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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2109757

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2109757

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2109757
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (3)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de Mme B A, qui contestait le refus du président du conseil départemental du Pas-de-Calais de lui accorder une remise gracieuse sur un indu d’allocation de solidarité active (RSA) de 5 430,33 euros. Le juge unique a estimé que l’indu résultait d’une fausse déclaration, caractérisée par l’omission volontaire de déclarer les salaires de sa fille et des pensions alimentaires, ce qui exclut toute remise de dette, même en cas de précarité. La solution s’appuie sur les articles L. 262-46 et R. 262-37 du code de l’action sociale et des familles, qui conditionnent la remise à l’absence de fraude ou de fausse déclaration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 décembre 2021, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 15 novembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de remise gracieuse portant sur un indu d'allocation de solidarité active dont le solde est de 5 430,33 euros.

Elle soutient qu'elle fait face à des difficultés financières l'empêchant de verser tout ou partie de la somme mise à sa charge.

La requête a été communiquée au département du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire en défense en dépit d'une mise en demeure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Horn pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Horn, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a sollicité de la caisse d'allocations familiales du Nord Pas-de-Calais une remise de dette correspondant à un indu de revenu de solidarité active, notifié le 17 août 2021, pour la période de septembre 2018 à août 2020. Par une décision du 15 novembre 2021, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a refusé de lui accorder cette remise de dette portant sur un indu d'allocation de solidarité active dont le solde est de 5 430,33 euros. Par sa requête, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur la demande de remise gracieuse :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Les décrets visés ci-dessus du 14 décembre 2018 et du 29 décembre 2020 prévoient qu'une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre ou, à défaut, du mois de décembre de l'année considérée, à condition que les ressources du foyer n'excèdent pas un certain montant. Il précise que cette aide est à la charge de l'Etat et versée par l'organisme débiteur du revenu de solidarité active.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Selon le premier alinéa de l'article L. 262-46 du même code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active" et aux termes du neuvième alinéa de cet article : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

4. Un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocations, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

5. Il résulte des termes de la décision du 17 août 2021 notifiant à Mme A plusieurs indus dont un indu de revenu de solidarité active que le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a estimé que l'indu de revenu de solidarité active trouvait sa cause dans une fausse déclaration de Mme A concernant les salaires perçus par sa fille d'août 2019 à mai 2020 et des pensions alimentaires versées par son ex-conjoint depuis août 2018. Si Mme A soutient, sans être contestée, que sa fille ne travaillait pas et ne pouvait donc percevoir de salaires, elle ne saurait, eu égard notamment à la nature des ressources non déclarées et au caractère public des conditions d'attribution de la prestation en cause, alors que le formulaire de déclaration des ressources trimestrielles prévoit notamment les rubriques " salaires " et " pensions " des membres du foyer dans lesquelles les ressources omises auraient pu être mentionnées et que ce formulaire rappelle au déclarant qu'il s'engage " à signaler tout changement dans [sa] situation familiale ou professionnelle ", être regardée comme ayant pu raisonnablement ignorer que les pensions alimentaires perçues devaient être déclarées. La réitération des omissions, qui ont concerné plusieurs trimestres, délibérément commises par la requérante dans l'exercice de ses obligations déclaratives prévues à l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles ne permet pas davantage de la regarder comme de bonne foi. En application des dispositions précitées du neuvième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, cette seule circonstance fait obstacle au bénéfice d'une remise ou d'une réduction des dettes de revenu de solidarité active de la requérante, quelle que soit la précarité de sa situation financière.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander une remise totale de sa dette de revenu de solidarité active dont le solde est de 5 430,33 euros.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B A et au département du Pas-de-Calais.

Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. HORNLa greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2109757

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