Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201830

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique (6)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mars 2022 et le 1er juillet 2022, Mme A C forme opposition à la contrainte émise le 18 février 2022 par la caisse d'allocations familiales du Nord pour le recouvrement de deux indus d'aide personnalisée au logement (IN4001 et IN4002), d'un montant total de 444 euros, pour les périodes de décembre 2020 et janvier 2021 en tant que cette contrainte porte sur l'indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 219 euros pour le mois de décembre 2020 (IN4002) et demande de mettre à la charge de l'Etat les " dépens ".

Elle soutient que :

- l'aide personnalisée au logement était due pour le mois de décembre 2020 du fait que l'allocataire a quitté le logement le 21 décembre 2020 ;

- elle a remboursé l'indu de janvier 2021 d'un montant de 225 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2002, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que Mme C n'a pas formé de recours administratif préalable sur le bien-fondé de l'indu suite à la délivrance d'une contrainte, de sorte qu'elle ne peut plus le contester dans le cadre de la présente requête

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Riou a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a donné en location un logement, dont elle est propriétaire, situé à Maubeuge, à compter du 1er février 2020 à M. B, allocataire de la caisse d'allocations familiales du Nord,. Elle a perçu directement, en tant que bailleresse, l'aide personnalisée au logement due au preneur. L'allocataire a déposé une demande d'aide au logement le 1er décembre 2020 pour le bail d'un nouveau logement à partir de cette même date. Le 16 mars 2021 a été notifiée à Mme C, en tant que bénéficiaire de l'aide, une demande de remboursement de l'aide indûment perçue durant les mois de décembre 2020 et janvier 2021 à hauteur des montants respectifs de 219 euros et de 225 euros. Le 3 juin 2021 pour le mois de décembre 2020 et le 2 juillet 2021 pour le mois de janvier 2021, elle est mise en demeure de rembourser l'aide indûment perçue. En l'absence de règlement du solde, une contrainte a été émise à son encontre le 18 février 2022 pour deux indus à hauteur de 444 euros. Toutefois, l'indu du mois de janvier 2021 a été réglé par l'intéressée. Par la présente requête, Mme C forme opposition à la contrainte en tant que la caisse d'allocations familiales du Nord demande le recouvrement d'un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 219 euros pour le mois de décembre 2020.

2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent / () / 2° Les allocations de logement : / () / b) L'allocation de logement sociale. ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. ". Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " () le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Selon le second alinéa de l'article R. 133-9-2 du même code, à l'expiration du délai de deux mois qui suit la décision de récupération ou notification de payer, ou après notification d'une décision de rejet du recours préalable obligatoire exercé par l'allocataire : " () le directeur de l'organisme créancier compétent, en cas de refus du débiteur de payer, lui adresse par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception une mise en demeure de payer dans le délai d'un mois qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement, les voies et délais de recours et le motif qui, le cas échéant, a conduit à rejeter totalement ou partiellement les observations présentées ". Aux termes de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles / () / Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié () par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification () ".

3. D'une part, il résulte de ces dispositions que lorsqu'il constate un indu d'allocation de logement sociale, l'organisme chargé du service de cette prestation doit prendre une décision de récupération d'indu, motivée et notifiée au bénéficiaire de l'allocation, qui lui réclame le remboursement de la somme due et, le cas échéant, l'informe des modalités selon lesquelles cet indu pourra être récupéré par retenues sur les prestations à venir. Cette décision, qui fait grief, peut être contestée devant le tribunal administratif, après l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire. En l'absence de recours dans un délai de deux mois ou en cas de rejet de celui-ci, et sauf à ce que l'indu ait été remboursé, ait été récupéré par retenues sur les prestations à venir ou ait fait l'objet d'un titre exécutoire émis par l'ordonnateur de la personne publique pour le compte de laquelle la prestation est servie, l'organisme peut mettre l'allocataire en demeure de payer dans le délai d'un mois, puis, si cette mise en demeure reste sans effet dans ce délai, décerner une contrainte, laquelle est susceptible d'opposition devant le tribunal administratif dans le délai de quinze jours.

4. D'autre part, il résulte de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation (CCH), de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale (CSS), rendu applicable au recouvrement des indus d'aide personnalisée au logement (APL) par l'article R. 823-24 du CCH, et du second alinéa de l'article R. 142-1 du CSS qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision du directeur d'une caisse d'allocations familiales (CAF) ordonnant le reversement d'un indu d'aide personnalisée au logement n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de cette caisse dans les conditions qu'ils prévoient. En revanche, l'article L. 161-1-5 du CSS, rendu applicable au recouvrement des sommes indûment versées au titre de l'APL par le neuvième alinéa de l'article L. 823-9 du CCH, et l'article R. 133-3 du CSS relatifs à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les articles mentionnés ci-dessus.

5. En l'espèce, Mme C forme opposition à la contrainte émise le 18 février 2022 par la caisse d'allocations familiales du Nord pour le recouvrement d'un indu d'allocation de logement sociale pour un montant de 219 euros. A l'appui de sa requête, l'intéressée soutient que le locataire de l'appartement qu'elle loue a quitté les lieux le 21 décembre 2020 et que l'allocation de logement sociale devait continuer à lui être versée au titre du mois de décembre 2020. Toutefois, cet argument ne peut être utilement invoqué au soutien d'une opposition à contrainte en l'absence de recours administratif préalable obligatoire. Si elle fait valoir que la caisse d'allocations familiales a adressé les mises en demeures de payer l'indu à une adresse erronée, à savoir celle de l'immeuble donnée en location, situé à Maubeuge, au lieu de son propre domicile, situé à Valenciennes, et si elle verse à l'appui de cette allégation une réponse à une demande de renseignements, signée le 15 juin 2019, dans laquelle elle entendait corriger l'adresse connue de la caisse d'allocations familiales, effectivement située à tort à Maubeuge, il résulte de l'instruction, c'est-à-dire de l'attestation de loyer qui accompagnait la demande d'aide personnalisée au logement, établie le 30 janvier 2020, qu'elle a de nouveau indiqué comme étant sa propre adresse celle du bien donné en location. Par suite, l'administration était fondée à lui adresser, tant la notification des indus, le 16 mars 2021, que les mises en demeure, à la dernière adresse communiquée par la bailleresse. A défaut d'avoir formé un recours administratif préalable obligatoire, le moyen unique de la requête est inopérant. L'opposition à contrainte doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

6. Aucun dépens, au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, n'a été exposé dans le cadre de la présente instance. Par suite, les conclusions relatives aux dépens, présentées par Mme C, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie pour information sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J.M. Riou

La greffière,

signé

I.Baudry

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière