vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2201051 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | DANSET-VERGOTEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 février 2022, M. D A, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 21 mai 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil, et ce, à titre rétroactif, dans les dix jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- il n'est pas démontré qu'il a été informé, lorsqu'il a accepté les conditions matérielles d'accueil, que celles-ci pouvaient être suspendues, en méconnaissance des articles L. 744-7 et D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'est pas démontré qu'il a été mis en mesure de faire valoir ses observations préalables, en méconnaissance des articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'est pas démontré que l'OFII aurait procédé à une évaluation de ses besoins particuliers et de sa vulnérabilité, en méconnaissance des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, d'une part, les éléments médicaux qu'il a fournis n'ont pas été examinés par un médecin de l'OFII, d'autre part, aucun avis relatif à sa situation médicale n'a été émis ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions des articles 20 et 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 en ce que la décision attaquée est fondée sur un motif non prévu par les dispositions précitées de cette directive et n'a pas pris en compte sa situation de vulnérabilité ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de sa particulière vulnérabilité, au regard de son état de santé ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors, d'une part, qu'il n'est pas établi qu'il aurait été en fuite, d'autre part, que la seule déclaration de fuite ne peut suffire à fonder une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 744-6 et L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des dispositions des articles 20 et 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille en date du 6 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Barre a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant camerounais, a demandé l'asile en France et a accepté le 21 septembre 2020 l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Il a fait l'objet d'une décision de transfert vers la Belgique le 10 novembre 2020. L'intéressé a été déclaré en fuite le 9 avril 2021. Par une décision en date du 21 mai 2021, que l'intéressé demande au tribunal d'annuler, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille a suspendu les conditions matérielles d'accueil de M. A.
2. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article L. 744-7 de ce code, dans sa version alors applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que () le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code, dans sa version applicable au litige : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () / La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 744-9 dudit code, alors en vigueur : " I.- Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'office lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. / () ". Enfin, selon l'article D. 744-39 du même code, alors en vigueur : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile () fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser, retirer ou suspendre le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile () ".
3. Il résulte de ces dispositions, telles qu'éclairées par la décision du Conseil d'Etat nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019, qu'il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation, ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil, ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
4. En premier lieu, par une décision en date du 1er septembre 2020, régulièrement publiée sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le directeur général de cet office a donné délégation à M. B C, directeur territorial à Lille, à l'effet de signer la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle mentionne les dispositions des articles L. 744-1, L. 744-6, L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et indique que M. A n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à deux rendez-vous consécutifs auprès des autorités préfectorales et qu'il a ainsi été déclaré en fuite le 9 avril 2021. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
6. En troisième lieu, le requérant se borne à faire valoir qu'il n'est pas établi qu'il a été informé de la possibilité que ses conditions matérielles d'accueil soient suspendues. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du formulaire intitulé Offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil, signé par le requérant le 21 septembre 2020, que celui-ci a été informé, dans une langue qu'il a certifié comprendre, avoir été informé des conditions et modalités de suspension des conditions matérielles d'accueil. En outre, il ressort également des pièces du dossier que M. A a été informé, par courrier recommandé avec accusé réception reçu le 7 mai 2021, de l'intention de l'OFII de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en ne se présentant pas à deux rendez-vous successifs et en ayant été déclaré, par conséquent, en fuite le 9 avril 2021, et qu'il a été invitée à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure à défaut d'information préalable doit être écarté.
7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier recommandé avec accusé réception reçu par l'intéressé le 7 mai 2021, M. A a été informé de l'intention de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en ne se présentant pas à deux rendez-vous successifs et en ayant été déclaré, par conséquent, en fuite le 9 avril 2021, et il a été invité à formuler ses observations dans un délai de quinze jours. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'a pas été mis en mesure de faire valoir ses observations préalables doit être écarté.
8. En quatrième lieu, d'une part, il résulte des dispositions précitées du 2° de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le motif tiré de l'absence de respect des exigences des autorités chargées de l'asile peut fonder une décision de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A ne s'est pas présenté à deux rendez-vous successifs donnés par la préfecture et a été déclaré, par conséquent, en fuite le 9 avril 2021. Par suite, en suspendant à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que ce dernier n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille n'a pas commis d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En cinquième lieu, contrairement aux affirmations du requérant, il ressort des pièces du dossier, en particulier des copies d'écran de l'application DN@ (dispositif national d'accueil) produites par l'OFII en défense, que l'administration a procédé à une évaluation de ses besoins et qu'aucune information ni document de nature médicale ne lui avait été communiqué par l'intéressée. Si M. A soutient qu'il présente une situation de vulnérabilité en lien avec son état de santé, l'unique pièce médicale qu'il produit est un certificat médical indiquant que l'intéressé " présente un problème de santé pour lequel il est suivi ". Ce seul document, sans aucune précision sur la gravité de l'état de santé de l'intéressé, ni la nature du suivi ou de l'éventuel traitement qui aurait été prescrit à M. A, n'est pas de nature à démontrer que l'état de santé du requérant fait obstacle à la cessation de ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure, de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation au regard des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée n'a pas été prise à l'issue d'un examen particulier de la situation personnelle de M. A.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 21 mai 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Sophie Danset-Vergoten et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Paganel, président,
- Mme Barre, conseillère,
- M. Jouanneau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. BARRELe président,
Signé
M. PAGANEL
La greffière,
Signé
A. BEGUE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026