Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205107
mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2205107 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | juge unique (6) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 juillet 2022 et le 19 août 2022, M. C E, agissant en qualité d'ayant droit de sa mère décédée, Mme B E, représenté par Me Hennebelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 6 septembre 2018 et du 24 avril 2019 par lesquelles la caisse d'allocations familiales du Nord a mis à la charge de la succession de Mme E deux indus d'aide personnalisée au logement d'un montant total de 3 746,50 euros (IN5004 d'un montant de 3 555,50 euros pour la période de novembre 2016 à mars 2018 et IN5003 d'un montant de 191 euros pour avril 2018) ;
2°) d'annuler la décision du 6 mai 2022, prise sur recours administratif préalable, par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord, après avis de la commission de recours amiable, a confirmé les indus ;
3°) de condamner la caisse d'allocations familiales du Nord à lui verser la somme de 3 746,50 euros au titre des dommages et intérêts ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Nord la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les indus notifiés par la caisse d'allocations familiales proviennent d'erreurs et de négligences de la caisse ;
- l'allocataire a justifié de sa situation auprès de son bailleur ;
- la responsabilité de la caisse d'allocations familiales est engagée à raison de ses erreurs ;
- il en résulte des préjudices moraux et financiers évalués à la somme de 3 746,50 euros .
Par un mémoire, enregistré le 5 août 2022, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- aucun changement de sa situation familiale n'a été déclaré par l'allocataire auprès des services de la caisse depuis 2008 ;
- elle reconnaît les dysfonctionnements informatiques qui ont empêché un croisement des dossiers de la situation de la famille ;
- les indus consistent à rétablir l'allocataire dans ses droits au regard des dispositions applicables ; les trop-perçus sont fondés ;
- les trop-perçus ne proviennent pas d'une faute de la caisse ;
- la responsabilité de la caisse ne peut être recherchée par l'ayant-droit.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Riou a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E a été allocataire de l'aide personnalisée au logement de 2008 à son décès, survenu le 23 mai 2018, pour un foyer comprenant son fils à charge, M. D E. La caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié un premier indu pour cette allocation le 25 avril 2018 au titre du mois d'avril pour un montant de 215 euros (IN5/003). Par un courrier du 11 juin 2018, M. E a informé la caisse du décès de sa mère. L'indu précité a été mis à la charge de la succession de Mme E A la suite d'un nouvel examen du dossier de Mme E, il a été mis en évidence que M. D E avait quitté le domicile de sa mère en 2011. Un nouvel indu a été notifié à la succession pour un montant de 3 555,50 euros (IN5/004) pour la période de novembre 2016 à mars 2018. En raison d'un rappel de 24 euros, le premier indu a été ramené à la somme de 191 euros (IN5/003) pour le mois d'avril 2018. Par un courrier reçu le 16 septembre 2019, réitéré le 3 décembre 2019, M. E a formé un recours administratif à l'encontre des décisions lui notifiant des indus d'aide personnalisée au logement. Par une décision en date du 14 avril 2022, la caisse d'allocations familiales confirme les indus. Par la présente requête, M. E, agissant en qualité d'ayant-droit de sa mère, Mme E, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler, d'une part, les décisions du 6 septembre 2018 et du 24 avril 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord a mis à la charge de la succession de Mme E des indus d'aide personnalisée au logement d'un montant total de 3 746,50 euros et d'annuler, d'autre part, la décision du 6 mai 2022, prise sur recours administratif préalable, par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord a confirmé les indus. Il demande également la réparation de son préjudice, qu'il évalue au montant précité des indus.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 351-3 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable au litige : " Le montant de l'aide personnalisée au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération :/ 1. La situation de famille du demandeur de l'aide occupant le logement et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2. Les ressources () du demandeur () et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer () ".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide personnelle au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
4. Il résulte de l'instruction, c'est-à-dire tant de l'avis de la commission de recours amiable pris antérieurement à la décision du directeur de l'organisme ainsi que de plusieurs courriels adressés au requérant par la caisse, que les indus procèdent exclusivement d'une erreur de la caisse, cette dernière ayant à tort maintenu des droits à l'allocation alors que l'enfant, D E, ne vivait plus chez sa mère. Toutefois, cette circonstance n'a aucune incidence sur l'obligation de restituer le trop-perçu tenant à la prise en compte erronée d'une personne à charge pour le calcul de l'aide personnalisée au logement. M. E, agissant en qualité d'héritier, ne peut donc utilement faire valoir qu'il n'a pas à rembourser une somme versée par erreur. Au demeurant, si l'héritier de Mme E soutient que sa mère avait informé son bailleur du départ de son fils, ni cette circonstance, à la supposer établie, ni le versement direct de l'aide au bailleur n'ont d'incidence sur le bien-fondé des indus, dont l'origine, le cas échéant, est seulement de nature à justifier, si la condition de précarité est remplie, la remise.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de la décision du 6 mai 2022 confirmant les indus de novembre 2016 à mars 2018 et d'avril 2018 doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. Il résulte de ce qui précède que la caisse d'allocations familiales du Nord, en notifiant des indus fondés, n'a pas commis de faute, alors même qu'elle aurait été en mesure, comme elle l'admet, de réduire l'aide personnalisée au logement versée à Mme E en 2011, lorsque M. D E est lui-même devenu allocataire dans son propre domicile. Par ailleurs, et surtout, les décisions de récupération d'indus fondés, qui se bornent à rétablir les droits de la caisse, ne sauraient par elles-mêmes causer un préjudice aux allocataires ou à leurs ayants droits. Si M. E invoque des troubles dans les conditions d'existence d'ordre financier et moral, la dette de la succession de Mme E trouve sa cause dans l'obligation de restituer une somme, au demeurant limitée par la prescription biennale, perçue de manière erronée par la défunte. Le préjudice moral invoqué, à supposer qu'il existe, résulte également d'une situation de trop perçu et non d'une faute de l'organisme payeur. Dans ces conditions, les conclusions tendant à la condamnation de la caisse d'allocations familiales du Nord doivent être rejetées, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie pour information sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.
Le magistrat désigné,
signé
J.M. Riou
La greffière,
signé
I.Baudry
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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