Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2202416

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2202416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mars 2022, Mme Isabelle Genez, représentant son père M. C A, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'avis des sommes à payer n°2022-8613 émis le 10 mars 2022 à l'encontre du syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) de Trith-Saint-Léger - établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Les Godenets pour le recouvrement d'une somme de 3 252,87 euros ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 8 juin 2021 confirmant, sur recours administratif préalable obligatoire, celle du 3 mai 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Nord lui a demandé de lui reverser la prestation spéciale d'accompagnement, pour l'intégralité de son montant, soit 6 323 euros et d'enjoindre au département du Nord de rembourser les sommes qu'il a trop perçues à ce titre.

Elle soutient que la prestation spéciale d'accompagnement n'est pas une ressource et que son montant n'est pas récupérable par le département du Nord.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- M. A, et a fortiori sa fille, n'ont pas qualité à agir pour contester le titre de recettes émis le 10 mars 2022, en l'absence d'action récursoire engagée par le débiteur de ce titre à leur encontre, de sorte que les conclusions de la requête sont irrecevables ;

- aucun recours administratif préalable obligatoire n'a été exercé ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'avis des sommes à payer n°2022-8613 émis le 10 mars 2022, dès lors que le débiteur mentionné par cet avis est le syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) de Trith-Saint-Léger - établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Les Godenets.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le décret n° 2010-1362 du 10 novembre 2010 ;

- le code de justice administrative.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fougères, premier conseiller, ;

- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A a bénéficié de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) dans le cadre d'un maintien à domicile. A la suite de son entrée en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), il a obtenu par une décision du président du conseil départemental du Nord du 12 février 2021 la prise en charge de ses frais de séjour à compter du 23 septembre 2020, cette décision mentionnant que la totalité de la prestation spéciale d'accompagnement (PSA), à solliciter auprès de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), serait à reverser au département. En qualité de retraité de la SNCF, il a en effet perçu la prestation spéciale d'accompagnement (PSA), versée par la caisse de prévoyance de la SNCF antérieurement à son admission en EHPAD au titre de son maintien à domicile, puis le 25 mars 2021 pour un montant total de 3 721,61 euros pour la période du 1er octobre 2020 au 31 décembre 2020. Le 3 mai 2021, le président du conseil départemental du Nord a demandé à M. A le versement de la totalité de cette PSA, au titre des ressources prises en compte pour le calcul de l'aide sociale, décision contestée par courrier du 20 mai 2021, reçu le 25 mai 2021. Par décision du 8 juin 2021, le président du conseil départemental du Nord a confirmé que les sommes perçues au titre de la PSA devaient intégralement être reversées au département qui a pris en charge au titre de l'aide sociale les frais d'hébergement en EHPAD, sauf à renoncer à l'aide sociale. A la suite d'une révision du dossier en ce qui concerne le montant de la pension de retraite de M. A, l'autorité départementale, par courrier du 3 janvier 2022, a rehaussé le montant de l'aide sociale à laquelle M. A avait droit, ramenant la créance, après compensation avec le rappel auquel ce dernier pouvait prétendre, à la somme de 3 252,87 euros. Le 10 mars 2022, un titre de recettes n°2022-8613 a été émis par le président du conseil départemental du Nord à l'encontre du syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) de Trith-Saint-Léger - établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EPHAD) Les Godenets pour le recouvrement d'une somme de 3 252,87 euros, au titre de la récupération d'une partie de la prestation spéciale d'accompagnement perçue par M. C A alors qu'il était hébergé dans cet établissement. Par la présente requête, M. C A, représenté par sa fille, Mme Isabelle Genez, sollicite à titre principal l'annulation de ce titre de recettes et, à titre subsidiaire, l'annulation de la décision de récupération de la prestation spéciale d'accompagnement, pour l'intégralité de son montant, soit 6 323 euros, avec remboursement du trop-perçu. C A est décédé le 22 mars 2024.

Sur les conclusions principales à fin d'annulation de l'avis des sommes à payer n°2022-8613 :

2. Il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer n°2022-8613, s'il mentionne en objet " 4T2020 RECUP PSA M. A D ", a été émis le 10 mars 2022 à l'encontre du syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) de Trith-Saint-Léger - établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Les Godenets. Il s'ensuit que M. A, qui n'était pas le débiteur de ce titre de recettes, n'avait pas qualité à le contester, de sorte que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de cet avis de sommes à payer doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions subsidiaires à fin d'annulation de la décision du président du conseil départemental du Nord relative au reversement de la prestation spéciale d'accompagnement :

3. En premier lieu, l'article L. 134-1 du code de l'action sociale et des familles dispose : " Le contentieux relevant du présent chapitre comprend les litiges relatifs aux décisions du président du conseil départemental et du représentant de l'Etat dans le département en matière de prestations légales d'aide sociale prévues par le présent code ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 134-2 de ce code : " Les recours contentieux formés contre les décisions mentionnées à l'article L. 134-1 sont précédés d'un recours administratif préalable exercé devant l'auteur de la décision contestée. L'auteur du recours administratif préalable, accompagné de la personne ou de l'organisme de son choix, est entendu, lorsqu'il le souhaite, devant l'auteur de la décision contestée. / () ".

4. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 3 mai 2021 adressé à Mme Isabelle Genez, le président du conseil départemental du Nord a demandé que C A reverse au département du Nord la totalité de la PSA à compter du 23 septembre 2020, date de prise en charge à l'aide sociale, au titre des ressources prises en compte pour le calcul de cette aide. Par un courrier du 20 mai 2021, reçu le 25 mai 2021, Mme B A, épouse de C A, a contesté devoir reverser la PSA, estimant que celle-ci pouvait se cumuler avec l'aide sociale à l'hébergement versée par le département, de sorte qu'elle doit être regardée comme ayant effectué au nom et pour le compte de son époux le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 134-2 du code de l'action sociale et des familles précitées. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée aux conclusions à fin d'annulation de la décision du président du conseil départemental du Nord de reversement de la PSA doit être rejetée.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme A doit être regardée comme contestant la décision du 8 juin 2021, prise sur recours administratif préalable obligatoire, qui s'est substituée à la décision du 3 mai 2021.

6. En second lieu, d'une part, l'article L. 113-1 du code de l'action sociale et des familles dispose : " Toute personne âgée de soixante-cinq ans privée de ressources suffisantes peut bénéficier, soit d'une aide à domicile, soit d'un accueil chez des particuliers ou dans un établissement. Les personnes âgées de plus de soixante ans peuvent obtenir les mêmes avantages lorsqu'elles sont reconnues inaptes au travail. ". Aux termes de l'article L. 132-1 du même code : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire. / () ". Aux termes de l'article L. 132-3 du même code : " Les ressources de quelque nature qu'elles soient à l'exception des prestations familiales, dont sont bénéficiaires les personnes placées dans un établissement au titre de l'aide aux personnes âgées ou de l'aide aux personnes handicapées, sont affectées au remboursement de leurs frais d'hébergement et d'entretien dans la limite de 90 %. Toutefois les modalités de calcul de la somme mensuelle minimum laissée à la disposition du bénéficiaire de l'aide sociale sont déterminées par décret. La retraite du combattant et les pensions attachées aux distinctions honorifiques dont le bénéficiaire de l'aide sociale peut être titulaire s'ajoutent à cette somme. ".

7. D'autre part, le I de l'article 5-1 du décret du 10 novembre 2010 relatif au régime de prévoyance du personnel de la société nationale SNCF et ses filiales et groupements d'intérêt économique relevant du champ du I de l'article L. 2101-2 du code des transports dispose : " () / Lorsqu'un agent en activité, un ancien agent retraité, ou un de leurs ayant droits, une veuve ou un veuf d'un agent ou d'un ancien agent retraité, est bénéficiaire de l'allocation personnalisée d'autonomie prévue aux articles L. 232-3 et suivants du code de l'action sociale et des familles, les aides jugées nécessaires au maintien à domicile sont prises en charge, sur avis du contrôle médical, dans la limite prévue par arrêté ministériel. Cette prestation, est versée suivant un plan d'aide médicalisée établi par la caisse, conjointement avec le bénéficiaire et son médecin. / En cas d'admission d'un ancien agent retraité ou d'un ayant droit bénéficiaire de l'allocation personnalisée d'autonomie en maison de retraite, en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes ou en unité de soins de longue durée, les frais d'hébergement sont pris en charge dans la limite prévue à l'alinéa qui précède. / En cas d'accord de la caisse et à réception de l'ensemble des éléments nécessaires à son examen, cette prestation, non renouvelable, prend effet à compter de la date de réception de la demande, qui ne peut être postérieure au décès du bénéficiaire ".

8. Il résulte de l'instruction que C A, bénéficiaire de l'APA, a tout d'abord perçu la PSA au titre d'une participation de la caisse de prévoyance de la SNCF à ses frais de maintien à domicile, le dernier versement étant intervenu le 15 septembre 2020. A la suite de son arrivée à l'EHPAD Les Godenets, ses frais d'hébergement ont été pris en charge par le département du Nord au titre de l'aide sociale, avec un reste à charge, d'un montant de 133,69 euros à compter du 1er janvier 2021, et une somme de 3 721,61 euros a été versée au profit de C A le 25 mars 2021 par la caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF au titre de la prestation spéciale d'accompagnement. Dès lors que cette prestation prévue par l'article 5-1 du décret du 10 novembre 2010, destinée à couvrir les frais laissés à la charge d'un bénéficiaire de l'APA dans la limite d'un plafond de dépenses et qui est une ressource au sens de l'article L. 132-3, ne constitue pas une prestation familiale, le département du Nord était fondé à l'inclure dans les ressources de C A et à solliciter le remboursement d'une somme équivalente au montant de la prestation spéciale d'accompagnement, dans la limite de son montant correspondant à la prise en charge de ses frais de séjour en EHPAD, comme cela a été le cas en l'espèce.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de C A, représentée par sa fille, Mme A, doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme Isabelle Genez et au département du Nord.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

V. Fougères

La greffière,

signé

I. Baudry

Le président,

signé

J.-M. Riou La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière