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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203993

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203993

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203993
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationjuge unique (7)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de Mme B, qui demandait la communication de rapports et analyses relatifs à une agression survenue lors d'un festival en 2012. La région Hauts-de-France a fait valoir qu'elle ne détenait pas les documents sollicités et qu'aucune obligation légale ne l'obligeait à les rechercher auprès de la Croix-Rouge ou de la société de sécurité. Le tribunal a appliqué les articles L. 300-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, constatant l'impossibilité matérielle de produire des documents inexistants. La requête a été jugée irrecevable, la demande de communication étant devenue sans objet.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2022, et des mémoires, enregistrés les 28 août 2022 et 9 avril 2023, Mme A B demande au tribunal que lui soient communiqués les rapports, comptes-rendus et analyses en possession de la région Hauts-de-France, de la société de sécurité missionnée par la région et de la Croix Rouge, concernant la soirée du 15 au 16 novembre 2012, organisée par la région, lors du festival Picardie Mouv à l'Elispace de Beauvais.

Elle soutient que :

- son fils a été victime d'une agression de la part du personnel en charge de la sécurité dans la nuit du jeudi 15 au vendredi 16 novembre 2012 à l'Elispace de Beauvais lors du festival Picardie Mouv ; la véracité des faits allégués est corroborée par la production de pièces diverses relatant l'ensemble des actions menées pour obtenir réparation ;

- l'agression dont a été victime son fils aurait dû faire l'objet d'un retour écrit et d'un signalement au procureur de la République de la part de la région, dès lors que le contrat liant la société de sécurité est soumis à appel d'offre et que l'acte dénoncé est un délit au sens des dispositions de l'alinéa 2 de l'article 40 du code de procédure pénale ;

- sa requête est recevable, dès lors que les courriels des services du conseil régional l'informant de l'état d'avancement des recherches des documents sollicités ne peuvent être constitutifs d'un refus de communication ; l'acceptation de l'étude du dossier par les services de la commission d'accès aux documents administratifs valide la recevabilité de sa demande ; le délai de prescription a recommencé à courir à compter de la réponse de la commission d'accès aux documents administratifs.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 juillet 2022 et 29 septembre 2022, le président du conseil régional des Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de la saisine tardive de la commission d'accès aux documents administratifs ; la requête est en tout état de cause irrecevable en raison de la nature des conclusions présentées par la requérante ;

- la région Hauts-de-France ne détient aucun rapport ni aucune analyse, relatifs aux incidents de la soirée du 15 au 16 novembre 2012 ; l'obligation de communication résultant des articles L. 300-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ne s'applique pas aux documents que l'administration est dans l'impossibilité matérielle de produire ; aucune règlementation ne lui impose de détenir et de mettre à jour les documents sollicités ;

- à supposer que la Croix-Rouge et la société de sécurité missionnée par la région détiennent les documents sollicités, aucune règlementation ne lui impose de rechercher auprès de ces organismes lesdits documents ; en tout état de cause, la région n'était pas tenue de transmettre la demande de la requérante à ces organismes, dès lors que ces derniers ne peuvent être assimilés à des administrations au sens de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- des démarches ont d'ores et déjà été effectuées par la requérante auprès de la Croix-Rouge et de la société de sécurité afin d'obtenir les documents en cause ;

- les responsables ont déjà été condamnés à indemniser le préjudice subi par la requérante et son fils.

Par une ordonnance du 1er décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 janvier 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Paganel en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 octobre 2024 :

- le rapport de M. Paganel, magistrat désigné ;

- les conclusions de Mme Laure Dang, rapporteure publique ;

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Par plusieurs courriers électroniques en date des 3 mai 2021, 29 juin 2021, 21 juillet 2021, 5 septembre 2021 et 29 octobre 2021, Mme B a demandé aux services de la région Hauts-de-France de lui communiquer, dans le cadre de l'agression dont son fils a été victime dans la nuit du jeudi 15 au vendredi 16 novembre 2012 à l'Elispace de Beauvais lors du festival Picardie Mouv, les " rapports de cette soirée émanant de la région, de la société de sécurité missionnée par la région et de la Croix Rouge qui s'occupait du poste de premiers secours ". En réponse à cette demande, et par plusieurs courriers électroniques en date des 28 juillet 2021, 9 septembre 2021 et 16 novembre 2021, le service culturel puis le service juridique de la région Hauts-de-France ont informé l'intéressée qu'il n'existait aucun rapport ou analyse établi par la région concernant les évènements de la nuit du 15 au 16 novembre 2012 et que s'agissant des rapports et analyses qui seraient détenus par la Croix Rouge ou la société de sécurité, à supposer qu'ils existent, il était impossible pour la région de se les procurer. Suite à ce refus de communication, Mme B a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) d'une demande d'avis, dont il a été accusé réception le 10 février 2022. Cette saisine pour avis concernait, d'une part, les rapports établis par la région Hauts-de-France, la Croix-Rouge et la société de sécurité et, d'autre part, les plans de l'Elispace localisant les différents postes. Dans son avis du 31 mars 2022, la CADA a déclaré la demande de Mme B sans objet s'agissant des rapports établis par la région, en raison du caractère inexistant de ces rapports. En ce qui concerne les rapports de la Croix-Rouge et de la société de sécurité missionnée par la région, la demande de Mme B a été déclarée irrecevable au motif que le code des relations entre le public et l'administration n'impose pas à la région de solliciter un tiers pour obtenir la remise d'un document qui n'est pas en sa possession. Enfin, la demande de Mme B relative aux plans de l'Elispace a également été déclarée irrecevable, dès lors que cette dernière n'avait pas fait l'objet d'une demande préalable. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal que lui soient communiqués les rapports, comptes-rendus et analyses en possession de la région Hauts-de-France, de la société de sécurité missionnée par la région et de la Croix Rouge, concernant la soirée du 15 au 16 novembre 2012, organisée par la région, lors du festival Picardie Mouv à l'Elispace de Beauvais.

Sur les fins de non-recevoir opposées par le président du conseil régional des Hauts-de-France :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 311-12 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé par l'administration, saisie d'une demande de communication de documents en application de l'article L. 311-1, vaut décision de refus. ". Aux termes de l'article R. 311-13 du même code : " Le délai au terme duquel intervient la décision mentionnée à l'article R. 311-12 est d'un mois à compter de la réception de la demande par l'administration compétente. ".

3. D'autre part, aux termes des articles R. 311-15 et R. 343-1 du code des relations entre le public et l'administration : " l'intéressé dispose d'un délai de deux mois à compter du refus d'accès aux documents administratifs qui lui est opposé pour saisir la Commission d'accès aux documents administratifs. ". Aux termes de l'alinéa 2 de l'article L. 342-1 du même code : " La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux ".

4. Par ailleurs, pour que les délais prévus aux articles R. 311-12, R. 311-13 et R. 311-15 du code des relations entre le public et l'administration soient opposables, la notification de la décision administrative de refus, ou l'accusé de réception de la demande l'ayant fait naître si elle est implicite, doit nécessairement mentionner l'existence d'un recours administratif préalable obligatoire devant la commission d'accès aux documents administratifs, ainsi que les délais selon lesquels ce recours peut être exercé.

5. En outre, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. Dans le cas où le recours juridictionnel doit obligatoirement être précédé d'un recours administratif, celui-ci doit être exercé, comme doit l'être le recours juridictionnel, dans un délai raisonnable. Sauf circonstances particulières, ce délai ne saurait excéder un an.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme B a saisi la région Hauts-de-France le 3 mai 2021 d'une demande de communication des rapports de la soirée du 15 au 16 novembre 2012 émanant de la région, de la société de sécurité missionnée par la région et de la Croix Rouge qui s'occupait du poste de premiers secours. En l'absence de réponse de la région dans le délai d'un mois suivant cette demande, une décision implicite de refus de communication est née le 3 juin 2021. En l'absence de décision expresse, ni d'accusé de réception de sa demande l'informant du recours administratif préalable obligatoire devant la commission d'accès aux documents administratifs ainsi que des délais dans lesquels ce recours pouvait être exercé, Mme B disposait alors d'un délai d'un an à compter de la naissance de la décision précitée du 3 juin 2021 pour saisir la commission, soit jusqu'au 3 juin 2022. Dans ces conditions, la saisine de la CADA le 10 février 2022 n'était donc pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la région Hauts-de-France tirée de la saisine tardive de la commission d'accès aux documents administratifs doit être écartée.

