Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204411
vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2204411 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 7ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juin 2022, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 7 juin 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer une carte professionnelle d'agent privé de sécurité.
Il soutient que la décision attaquée est illégale dès lors, d'une part, que les poursuites afférentes aux circonstances de fait qui fondent cette décision ont donné lieu à un classement sans suite et, d'autre part, que le procureur de la République a répondu favorablement à sa demande d'effacement des inscriptions correspondantes dans le fichier de traitement d'antécédents judiciaires.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2023, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Barre,
- et les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 7 juin 2022, dont M. B demande l'annulation, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de délivrer à l'intéressé une carte professionnelle d'agent privé de sécurité.
2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ".
3. En application des articles L. 612-20, L. 114-1, R. 114-1 et des dispositions du i) du 4° de l'article R. 114-2 du même code dans leur rédaction applicable au litige, la délivrance de l'agrément spécial dont les agents privés de sécurité doivent être titulaires pour procéder à des palpations de sécurité peut être précédée d'une enquête administrative. Cette dernière est destinée à vérifier que le comportement des personnes physiques ou morales intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées. En vertu du deuxième alinéa du paragraphe I de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure, cette enquête peut s'accompagner de la consultation " / () des traitements automatisés de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification / () ", parmi lesquels figure le traitement d'antécédents judiciaires (TAJ) défini aux articles R. 40-23 à R. 40-34 du code de procédure pénale.
4. Aux termes de l'article 230-8 du code de procédure pénale : " Le traitement des données à caractère personnel est opéré sous le contrôle du procureur de la République territorialement compétent, qui, d'office ou à la demande de la personne concernée, ordonne qu'elles soient effacées, complétées ou rectifiées, notamment en cas de requalification judiciaire, ou qu'elles fassent l'objet d'une mention. () Lorsque les données à caractère personnel relatives à la personne concernée font l'objet d'une mention, elles ne peuvent faire l'objet d'une consultation dans le cadre des enquêtes administratives prévues aux articles L. 114-1 et L. 234-1 à L. 234-3 du code de la sécurité intérieure et à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité. Les décisions du procureur de la République prévues au présent alinéa ordonnant le maintien ou l'effacement des données à caractère personnel ou ordonnant qu'elles fassent l'objet d'une mention sont prises pour des raisons liées à la finalité du fichier au regard de la nature ou des circonstances de commission de l'infraction ou de la personnalité de l'intéressé. () ".
5. La légalité de la procédure suivie par une autorité administrative aux fins de prendre une décision s'apprécie à la date d'adoption de cette décision. Ainsi, lorsque le procureur de la République ordonne que les faits ayant donné lieu à une condamnation pénale feront l'objet d'une mention les rendant inaccessibles et empêchant leur consultation dans le cadre d'enquête administrative, antérieurement à la date de la décision se prononçant sur la demande de carte professionnelle de la personne intéressée, l'autorité administrative ne peut fonder sa décision sur les faits dont elle aurait pris connaissance à la suite d'une telle consultation, alors même que l'enquête administrative aurait été diligentée avant l'intervention de la décision du procureur de la République.
6. Pour refuser à M. B la délivrance d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité, le directeur du CNAPS a fondé sa décision sur les dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure et a retenu que le comportement de l'intéressé, d'une part, était contraire à l'honneur, au devoir de probité et de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes, d'autre part, qu'il était incompatible avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité dès lors que M. B a été mis en cause pour des faits de violences sans incapacité par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, commis le 30 septembre 2019 et dégradation ou détérioration volontaire du bien d'autrui causant un dommage léger, commis le 11 février 2020. Il ressort des pièces du dossier que le directeur du CNAPS a eu connaissance de ces faits, dans le cadre de l'enquête administrative diligentée à la suite de la consultation du fichier de traitement d'antécédents judiciaires (TAJ) le 18 mars 2022. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Cambrai avait ordonné, le 11 mai 2022, soit antérieurement à la décision attaquée, une mise à jour du ficher de TAJ interdisant à l'administration d'accéder à ces inscriptions. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le directeur du CNAPS a commis une irrégularité en s'appuyant sur un TAJ qui n'était plus à jour à la date de la décision attaquée, pour refuser de lui délivrer une carte professionnelle d'agent privé de sécurité.
7. Il résulte de ce qui précède que la décision du 7 juin 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de délivrer à M. B une carte professionnelle d'agent privé de sécurité doit être annulée.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 7 juin 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de délivrer à M. B une carte professionnelle d'agent privé de sécurité est annulée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président,
Mme Célino, première conseillère,
Mme Barre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
C. BARRE
Le président,
Signé
M. PAGANEL La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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