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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205622

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205622

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205622
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (6)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a examiné la requête de Mme B contestant la décision du 2 juin 2022 de la commission de recours amiable de la CAF du Nord, qui maintenait un indu d'aide au logement familial de 1 543 euros pour 2021. La requérante invoquait un divorce à l'amiable et une garde alternée des enfants. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que, conformément à la jurisprudence du Conseil d'État, les enfants en garde alternée sont réputés vivre habituellement au foyer de chaque parent, justifiant le partage de l'allocation de logement familial. La solution s'appuie sur les dispositions du code de la sécurité sociale et du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juillet 2022 et le 15 septembre 2022, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 2 juin 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Nord a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 21 décembre 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié un trop-perçu d'aide au logement familial au cours de l'année 2021.

Elle soutient que :

- la dette de revenu de solidarité active a été effacée ;

- elle a divorcé à l'amiable avec son ex-conjoint ; ils se sont mis d'accord pour le partage, seulement, de l'allocation de logement familial ;

- les enfants se trouvent sous le régime de la garde alternée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2023, le président du conseil départemental du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'est pas compétent en matière d'aide au logement familial ;

- il n'y a plus lieu de statuer sur les indus de revenus de solidarité active dès lors que par une décision du 10 juin 2022, il a été accordé à Mme B une remise totale du solde de l'ensemble de ses dettes de revenu de solidarité active.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2024, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- par des décisions du 21 juillet 2017, le Conseil d'Etat a jugé que les enfants en situation de garde alternée doivent être regardés comme vivant habituellement au foyer de chacun des parents ;

- les enfants doivent être pris en compte pour le calcul de l'aide personnalisée au logement ;

- il y a lieu de partager la charge des enfants dans le calcul de l'allocation de logement familial des parents.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Cotte, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Cotte a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B bénéficie du revenu de solidarité active et de l'allocation de logement familial. L'ex-conjoint de la requérante a saisi la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Nord afin d'obtenir le partage de l'ensemble des prestations versées. Par une décision du 21 octobre 2021, la commission a décidé de partager entre les deux parents l'allocation de logement familial ainsi que le revenu de solidarité active.

2. A la suite de cette décision, la caisse d'allocations familiales du Nord a procédé au réexamen des droits de l'allocataire. L'intéressée s'est vue notifier, le 21 décembre 2021, des indus d'allocation de logement familial d'un montant de 1 543 euros pour la période de janvier à novembre 2021 et de revenu de solidarité active d'un montant de 4 233,33 euros pour la période de mars à novembre 2021. Par une décision du 28 janvier 2022, un second indu de revenu de solidarité active d'un montant de 524,67 euros pour la période de décembre 2021 à janvier 2022 a été notifiée à Mme B.

3. Par un courrier du 17 janvier 2022, elle a formé un recours administratif préalable contre la décision du 21 décembre 2021. Par une décision du 10 juin 2022, le président du conseil départemental du Nord a accordé une remise totale des indus de revenu de solidarité active à la charge de l'allocataire.

4. Par un courrier du 28 janvier 2022, elle a saisi la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales contre la décision lui notifiant un indu d'allocation de logement familial. Par une décision du 2 juin 2022, le directeur par intérim, après avis de la commission de recours amiable, a rejeté son recours administratif préalable obligatoire.

5. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du 2 juin 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Nord a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 21 décembre 2021 par laquelle le directeur de la caisse lui a notifié un trop-perçu d'aide au logement familial.

Sur l'office du juge :

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de la sécurité sociale : " Les allocations sont versées à la personne qui assume, dans quelques conditions que ce soit, la charge effective et permanente de l'enfant. / En cas de résidence alternée de l'enfant au domicile de chacun des parents telle que prévue à l'article 373-2-9 du code civil, mise en oeuvre de manière effective, les parents désignent l'allocataire. Cependant, la charge de l'enfant pour le calcul des allocations familiales est partagée par moitié entre les deux parents soit sur demande conjointe des parents, soit si les parents sont en désaccord sur la désignation de l'allocataire. Un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions d'application du présent alinéa. / () / Un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions d'application du présent article, notamment dans les cas énumérés ci-dessous : / () / c) divorce, séparation de corps ou de fait des parents ; / () ". Aux termes de l'article R. 521-2 du même code : " Dans les situations visées au deuxième alinéa de l'article L. 521-2, l'allocataire est celui des deux parents qu'ils désignent d'un commun accord. A défaut d'accord sur la désignation d'un allocataire unique, chacun des deux parents peut se voir reconnaître la qualité d'allocataire : / 1° Lorsque les deux parents en ont fait la demande conjointe ; / () ".

8. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent : / () / 2° Les allocations de logement : / a) L'allocation de logement familiale ; / () ". Aux termes de l'article L. 823-2 du même code : " Pour effectuer le calcul découlant du 1° de l'article L. 823-1, l'enfant à charge est rattaché à la personne qui en assume la charge effective et permanente. / En cas de résidence alternée de l'enfant au domicile de chacun des parents telle que prévue à l'article 373-2-9 du code civil, mise en œuvre de manière effective, les parents désignent le bénéficiaire de l'aide. / Cependant, la charge de l'enfant pour le calcul des aides personnelles au logement est partagée entre les deux parents allocataires, soit sur demande conjointe des parents, soit si les parents sont en désaccord sur la désignation du bénéficiaire, selon des modalités définies par voie réglementaire. ".

9. Pour l'application des articles précités du code de la construction et de l'habitation, les enfants en situation de garde alternée doivent être regardés comme vivant habituellement au foyer de chacun de leurs deux parents. Ils doivent, par suite, être pris en compte pour le calcul de l'aide personnalisée au logement sollicitée, le cas échéant, par chacun des deux parents, qui ne peut toutefois prétendre à une aide déterminée sur cette base qu'au titre de la période cumulée pendant laquelle il accueille l'enfant à son domicile au cours de l'année.

10. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la requérante et son ex-conjoint ont décidé d'un commun accord de se partager la garde de leurs cinq enfants lors de leur séparation en décembre 2020. L'ex-conjoint de Mme B ayant demandé et obtenu le partage de l'allocation au logement familial, il en est résulté des trop-perçus de cette prestation pour l'intéressée au titre de l'année 2021. Mme B ne contestant pas la situation de garde alternée, ni le fait d'avoir perçu la totalité de l'aide au logement familial au cours de l'année 2021, elle n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 2 juin 2022, par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord par intérim, après avis de la commission de recours amiable, a rejeté son recours administratif préalable obligatoire.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la caisse d'allocations familiales du Nord, au département du Nord et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

O. Cotte

La greffière,

signé

C. Lejeune

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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