
- la décision contestée n'est pas motivée en droit ;
- elle est infondée dès lors qu'il avait procédé à la déclaration d'embauche du salarié au début du mois de mars 2020 ;
- il avait droit au remboursement de l'indemnité qu'il a versée au salarié au titre de l'activité partielle dès lors que ce dernier, qui a travaillé pour lui du 1er mars 2020 au 16 mars 2020, a subi une perte de rémunération du fait d'une cessation temporaire de son activité à compter du 17 mars 2020 ;
- il en est résulté un préjudice matériel correspondant au versement de cette indemnité sans contrepartie ainsi qu'un préjudice moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 février 2022, l'Union de recouvrement des cotisations sociales et d'allocations familiales Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête et à ce que " les entiers dépens " soient mis à la charge du requérant.
Elle soutient que :
- à titre principal, la juridiction administrative est incompétente pour statuer sur le litige ;
- la requête, qui tend au paiement d'une somme d'argent, est irrecevable à défaut d'avoir été présentée par un avocat, en méconnaissance de l'article R. 431-2 du code de justice administrative ;
- elle est irrecevable à défaut de décision administrative ;
- elle est irrecevable à défaut de saisine de la commission de recours amiable prévue par l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale ;
- à titre subsidiaire, le requérant ne remplit pas les conditions prévues par l'article 7 de l'ordonnance du 27 mars 2020 portant mesures d'urgence en matière d'activité partielle pour se voir verser l'indemnité exceptionnelle dès lors que la réalité de l'emploi du salarié entre le 1er janvier 2020 et le 17 mars 2020, date du début du confinement, n'est pas établie ;
- dès lors ses conclusions doivent être rejetées.
Pôle Emploi, devenu France Travail a présenté des observations, enregistrées le 26 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- l'ordonnance n° 2020-346 du 27 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lançon,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- les observations de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B expose avoir embauché, par chèque emploi service universel (CESU), à compter du 1er mars 2020, un salarié à domicile qui a dû cesser de travailler à compter du 17 mars 2020, date du début de la période de confinement en lien avec le Covid-19. Il a demandé, auprès du service CESU de l'URSSAF, par formulaires envoyés les 4 mai 2021 et 30 juin 2021, le remboursement de l'indemnité versée au mois de mars 2020 ainsi que celles à verser pour les mois d'avril 2020 et mai 2020, correspondant aux heures non travaillées par le salarié au titre de l'activité partielle. Sa demande a été rejetée le 29 septembre 2021. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article 7 de l'ordonnance du 27 mars 2020 visée ci-dessus : " I. - Lorsqu'ils subissent une perte de rémunération du fait d'une cessation temporaire de leur activité professionnelle consécutive à l'épidémie de covid-19, les salariés employés à domicile mentionnés à l'article L. 7221-1 du code du travail () sont placés en position d'activité partielle auprès du particulier qui les emploie. / Les dispositions du chapitre II du titre II du livre Ier de la cinquième partie du code du travail sont applicables, sous réserve des dispositions du présent article. / II. - Les particuliers employeurs sont dispensés de l'obligation de disposer d'une autorisation expresse ou implicite de l'autorité administrative. / II bis. - Les heures non travaillées au titre de l'activité partielle font l'objet du versement d'une indemnité dans la limite de la durée fixée par les conventions collectives nationales des salariés du particulier employeur et des assistants maternels dès lors que ces conventions sont applicables. / () / IV. - Les indemnités d'activité partielle dues par les particuliers employeurs en application du I font l'objet d'un remboursement intégral effectué, pour le compte de l'Etat et de l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage, par les organismes chargés du recouvrement des cotisations du régime général, (). / Les particuliers employeurs tiennent à la disposition des unions mentionnées à l'alinéa précédent, aux fins de contrôle, une attestation sur l'honneur, établie par leur salarié, certifiant que les heures donnant lieu à indemnité n'ont pas été travaillées. / () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / () / 2° Au recouvrement des contributions, versements et cotisations mentionnés au 5° de l'article L. 213-1 ; / () ". L'article L. 142-3 du même code concerne le contentieux de l'admission à l'aide sociale. Aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 ; / () ".
