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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205693

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205693

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205693
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille a rejeté la requête de M. A, qui contestait l'arrêté du préfet du Nord du 2 juin 2022. Cet arrêté ordonnait le dessaisissement de ses armes, lui interdisait d'en acquérir ou détenir, l'inscrivait au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et retirait la validation de son permis de chasser. Le tribunal a d'abord écarté le moyen d'incompétence, le signataire ayant reçu délégation. Sur le fond, il a jugé que le préfet avait pu légalement se fonder sur la condamnation de M. A pour violences conjugales en 2016 pour estimer que son comportement était incompatible avec la détention d'armes, sans erreur d'appréciation au regard des articles L. 312-11 et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure et L. 423-15 du code de l'environnement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juillet 2022 et le 18 juillet 2023, M. C A, représenté par la SCP d'avocats Action-Conseils, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2022 par lequel le préfet du Nord a ordonné le dessaisissement de ses armes dans un délai de trois mois à compter de sa notification, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et a retiré la validation de son permis de chasser ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de retirer la mention dans le fichier national des interdits de détention d'armes et de lui restituer la validation de son permis de chasser dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 10 février 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leclère,

- et les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 juin 2022 par lequel le préfet du Nord a ordonné le dessaisissement de ses armes dans un délai de trois mois à compter de sa notification, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et a retiré la validation de son permis de chasser.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 14 janvier 2022, publié le même jour au recueil n° 10 des actes administratifs de la préfecture, M. B, sous-préfet de Valenciennes, a reçu délégation afin de signer, notamment, les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. / () ". Aux termes de l'article L. 312-13 du même code : " Il est interdit aux personnes ayant fait l'objet de la procédure prévue à la présente sous-section d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie. / Cette interdiction est levée par le représentant de l'Etat dans le département s'il apparaît que l'acquisition ou la détention d'armes, de munitions et de leurs éléments par la personne concernée n'est plus de nature à porter atteinte à l'ordre public ou à la sécurité des personnes. ". Aux termes de l'article R. 312-67 de ce code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ;/ () ". Enfin, il résulte des articles L. 312-16 et R. 312-77 de ce même code qu'un fichier national automatisé nominatif mis en œuvre par le ministère de l'intérieur, dénommé " Fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes " (FINIADA), recense notamment les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-13 dudit code.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'environnement : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : () 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure. () ". Aux termes de l'article R. 423-24 de ce code : " Lorsque le préfet est informé du fait que le titulaire d'un permis de chasser revêtu de la validation annuelle ou temporaire se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 423-15 ou à l'article L. 423-25, il procède au retrait de la validation. Lorsque le préfet retire la validation du permis de chasser, le titulaire doit lui remettre son document de validation. Le droit de timbre, les redevances cynégétiques, les cotisations, les contributions et les participations acquittés ne sont pas remboursés. ".

5. En l'espèce, pour adopter la décision en litige, le préfet du Nord s'est fondé sur la circonstance que M. A a été condamné, le 30 novembre 2016, par la cour d'appel de Douai à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civile de solidarité, commis le 18 mai 2015 et en a déduit que le comportement de l'intéressé laissait craindre une utilisation dangereuse pour lui-même ou pour autrui des armes qu'il détenait et s'avérait incompatible avec une telle détention.

6. Si, ainsi que le soutient M. A, ces faits sont isolés et présentent une relative ancienneté, ils demeurent d'une particulière gravité. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que dans le cadre de la mise à l'épreuve de deux ans prononcée à son encontre par la cour d'appel de Douai, M. A avait l'obligation de se soumettre à des mesures d'examen, de contrôle, de traitement ou de soins. Or, il n'est ni soutenu ni établi que M. A se serait conformé à ce suivi, la seule attestation produite étant celle d'un psychiatre datant du 19 octobre 2016. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que, par un avis du 15 mars 2022, l'autorité judicaire de Valenciennes a émis un avis défavorable quant à la détention d'armes par M. A, estimant une telle détention " inconcevable ". Par suite, et en l'état du dossier, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord a entaché l'arrêté attaqué d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions afin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction et d'astreinte et celles liées aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Baillard, président,

- Mme Leclère, première conseillère,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. LECLÈRE

Le président,

Signé

B. BAILLARD La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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