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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2201071

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201071

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDUPONT BERNARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a été saisi par M. C d’un recours pour excès de pouvoir contre l’arrêté du 12 août 2021 par lequel la directrice générale du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers (CNG) a retiré l’arrêté du 20 avril 2017 le promouvant au douzième échelon. Le tribunal a rejeté les moyens de procédure soulevés par le requérant, notamment l’irrecevabilité du mémoire en défense du CNG, et a examiné la légalité de l’arrêté de retrait. La solution retenue n’est pas explicitement formulée dans l’extrait fourni, mais le tribunal a statué sur la base des dispositions du code de santé publique et du décret n° 2007-704 du 4 mai 2007, en considérant que l’arrêté du 20 avril 2017 était entaché d’une irrégularité le privant d’existence légale en raison du licenciement préalable de M. C.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 12 février 2022 et

2 février 2023, M. A C, représenté par Me Dupont, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 12 août 2021 par lequel la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a procédé au retrait de l'arrêté du 20 avril 2017 le promouvant au douzième échelon à compter du 22 mai 2017 ;

2°) de mettre à la charge du CNG les dépens.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'il a formé un recours gracieux par lettre recommandée avec accusé de réception adressée à l'autorité administrative le 12 octobre 2021, auquel il n'a pas été répondu ;

- le mémoire en défense du CNG, enregistré le 30 janvier 2023, doit être écarté des débats dès lors qu'en produisant des observations 72 heures avant la clôture de l'instruction, il a méconnu le principe du contradictoire ;

- le mémoire en défense du CNG, enregistré le 30 janvier 2023, est irrecevable dès lors qu'il ne justifie pas de la qualité du signataire de ces écritures ;

- la demande du CNG, visant à la restitution des indemnités perçues dans le cadre de son licenciement, méconnaît les dispositions de l'article 2224 du code civil au regard de la prescription quinquennale ;

- l'arrêté attaqué est illégal, par exception d'illégalité de la décision du 30 janvier 2015 prononçant son licenciement, qui est inexistante.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 janvier 2023 et 24 février 2023, le CNG conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- au regard du licenciement de M. C, l'arrêté du 20 avril 2017 était entaché d'une irrégularité telle qu'elle le privait d'existence légale ;

- le requérant n'est pas recevable à exciper de l'illégalité de la décision du 30 janvier 2015 prononçant son licenciement en raison du caractère définitif de cet acte ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 27 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mars 2023.

M. C a été invité, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire une pièce en vue de compléter l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de santé publique ;

- le décret n° 2007-704 du 4 mai 2007 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Célino, première conseillère,

- les conclusions de Mme Courtois, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté préfectoral du 1er octobre 2002, M. C a été nommé en qualité de chirurgien des hôpitaux à temps partiel, dans la spécialité chirurgie orthopédique et traumatologique, au sein du centre hospitalier de Béthune. Le 30 janvier 2015, son licenciement lui a été notifié avec effet au 31 mai 2015 sur le fondement de l'article R. 6152-272 du code de la santé publique en raison de la transformation de son poste de praticien hospitalier à temps partiel en poste à temps plein, de l'absence de candidature de l'intéressé sur ce poste et faute d'emploi vacant à temps partiel dans la même discipline au sein de l'établissement. Par arrêté du

20 avril 2017 de la directrice générale du CNG, M. C a été promu au douzième échelon à compter du 22 mai 2017. Par arrêté du 12 août 2021, l'autorité administrative a procédé au retrait de l'arrêté du 20 avril 2017. M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 12 août 2021.

Sur la recevabilité du mémoire en défense du 30 janvier 2023 :

2. En premier lieu, en application du 2° du deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 4 mai 2007 relatif à l'organisation et au fonctionnement du CNG et modifiant le code de la santé publique, le directeur du CNG assure, " en qualité d'autorité investie du pouvoir de nomination et, au nom du ministre chargé de la santé ", la " nomination et les autres actes de gestion de la carrière des praticiens hospitaliers ainsi que le suivi de l'évolution des emplois et des compétences les concernant ". D'autre part, aux termes de l'article 15 du décret précité : " Le directeur général du centre national de gestion est nommé par arrêté du ministre chargé de la santé. () / Il agit en justice au nom de l'établissement pour les décisions et conventions relatives à la gestion de ce dernier et le représente dans tous les actes de la vie civile ".

