mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2203388 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 4 mai 2022 et le 20 janvier 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 29 mars 2022 par laquelle la direction régionale des finances publiques des Hauts de France et du département du Nord a refusé de faire droit à sa demande de correction du plan cadastral.
Le requérant soutient qu'il y a une erreur au cadastre dans la contenance de sa propriété située au n° 110 rue Paul Deudon à Feignies qui ampute son terrain de 63 m².
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, la direction régionale des finances publiques des Hauts de France et du département du Nord, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée, parfaitement régulière, n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la commune de Feignies qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts ;
- le décret n° 55-471 du 30 avril 1955 relatif à la rénovation et à la conservation du cadastre ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monteil,
- les conclusions de M. Even, rapporteur public,
- les observations de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a acquis par acte notarié en date du 13 mai 1991 une propriété située au n° 110 rue Paul Deudon à Feignies (59). Le 20 mars 2020, il a saisi la direction régionale des finances publiques des Hauts de France et du département du Nord d'une réclamation demandant le rétablissement des limites cadastrales modifiées lors du remaniement de la commune de Feignies en 1996, visant plus particulièrement les parcelles 225 AK 143 et AK 144, situées rue Paul Deudon à Feignies. Par une décision en date du 29 mars 2022, dont le requérant demande l'annulation, la direction régionale des finances publiques des Hauts de France et du département du Nord a rejeté cette réclamation.
2. Aux termes de l'article 8 du décret du 30 avril 1955 relatif à la rénovation et à la conservation du cadastre : " La révision du cadastre est effectuée en comparant les données de celui-ci avec l'état actuel des propriétés et en constatant les changements survenus. / Il y est procédé, avec le concours des propriétaires, par le représentant du service du cadastre assisté de la commission communale des impôts directs prévue à l'article 1650 du code général des impôts () ". Et aux termes de l'article 9 du même décret : " Les résultats de la révision cadastrale sont, par notification individuelle, communiqués au propriétaire. D'autre part, le plan cadastral et les documents annexes sont déposés pendant quinze jours au moins à la mairie où les intéressés sont admis à en prendre connaissance. Les réclamations peuvent être présentées dans ledit délai soit par écrit au maire de la commune, soit verbalement à un représentant du service du cadastre qui se tient à la mairie aux jours et heures portés à la connaissance du public. Les propriétaires peuvent demander que soient retenues les contenances indiquées dans leurs actes lorsque celles-ci n'accusent pas, par rapport aux contenances cadastrales, d'écart supérieur à la tolérance fixée par les règlements du service du cadastre. ". Enfin, aux termes de l'article 1402 du code général des impôts : " Les mutations cadastrales consécutives aux mutations de propriété sont faites à la diligence des propriétaires intéressés. Aucune modification à la situation juridique d'un immeuble ne peut faire l'objet d'une mutation si l'acte ou la décision judiciaire constatant cette modification n'a pas été préalablement publié au fichier immobilier ".
3. Les dispositions précitées ne font pas obstacle à ce que les énonciations du cadastre, qui ne constituent pas par elles-mêmes un titre de propriété, puissent, indépendamment des mutations cadastrales consécutives aux modifications de la situation juridique des immeubles, être rectifiées à la diligence de l'administration, lorsqu'elles sont entachées d'inexactitude. Par ailleurs, lorsqu'à la suite d'opérations de révision du cadastre, l'administration est saisie d'une demande tendant à la modification des énonciations portées sur les documents cadastraux relatives à la situation juridique d'une parcelle et qu'un litige s'élève sur le droit de propriété, elle est tenue de se conformer à la situation de propriété telle qu'elle a été constatée pour l'élaboration des documents cadastraux et ne peut que refuser la modification demandée tant qu'une décision judiciaire ou un accord entre les intéressés n'est pas intervenu. Ainsi, quand bien même il serait établi que les indications portées sur les documents cadastraux seraient erronées, l'administration ne peut les rectifier sans l'accord des propriétaires concernés, ou sans décision judiciaire constatant les limites respectives de ces propriétés.
4. En l'espèce, le requérant soutient qu'à l'occasion du remaniement du cadastre de la commune de Feignies en 1996, sa propriété a été amputée de trois parcelles situées aux limites de la propriété et attenantes aux rues Paul Deudon et Henri Bosselin ainsi qu'à un chemin particulier qui sépare son bien de celui de son voisin, pour une superficie totale de 63 m². Toutefois M. B n'a pas contesté ce remaniement en temps utile, si tant est que celui-ci ait effectivement modifié les limites de sa propriété, ce qui ne ressort pas des pièces du dossier. M. B se borne à produire son titre de propriété, lequel ne se prononce pas sur la surface du terrain et ses limites, ainsi que les éléments relatifs aux conflits de propriété avec son voisin qui ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative. Par suite, en l'absence de tout document attestant d'une mutation cadastrale ou d'un accord des parties qui aurait été méconnu par l'administration, M. B n'est pas fondé à soutenir que la direction régionale des finances publiques des Hauts de France et du département du Nord a commis une erreur d'appréciation en rejetant sa réclamation.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation de la décision de la direction régionale des finances publiques des Hauts de France et du département du Nord en date du 29 mars 2022 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la direction régionale des finances publiques des Hauts de France et du département du Nord et à la commune de Feignies.
Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le président,
Signé
X. FABRE
Le greffier
Signé
A. DEWIERE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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