Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205328
mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2205328 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | juge unique (6) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2022, M. C A B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Nord, statuant sur recours administratif préalable obligatoire, a rejeté sa demande de prise en compte de ses deux enfants pour la détermination de ses droits à l'allocation de revenu de solidarité active ;
2°) d'annuler la décision par laquelle " le conseil départemental " a rejeté sa demande de prise en compte de ses deux enfants pour la détermination de ses droits à l'allocation d'aide personnalisée au logement.
Il soutient que :
- il a la garde effective de ses deux filles en alternance avec son ex-épouse, conformément au jugement du tribunal judiciaire de Saint-Quentin du 16 juillet 2020 ;
- dès lors, ses deux enfants, en situation de garde alternée, doivent être prises en compte pour le calcul de l'allocation d'aide personnalisée au logement et de celle du revenu de solidarité active.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2023, le département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le requérant ne peut pas prétendre à une majoration de l'allocation qui lui est versée au titre du revenu de solidarité active dès lors qu'il ne démontre pas l'existence d'une résidence alternée mise en œuvre de façon effective et équivalente de nature à remettre en cause le jugement du juge aux affaires familiales en date du 16 juillet 2020 fixant la résidence habituelle des enfants au domicile de leur mère.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lançon, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Lançon a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 16 mars 2022, la caisse d'allocations familiales du Nord a refusé à M. A B la prise en compte de ses deux filles dans le calcul de ses droits à l'allocation de revenu de solidarité active. Par une décision du 24 juin 2022, prise sur recours administratif préalable obligatoire formé en application de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, le président du conseil départemental du Nord a confirmé cette décision. Par sa requête, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 24 juin 2022 précitée ainsi que celle lui refusant la prise en compte de ses enfants pour le calcul de ses droits à l'allocation d'aide personnalisée au logement.
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation () ". L'article R. 612-1 du même code dispose que : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. / () / La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 ".
3. Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction de de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement () par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur () ". Il résulte de ces dispositions que la personne qui entend contester une décision relative à l'aide personnalisée au logement doit obligatoirement, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable devant l'autorité compétente. Seule la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable obligatoire est susceptible d'être déférée devant le tribunal, en ce qu'elle se substitue à la décision initiale.
4. Par la présente requête, M. A B entend contester la décision lui refusant la prise en compte de ses deux filles pour le calcul de ses droits en matière d'aide personnalisée au logement. Toutefois, il ne joint pas cette décision à sa requête et ne justifie pas plus dans sa requête avoir formé préalablement à la saisine du tribunal le recours administratif prévu par l'article L. 825-2 du code de la construction de de l'habitation. Malgré l'invitation qui lui était faite par un courrier du 15 juillet 2022 qui comportait également la mention suivant laquelle sa demande sera rejetée en cas de défaut de régularisation, et porté à sa connaissance le même jour, M. A B n'a pas régularisé sa requête dans le délai de deux mois qui lui était imparti. En outre, contrairement à ce qu'écrit le requérant, la décision du 24 juin 2022 du président du conseil départemental du Nord ne porte que sur ses droits en matière d'allocation de revenu de solidarité active et non sur le calcul de son allocation d'aide personnalisée au logement. Par suite, les conclusions de sa requête, dirigées contre le refus de prise en compte de ses enfants pour la détermination de ses droits à l'aide personnalisée au logement, doivent être regardées comme étant manifestement irrecevables et rejetées.
5. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. (). " Aux termes de l'article L. 262-9 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : / 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; / () / Est considérée comme isolée une personne () divorcée, (), qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. () ". L'article R. 262-1 de ce code dispose : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 applicable à un foyer composé d'une seule personne est majoré de 50 % lorsque le foyer comporte deux personnes. Ce montant est ensuite majoré de 30 % pour chaque personne supplémentaire présente au foyer et à la charge de l'intéressé. () ". Enfin, selon l'article R. 262-3 du même code : " Pour le bénéfice du revenu de solidarité active, sont considérés comme à charge : / 1° Les enfants ouvrant droit aux prestations familiales ; / 2° Les autres enfants et personnes de moins de vingt-cinq ans qui sont à la charge effective et permanente du bénéficiaire à condition, lorsqu'ils sont arrivés au foyer après leur dix-septième anniversaire, d'avoir avec le bénéficiaire ou son conjoint, son concubin ou le partenaire lié par un pacte civil de solidarité un lien de parenté jusqu'au quatrième degré inclus. / () ".
