mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2204885 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (3) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 juin et 12 octobre 2022, Mme B A, assistée de son tuteur, la société des intérêts populaires, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 22 juin 2022, prise sur recours administratif préalable, par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté sa demande de prise en charge au titre de l'aide sociale des frais d'aide-ménagère.
Elle soutient qu'elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 septembre 2022 et 7 novembre 2024, le département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable car dépourvue de moyens ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le décret n° 2022-700 du 26 avril 2022 ;
- le règlement départemental d'aide sociale du Nord ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Horn pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Horn, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a bénéficié, du 15 juillet 2020 au 14 juillet 2022 de l'aide sociale pour frais d'aide-ménagère à raison de quatorze heures par mois. Le 8 mars 2022, la société des intérêts populaires, représentant ses intérêts, a formé, auprès des services du département du Nord une demande de renouvellement de cette aide. Par un courrier du 12 mai 2022, le président du conseil départemental du Nord a rejeté la demande, tendant à la prise en charge de frais d'aide ménagère à compter du 15 juillet 2022, date d'expiration. Par une décision du 22 juin 2022, prise sur recours administratif préalable, le président du conseil départemental du Nord a rejeté cette demande de prise en charge. Par sa requête, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cette dernière décision.
2. Aux termes de l'article L. 241-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne handicapée dont l'incapacité permanente est au moins égale au pourcentage fixé par le décret prévu au premier alinéa de l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ou qui est, compte tenu de son handicap, dans l'impossibilité de se procurer un emploi, peut bénéficier des prestations prévues au chapitre Ier du titre III du présent livre, à l'exception de l'allocation simple à domicile () ". Aux termes de l'article L. 231-1 du même code : " L'aide à domicile mentionnée à l'article L. 113-1 peut être accordée soit en espèces, soit en nature. / L'aide financière comprend l'allocation simple et, le cas échéant, une allocation représentative de services ménagers. L'allocation simple peut être accordée à taux plein ou à taux réduit, compte tenu des ressources des postulants, telles qu'elles sont définies à l'article L. 231-2. / L'aide en nature est accordée sous forme de services ménagers. () ". Aux termes de l'article L. 231-2 du même code : " L'ensemble des ressources de toute nature, compte non tenu des prestations familiales, de l'aide à l'enfance et de l'aide à la famille et y compris l'allocation ainsi que les créances alimentaires auxquelles peuvent prétendre les intéressés, ne peut dépasser un plafond qui est fixé par décret. ". Aux termes de l'article R. 231-1 du même code : " Le montant de l'allocation simple à domicile attribuée aux personnes âgées en application de l'article L. 231-1 est fixé au niveau du montant de l'allocation de solidarité aux personnes âgées prévu à l'article L. 815-4 du code de la sécurité sociale. () ". Aux termes de l'article R.231-2 du même code : " L'octroi des services ménagers mentionnés à l'article L. 231-1 peut être envisagé, dans les communes où un tel service est organisé, au profit des personnes ayant besoin, pour demeurer à leur domicile, d'une aide matérielle et ne disposant pas de ressources supérieures à celles prévues pour l'octroi de l'allocation simple, sans qu'il soit tenu compte des aides au logement () ". Enfin, aux termes de l'article D.815-1 du code de la sécurité sociale : " Le montant maximum servi au titre de l'allocation de solidarité aux personnes âgées est fixé : a) Pour les personnes seules, ou lorsque seul un des conjoints, concubins ou partenaires liés par un pacte civil de solidarité en bénéficie, à 10 838,40 euros par an à compter du 1er janvier 2020 ; () ".
3. Aux termes de l'article L. 121-3 du code de l'action sociale et des familles : " Dans les conditions définies par la législation et la réglementation sociales, le conseil général adopte un règlement départemental d'aide sociale définissant les règles selon lesquelles sont accordées les prestations d'aide sociale relevant du département ". En vertu de l'article L. 121-4 du même code, le conseil départemental peut décider de conditions et de montants plus favorables que ceux prévus par les lois et règlements applicables aux prestations légales d'aide sociale dont il a la charge. Sur le fondement de ces dispositions, le conseil départemental du Nord a décidé d'étendre le bénéfice de la prestation légale d'aide sociale de services ménagers aux personnes handicapées dont les ressources sont supérieures au plafond fixé à l'article D. 815-1 du code de la sécurité sociale. Aux termes du règlement départemental d'aide sociale (RDAS) du département du Nord dans sa version applicable au litige : " Les ressources du postulant, y compris les intérêts des placements, ne doivent pas dépasser le montant maximal de l'allocation de solidarité aux personnes âgées (différent selon que la personne vive seule ou en couple), ou le montant maximal de l'allocation aux adultes handicapés (multiplié par deux si la personne vit en couple) ". Aux termes de l'article 1er du décret du 26 avril 2022 relatif à la revalorisation de l'allocation aux adultes handicapés : " Le montant mensuel de l'allocation aux adultes handicapés mentionné à l'article L. 821-3-1 du code de la sécurité sociale est porté à 919,86 euros à compter des allocations due au titre du mois d'avril 2022 ".
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide sociale, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
5. La décision du 22 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a refusé de renouveler la prise en charge de frais d'aide-ménagère au titre de l'aide sociale est motivée par le dépassement du plafond de ressources de l'allocation aux adultes handicapés par Mme A. Il est constant que Mme A dépassait ce plafond de 0,02 euros. D'autre part, la circonstance qu'elle ait obtenu cette aide jusqu'en juillet 2022 alors qu'elle percevait les mêmes revenus à la supposer établie n'est pas de nature à entacher la décision attaquée d'une erreur d'appréciation. Ainsi, pour regrettable que soit la circonstance que le président du conseil départemental du Nord n'ait pas accordé à Mme A une dérogation au regard de sa situation particulière et du très faible dépassement du plafond, celle-ci n'a pas d'incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que l'octroi d'une dérogation relève du pouvoir discrétionnaire du département. Le président du conseil départemental était dès lors fondé, alors même que la situation de Mme A aurait pu justifier l'octroi d'une dérogation, à refuser l'octroi du renouvellement de la prise en charge de frais d'aide-ménagère au titre de l'aide sociale à Mme A.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B A, assistée de son tuteur, la société des intérêts populaires, doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B A, à la société des intérêts populaires et au département du Nord.
Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
J. HORNLe greffier,
Signé
A. COUET
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
No 2204885
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