Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205253
mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2205253 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | juge unique (6) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 juillet 2022 et le 11 août 2022, M. C A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision du 16 décembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié un trop-perçu de revenu de solidarité active d'un montant de 18 192,32 euros (INK/002) pour la période de juin 2018 à juillet 2020.
Il soutient que :
- il n'a jamais perçu de revenu de solidarité active pour la période retenue ;
- il a vécu en Espagne pour s'occuper de sa mère malade tandis que sa femme est restée en France de sorte que l'indu ne peut être que moindre ;
- il vit depuis le mois de juin 2019 en Espagne.
Par un mémoire, enregistré le 31 juillet 2023, le département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
A titre principal :
- la requête est irrecevable pour défaut de recours administratif préalable obligatoire contre la décision de récupération de l'indu ;
A titre subsidiaire :
- l'indu trouve son origine dans la dissimulation de sa résidence en Espagne ;
- l'omission répétée de déclaration auprès des services de la caisse de son changement d'adresse constitue une intention frauduleuse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Riou a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, allocataire du revenu de solidarité active, a fait l'objet d'un contrôle par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Nord le 3 novembre 2020. L'enquête a décelé que l'allocataire avait dissimulé son séjour à l'étranger, en Espagne, depuis le mois de mars 2018. Le réexamen de ses droits au revenu de solidarité active a entraîné un trop-perçu de 18 192,32 euros pour la période du 1er juillet 2018 au 31 juillet 2020 (créance INK/002), notifié le 16 décembre 2020. Le dossier de M. A a été soumis au comité d'études des cas présumés frauduleux du département du Nord qui a préconisé de retenir la qualification de dette frauduleuse, confirmé par un courrier du 16 juin 2021 adressé à l'allocataire par le président du conseil départemental. Par un courrier du 16 mai 2022, M. A a contesté la qualification frauduleuse de l'indu. Le 2 juin 2022, le président du conseil départemental du Nord a rejeté le recours en lui opposant le caractère tardif de ce recours administratif. Un titre exécutoire formant avis des sommes à payer a été notifié le 2 juin 2021 à l'allocataire. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme contestant l'indu du 16 décembre 2020 qui a fait l'objet d'un recours administratif préalable le 11 mai 2022 et reçu le 20 mai 2022 par les services départementaux du Nord.
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
4. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 262-2, R. 262-5 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'ils mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le RSA ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du RSA est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
5. A la suite du rapport d'enquête précité de la caisse d'allocations familiales du Nord, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, la résidence stable et effective de Mme et M. A a été regardée comme se situant en Espagne dans la région d'Alicante et non en France, pour l'ensemble de la période de juillet 2018 à juillet 2020.
6. Si M. A admet dans ses écritures avoir transféré son foyer, composé de son épouse et lui, en Espagne à compter du mois de juin 2019 et avoir lui-même résidé en Espagne depuis juin 2018, il allègue que son épouse serait restée en France entre juillet 2018 et mai 2019 et que lui-même serait retourné en Espagne entre décembre 2018 et mars 2019, sans autre précision. Or, il résulte du rapport de la caisse d'allocations familiales du Nord que le requérant est propriétaire d'un bien immobilier à Moreira en Espagne. M et Mme A sont tous les deux titulaires du " numero de Identidad Extranjero " (NIE) nécessaire pour résider légalement en Espagne. M. A ne possède plus aucun compte bancaire en France depuis 2015 et l'examen du relevé de compte de Mme A transmis par la caisse d'épargne fait état de prélèvements automatiques effectués pour les assurances et opérateurs téléphoniques alors que les autres dépenses des époux en France sont rares, la plupart étant liées à des soins de santé. Au contraire, Mme et M. A sont titulaires d'un compte bancaire, depuis 2017 auprès d'une banque espagnole dénommée Revolut. Des transactions financières régulières de Mme A en Espagne, ainsi que sur internet dans la région d'Alicante, sont relevées depuis mars 2018. De surcroît, l'agent assermenté de la caisse a fait usage de son droit de communication auprès du centre des Impôts de Lille qui confirme que M. A a vendu le bien immobilier qui se situait à Lille, adresse indiquée dans le rapport d'enquête, à son fils, B, depuis le 24 septembre 2019.
7. Pour contester ces éléments, M. A n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations et ne justifie pas, en particulier, de la résidence de son épouse en France, de sorte qu'il ne peut, en tout état de cause, invoquer une erreur de calcul de l'indu de ce fait, ou de ce que les séjours en France auraient duré au moins un mois civil complet. Par suite, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 18 192,32 euros.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit nécessaire d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par le président du conseil départemental du Nord, que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 16 décembre 2020 lui notifiant un trop-perçu de revenu de solidarité active doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au département du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe 26 juin 2024.
Le magistrat désigné,
signé
J.M. Riou
La greffière,
signé
I.Baudry
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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