6. Pour calculer le montant forfaitaire mentionné au second alinéa de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, ainsi que pour déterminer le droit d'une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants à la majoration de ce montant forfaitaire en application de l'article L. 262-9 du même code, doivent être regardés comme à la charge de l'allocataire du revenu de solidarité active (RSA) les enfants ouvrant droit aux prestations familiales, ainsi que les autres enfants à sa charge effective et permanente, sous réserve des conditions définies au 2° de l'article R. 262-3 du même code. Eu égard à l'objet du RSA, qui est notamment, en vertu de l'article L. 262-1 du même code, d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, lorsqu'un parent allocataire du RSA bénéficie pour son enfant, conjointement avec l'autre parent dont il est divorcé ou séparé de droit ou de fait, d'un droit de résidence alternée qui est mis en œuvre de manière effective et équivalente, ce parent doit être regardé comme assumant la charge effective et permanente de l'enfant et a droit, sauf accord contraire entre les parents ou mention contraire dans une décision du juge judiciaire, au bénéfice de la moitié de la majoration pour enfant à charge du montant forfaitaire mentionné au second alinéa de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles et, s'il en remplit les autres conditions, de la moitié de la majoration pour parent isolé mentionnée à l'article L. 262-9 du même code.
7. Toutefois, compte tenu des incidences possibles de ce partage sur les droits de l'autre parent, susceptible de bénéficier lui aussi du RSA, il appartient au parent qui sollicite une telle répartition d'établir l'existence d'une résidence alternée mise en œuvre de manière effective et équivalente, laquelle doit être présumée s'il fournit à l'organisme chargé du service du RSA, à défaut de partage de la charge de l'enfant pour le calcul des allocations familiales, une convention homologuée par le juge aux affaires familiales, une décision de ce juge ou un document attestant de l'accord existant entre les parents sur ce mode de résidence.
8. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active (RSA), il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
9. Il résulte de l'instruction que M. A B est allocataire du revenu de solidarité active en tant que personne isolée. Par un jugement du 16 juillet 2020, le juge aux affaires familiales du tribunal judicaire de Saint-Quentin a prononcé le divorce des époux, fixé la résidence habituelle des enfants chez leur mère, et à défaut de meilleur accord des parties, a accordé à M. A B un droit de visite et d'hébergement, en période scolaire les fins de semaines paires du vendredi à la sortie des classes au lundi matin à la rentrée des classes, ainsi que les milieux de semaines impaires du mardi à la sortie des classes au jeudi à la rentrée des classes, durant les petites vacances scolaires la première moitié les années paires et la seconde moitié les années impaires, durant les vacances scolaires d'été les première et troisième quinzaines les années paires et les deuxième et quatrième quinzaine les années impaires. Si M. A B soutient disposer d'une garde alternée effective en assurant la garde de ses filles du vendredi au jeudi une semaine sur deux, il ne l'établit par aucune pièce. Il ne résulte ainsi pas de l'instruction que les mesures précitées retenues par le juge aux affaires familiales le 16 juillet 2020 ne seraient plus en vigueur et que les parents auraient d'un commun accord décidé de faire évoluer les modalités de garde de leurs filles au profit d'une résidence alternée effective et équivalente. Dans ces conditions, M. A B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le président du conseil départemental du Nord a refusé de prendre en compte la situation de résidence alternée de ses enfants dans le calcul du montant de son allocation de revenu de solidarité active. En conséquence, la requête de M. A B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au département du Nord.
Copie sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.
La magistrate désignée,
signé
L.-J. LançonLa greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2205328
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