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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2201053

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201053

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 février 2022, M. B A, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 22 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil, et ce, à titre rétroactif, dans les dix jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- il n'est pas démontré qu'il a été informé, lorsqu'il a accepté les conditions matérielles d'accueil, que celles-ci pouvaient être refusées, retirées ou suspendues, en méconnaissance de l'article D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que ni les articles L. 744-1 à L. 744-11 et D. 744-17 à D. 744-40 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient de condition tenant à la possession d'une attestation de demande d'asile en cours de validité ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des dispositions du paragraphe 5 de l'article 20 et de l'article 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille en date du 17 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Barre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérien, a demandé l'asile en France et a accepté le 17décembre 2018 l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Il a fait l'objet d'une décision de transfert vers l'Italie le 17 janvier 2019. L'intéressé a été déclaré en fuite le 19 juillet 2019 et a fait l'objet d'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil le 3 septembre 2019. M. A a ensuite sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision en date du 22 janvier 2021, que l'intéressé demande au tribunal d'annuler, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Lille a rejeté la demande de M. A.

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle mentionne, en particulier, les dispositions des articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et indique que M. A, dont les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues après qu'il ait été déclaré en fuite pour absence de présentation à la convocation de " routing ", ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations de présentation aux autorités auxquelles il a consenti. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure à la loi du 10 septembre 2018 : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 744-1 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser, retirer ou suspendre le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile dans les conditions prévues par la présente sous-section. ".

4. Le requérant se borne à soutenir qu'il n'est pas établi qu'il a été informé de la possibilité que ses conditions matérielles d'accueil soient refusées, retirées ou suspendues. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, en particulier du formulaire intitulé " Offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil ", signé par le requérant le 17 décembre 2018, que celui-ci a été informé, dans une langue qu'il comprend, des conditions et modalités de suspension, retrait et refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure tenant au défaut d'information préalable doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée n'a pas été prise à l'issue d'un examen particulier de la situation personnelle de M. A.

6. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille ait rejeté la demande de M. A au motif qu'il ne serait pas en possession d'une attestation de demande d'asile en cours de validité. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure à la loi du 10 septembre 2018 : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () ".

8. M. A soutient que le directeur territorial de l'OFII de Lille a entachée sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est dans l'impossibilité de travailler du fait de son statut de demandeur d'asile et qu'il est ainsi sans ressource et sans hébergement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le requérant, que M. A été déclaré en fuite pour absence de présentation à sa convocation de " routing ", sans que l'intéressé ne justifie des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations de présentation aux autorités auxquelles il a consenti lorsqu'il a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII. Dans ces conditions, en l'absence de tout autre élément tendant à démontrer la particulière vulnérabilité du requérant, M. A n'est pas fondé à soutenir que le directeur territorial de l'OFII de Lille aurait entachée sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 22 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille lui a refusé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Danset-Vergoten et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Paganel, président,

- Mme Barre, conseillère,

- M. Jouanneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. BARRELe président,

Signé

M. PAGANEL

La greffière,

Signé

A. BEGUE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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