7. En second lieu, Mme B, qui a saisi la commission d'accès aux documents administratifs le 10 février 2022, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision par laquelle la région Hauts-de-France a confirmé son refus de lui communiquer les rapports, comptes-rendus et analyses en sa possession, concernant la soirée du 15 au 16 novembre 2012 qui s'est tenue à l'Elispace de Beauvais lors du festival Picardie Mouv, ainsi que les rapports et analyses qui seraient détenus par la Croix-Rouge et la société de sécurité. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la région Hauts-de-France tirée de la nature des conclusions présentées par la requérante doit également être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les rapports, comptes-rendus et analyses qui seraient détenus par le conseil régional des Hauts-de-France :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 311-1 de ce code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. ". L'existence d'un document administratif dont il a été sollicité la communication doit être regardée comme établie lorsque la règlementation oblige l'administration à le détenir et à le mettre à jour.

10. En outre, l'obligation de communication résultant des dispositions précitées de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration ne s'étend pas aux documents que l'administration est dans l'impossibilité matérielle de produire.

11. En l'espèce, il n'est pas sérieusement contesté que la région Hauts-de-France ne détient pas les documents sollicités par Mme B et alors, au demeurant, qu'aucune disposition législative ou règlementaire n'impose à cette collectivité de détenir et de mettre à jour de tels documents. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que la région Hauts-de-France a refusé de lui communiquer les rapports, comptes rendus et analyses concernant les évènements qui se sont déroulés dans la soirée du 15 au 16 novembre 2012 lors du festival Picardie Mouv à l'Elispace de Beauvais.

En ce qui concerne les rapports, comptes-rendus et analyses qui seraient détenus par la Croix-Rouge et la société de sécurité missionnée par la région :

12. Aux termes de l'alinéa 6 de l'article L. 311-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une administration mentionnée à l'article L. 300-2 est saisie d'une demande de communication portant sur un document administratif qu'elle ne détient pas mais qui est détenu par une autre administration mentionnée au même article, elle la transmet à cette dernière et en avise l'intéressé. ". Ces dispositions n'imposent pas à l'administration, saisie d'une demande de communication de documents, de rechercher auprès d'autres organismes les pièces qui ne sont pas en sa possession. Elles n'imposent pas plus à cette dernière de procéder à une telle transmission auprès d'organismes autres que ceux mentionnés à l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration.

13. En l'espèce, compte tenu de qui a été dit au point précédent, la région Hauts-de-France n'était aucunement tenue de rechercher auprès de la Croix-Rouge et de la société de sécurité missionnée par la région lesdits documents. En tout état de cause, la Croix-Rouge, association loi de 1901 à but non lucratif, et la société de sécurité, entreprise privée, ne peuvent être regardées comme des administrations au sens des dispositions précitées de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, et à supposer que ces organismes détiendraient les documents dont la communication est sollicitée par la requérante, la région n'était pas tenue de transmettre une telle demande à ces organismes. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que la région Hauts-de-France a refusé de lui communiquer les rapports, comptes-rendus et analyses détenus par la Croix-Rouge et la société de sécurité missionnée par la région concernant les évènements qui se sont déroulés dans la soirée du 15 au 16 novembre 2012 lors du festival Picardie Mouv à l'Elispace de Beauvais.

14. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête présentée par Mme B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la région Hauts-de-France.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

M. PAGANELLa greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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