mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2204493 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 juin 2022, M. A B, représenté par Me Janneau, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2021 par lequel le préfet du Nord lui a ordonné de se dessaisir de son arme dans un délai d'un mois à compter de sa notification, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et a retiré la validation de son permis de chasse, ensemble la décision du 2 février 2022 rejetant son recours administratif.
Il soutient que :
- la procédure contradictoire était irrégulière, le délai accordé pour présenter ses observations étant insuffisant ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leclère,
- et les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2021 par lequel le préfet du Nord lui a ordonné de se dessaisir de son arme dans un délai d'un mois à compter de sa notification, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et a retiré la validation de son permis de chasse, ensemble la décision du 2 février 2022 rejetant son recours administratif.
2. Aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable au litige : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. Le dessaisissement consiste soit à vendre l'arme les munitions et leurs éléments à une personne titulaire de l'autorisation, mentionnée à l'article L. 2332-1 du code de la défense, ou à un tiers remplissant les conditions légales d'acquisition et de détention, soit à la remettre à l'Etat. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités du dessaisissement. Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments. ". Aux termes de l'article R. 312- 67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : / () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; (). ".
3. En l'espèce, pour fonder sa décision de dessaisir M. B de son arme, le préfet du Nord a relevé qu'il ressortait de l'enquête administrative diligentée auprès des services de gendarmerie que l'intéressé s'était signalé pour avoir commis des infractions dégradation ou détérioration de bien destiné à l'utilité ou la décoration publique le 11 mars 2017, un outrage à une personne chargée d'une mission de service publique le 11 mars 2017, pour lequel il a été condamné à une amende de 300 euros, et des faits de circulation avec un véhicule à moteur sans assurance le 26 mars 2021. Toutefois, eu égard à l'ancienneté des faits d'outrage pour lesquels M. B a été condamné, à l'absence de toute indication quant aux suites judiciaires données aux autre faits reprochés, à leur nature et à leur faible degré de gravité, il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement de l'intéressé est incompatible avec la détention d'armes. Ainsi, en l'état du dossier, M. B est fondé à soutenir que le préfet du Nord a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en considérant que les faits précités constituent des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes de nature à justifier l'édiction de l'arrêté en litige.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que l'arrêté du 22 décembre 2021 du préfet du Nord ainsi que la décision du 2 février 2022, doivent être annulées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 22 décembre 2021 et la décision du 2 février 2022 du préfet du Nord sont annulées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Baillard, président,
- Mme Leclère, première conseillère,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
M. LECLÈRELe président,
Signé
B. BAILLARD
La greffière,
Signé
S. DEREUMAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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