4. Ainsi qu'il a été dit au point 1, par la décision en litige, le service CESU de l'URSSAF a rejeté la demande de M. B de bénéficier du remboursement de l'indemnité versée au salarié qu'il a embauché, au titre des heures non travaillées au titre de son placement en position d'activité partielle résultant de l'épidémie de Covid-19, dans les conditions prévues par les dispositions de l'article 7 de l'ordonnance du 27 mars 2020 modifiée citées au point 2. La décision en litige, refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes remplissant les conditions légales pour l'obtenir, est relative à un dispositif inscrit dans les dispositions du chapitre II du titre II du livre Ier de la cinquième partie du code du travail, en vue du maintien dans l'emploi et de la sauvegarde de l'emploi. Elle n'est pas relative au recouvrement de cotisations sociales et ne relève pas du contentieux de la sécurité sociale. En conséquence, le recours de M. B tendant à l'annulation pour excès de pouvoir d'une décision prise par un organisme chargé du recouvrement des cotisations du régime général agissant pour le compte de l'Etat, ressortit à la compétence du juge administratif. Par suite, l'exception d'incompétence soulevée en défense doit être écartée.
Sur la recevabilité de la requête :
5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le courrier du 29 septembre 2021, ayant pour objet " Rejet de remboursement de l'indemnisation des heures non travaillées par votre salarié ", fondé sur le motif suivant : " A la date d'ouverture de la période de confinement, aucune déclaration n'avait été enregistrée pour ce salarié depuis le 1er janvier 2020 ", constitue une décision faisant grief en ce qu'elle refuse un avantage prévu par la réglementation. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'URSSAF et tirée de ce que l'acte en cause ne constitue pas une décision susceptible de recours doit être écartée.
6. En deuxième lieu, le requérant ayant abandonné, en réplique, ses conclusions à fin de versement d'une somme d'argent, la fin de non-recevoir, opposée en défense et tirée de la méconnaissance de l'article R. 431-2 du code de justice administrative doit être écartée.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 142-4 du code de la sécurité sociale : " Les recours contentieux formés dans les matières mentionnées aux articles L. 142-1, à l'exception du 7°, et L. 142-3 sont précédés d'un recours préalable, dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. / () ". L'article R. 142-1 du même code dispose : " Les réclamations relevant de l'article L. 142-4 formées contre les décisions prises par les organismes de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole de salariés ou de non-salariés sont soumises à une commission de recours amiable composée et constituée au sein du conseil, du conseil d'administration ou de l'instance régionale de chaque organisme. / Cette commission doit être saisie dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision contre laquelle les intéressés entendent former une réclamation. "
8. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le litige ne relève pas de l'article L. 142-1 ni de l'article L. 142-3 du code de la sécurité sociale. Par suite, la commission de recours amiable n'avait pas à être saisie par le requérant préalablement à la saisine du tribunal et la fin de non-recevoir opposée en défense sur ce point doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
9. En faisant valoir que la décision en litige ne cite pas les textes applicables, le requérant doit être regardé comme soutenant que la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit.
10. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / () ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " Aux termes de l'article L. 211-7 du même code : " Les organismes de sécurité sociale et Pôle emploi doivent faire connaître les motifs des décisions individuelles par lesquelles ils refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir. / () ".
11. Pour refuser à M. B le remboursement demandé, l'URSSAF a considéré que : " à la date d'ouverture de la période de confinement, aucune déclaration n'avait été enregistrée pour ce salarié depuis le 1er janvier 2020 ", sans mentionner aucun des textes législatifs et réglementaires fondant une telle décision. Dans ces conditions, la décision en litige est insuffisamment motivée. Par suite, et bien que M. B, contrairement à ce qu'il soutient, n'établisse pas avoir embauché le salarié concerné avant la date du début du confinement, la décision du 29 septembre 2021 doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'injonction. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 29 septembre 2021 de l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales Rhône-Alpes est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie pour information sera adressée à l'URSSAF Rhône-Alpes et au directeur régional de France Travail Hauts-de-France.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.
La rapporteure,
signé
L.-J. Lançon
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 210926
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