Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203392
mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2203392 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | juge unique (6) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 mai 2022, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du 29 avril 2022 par laquelle le directeur d'agence de Pôle emploi de Somain lui a refusé le renouvellement de l'allocation de solidarité spécifique dont elle bénéficiait.
Elle soutient que ses revenus n'ont pas changé par rapport à l'année précédente et que sa situation personnelle justifie la poursuite du versement de l'allocation de solidarité spécifique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2024, France Travail, venant aux droits de Pôle emploi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que Mme B ne remplissait pas la condition de ressources pour bénéficier d'un renouvellement de l'allocation de solidarité spécifique.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le décret n°2022-493 du 6 avril 2022 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fougères, premier conseiller, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 29 avril 2022, Pôle emploi a refusé à Mme B le renouvellement de l'allocation de solidarité spécifique, au motif que la moyenne de ses ressources sur les douze derniers mois dépassait le plafond fixé pour bénéficier de cette allocation, ce plafond étant de 1 893,10 euros pour un couple. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.
3. L'article L. 5423-1 du code du travail dispose : " Ont droit à une allocation de solidarité spécifique les travailleurs privés d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'allocation d'assurance, qui ne satisfont pas aux conditions pour bénéficier de l'allocation des travailleurs indépendants prévue à l'article L. 5424-25 et qui satisfont à des conditions d'activité antérieure et de ressources ". Aux termes de l'article R. 5423-1 de ce code : " Pour bénéficier de l'allocation de solidarité spécifique, les personnes mentionnées à l'article L. 5423-1 : () 3° Justifient, à la date de la demande, de ressources mensuelles inférieures à un plafond correspondant à 70 fois le montant journalier de l'allocation pour une personne seule et 110 fois le même montant pour un couple ", l'article R. 5423-2 du même code précisant : " Les ressources prises en considération pour l'application du plafond prévu au 3° de l'article R. 5423-1 comprennent l'allocation de solidarité ainsi que les autres ressources de l'intéressé et, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, telles qu'elles doivent être déclarées à l'administration fiscale pour le calcul de l'impôt sur le revenu avant déduction des divers abattements. () / Le montant pris en compte est le douzième du total des ressources perçues pendant les douze mois précédant celui au cours duquel la demande a été présentée. / () ". Le montant journalier de l'allocation de solidarité spécifique a été fixé à 17,21 euros à compter du 1er avril 2022 par décret du 6 avril 2022 revalorisant l'allocation de solidarité spécifique, l'allocation temporaire d'attente et l'allocation équivalent retraite. Aux termes de l'article R. 5423-9 du code du travail : " Le renouvellement de l'allocation est subordonné aux mêmes conditions que son attribution initiale ". L'article R. 5423-5 de ce code prévoit : " Il n'est pas tenu compte, pour la détermination des ressources, des allocations de solidarité, des allocations d'assurance, des rémunérations de stage ou des revenus d'activité perçus pendant la période de référence lorsqu'il est justifié que leur perception est interrompue de manière certaine à la date de la demande et que le bénéficiaire de ces ressources ne peut prétendre à un revenu de substitution. / Lorsque le bénéficiaire peut prétendre à un revenu de substitution, un abattement de 30 % est appliqué sur la moyenne des ressources auxquelles ce revenu se substitue. ".
4. Il est constant qu'au cours des douze mois précédant la décision contestée, Mme B n'a pas perçu de revenu devant être pris en considération pour l'application du plafond prévu au 3° de l'article R. 5423-1 du code du travail. Il résulte cependant de l'instruction que son conjoint a perçu un revenu net imposable de 1797,68 euros pour le mois de mars 2022, de 1840,35 euros pour le mois de février 2022, de 1902,68 euros pour le mois de janvier 2022, de 1542,79 euros pour le mois de décembre 2021, de 1840,40 euros pour les mois de novembre, octobre, septembre, juillet et juin 2021, de 563 euros pour le mois d'août 2021, de 1765,87 euros pour le mois de mai 2021. En dépit d'une demande par courrier du 23 avril 2024, Mme B n'a toutefois pas justifié des revenus perçus pour le mois d'avril 2021. Le formulaire CERFA de rupture conventionnelle du contrat de travail de M. A B versé aux débats mentionne cependant un revenu brut mensuel de 2 604,82 euros pour le mois d'avril 2021, montant brut identique aux mois de mai 2021 à septembre 2021. Dès lors que le bulletin de paie du mois de juillet 2021 mentionne un salaire net imposable de 1 840,40 euros pour un salaire brut de 2 604,82 euros, le salaire perçu par M. B, en l'absence de réponse à la mesure d'instruction faite, doit être évalué à la somme de 1 840,40 euros. Ce dernier a en outre perçu une somme de 771,42 euros (822,08-51,38) au titre d'indemnités journalières versées par la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai devant être pris en compte à hauteur de 540,20 euros compte tenu de l'abattement prévu par le second alinéa de l'article R. 5423-5 du code du travail précité, soit un revenu d'un montant total de 20 994,97 euros, auquel il convient d'ajouter une somme de 3 144,81 euros perçue à compter du mois de mai 2021 au titre d'indemnités de congés payés pour l'année 2021, somme ne figurant pas sur les bulletins de paie. Il s'ensuit que le revenu du foyer au cours des douze mois précédant la décision attaquée s'élève à la somme de 24 139,78 euros, soit un revenu mensuel moyen de 2 011,65 euros, soit un revenu mensuel supérieur à la somme de 1 893,10 euros correspondant à 110 fois le montant journalier de l'allocation de solidarité spécifique fixé par le décret du 6 avril 2022 cité au point 3.
5. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 29 avril 2022 par laquelle le directeur d'agence de Pôle emploi de Somain lui a refusé le renouvellement de l'allocation de solidarité spécifique dont elle bénéficiait. Il s'ensuit que sa requête doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée à la direction régionale France Travail des Hauts-de-France.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.
Le magistrat désigné,
signé
V. Fougères
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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