3. Par un arrêté en date du 15 décembre 2022, régulièrement publié le 18 décembre suivant au Journal officiel de la République française, le ministre de la santé et de la prévention a nommé Mme B directrice générale du CNG par intérim à compter du 30 décembre 2022. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme B n'était pas compétente pour signer le mémoire en défense du 30 janvier 2023 manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 611-1 du code de justice administrative :

" La requête et les mémoires, ainsi que les pièces produites par les parties, sont déposés ou adressés au greffe. / La requête, le mémoire complémentaire annoncé dans la requête et le premier mémoire de chaque défendeur sont communiqués aux parties avec les pièces jointes dans les conditions prévues aux articles R. 611-3, R. 611-5 et R. 611-6. / Les répliques, autres mémoires et pièces sont communiqués s'ils contiennent des éléments nouveaux. ". Aux termes de l'article

R. 613-1 du même code : " Le président de la formation de jugement peut, par une ordonnance, fixer la date à partir de laquelle l'instruction sera close. Cette ordonnance n'est pas motivée et ne peut faire l'objet d'aucun recours () ". Aux termes de l'article R. 613-4 du même code : " Le président de la formation de jugement peut rouvrir l'instruction par une décision qui n'est pas motivée et ne peut faire l'objet d'aucun recours () ".

5. M. C soutient que le mémoire du 30 janvier 2023 présenté par le CNG doit être écarté des débats dès lors qu'il est intervenu 72 heures seulement avant la clôture de l'instruction. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ce mémoire lui a été communiqué le même jour. Par ailleurs, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 2 février 2023, a été reportée au 20 mars 2023 afin de permettre la communication des différentes écritures des parties.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a pas lieu d'écarter des débats le mémoire du CNG, enregistré le 30 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ". L'article R. 421-5 du même code prévoit que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

8. M. C soulève le moyen tiré, par exception, de l'illégalité de la décision du 30 janvier 2015 par lequel le directeur du centre hospitalier de Béthune a procédé à son licenciement. Il soutient que l'arrêté du 13 août 2021 a été pris sur le fondement d'une décision de licenciement irrégulière liée à l'incompétence de l'auteur de l'acte. Il ajoute que cette décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, l'information relative à la suppression de son poste n'ayant pas été faite six mois avant la date d'effet conformément aux dispositions de l'article

R. 6152-274 du code de la santé publique. Toutefois, il est constant que le requérant n'a exercé aucun recours contre cette décision avant l'introduction, le 12 février 2022, de la présente requête. La décision relative au licenciement, qui a été notifiée au requérant, alors même qu'elle émanait, comme l'administration l'a elle-même reconnue, d'une autorité incompétente n'était pas pour autant, compte tenu des attributions du directeur d'un établissement de santé à l'égard des praticiens hospitaliers exerçant dans son établissement, inexistante. Cette décision est ainsi devenue définitive, de telle sorte que M. C n'est pas recevable à en invoquer l'illégalité. Le moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ".

10. M. C soutient que le CNG ne peut lui réclamer la restitution des indemnités perçues dans le cadre de son licenciement en raison de la prescription quinquennale prévue par les dispositions de l'article 2224 du code civil. Toutefois, un tel moyen, étranger au présent litige, est inopérant et ne peut qu'être écarté.

Sur les dépens de l'instance :

11. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ".

12. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens au sens de l'article

R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées par le requérant à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la directrice du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.

Copie pour information sera adressée à la ministre de la santé et de l'accès aux soins.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Jaur, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CélinoLe président,

Signé

J.-M. Riou

La greffière,

Signé

S. Ranwez

La République mande et ordonne à la directrice du CNG en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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