mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2206227 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (6) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 août 2022 et le 30 août 2022, Mme C B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 juillet 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a mis à sa charge un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais sur la demande qu'elle lui a adressée le 16 août 2022 et tendant à l'annulation des indus mis à sa charge pour un montant total de 6 297,51 euros, correspondant notamment à des indus d'aide personnalisée au logement (IN5/005), de revenu de solidarité active (INL/005) et de prime d'activité (IM1/004) pour la période de novembre 2020 à février 2022 ;
3°) " de diminuer le montant des remboursements ".
Elle soutient que :
- elle vivait seule contrairement à ce que retient la caisse d'allocations familiales ; si elle a déclaré connaître le père de son enfant lors d'un contrôle, suite à la déclaration de sa grossesse, elle ne vit pas avec lui ; elle a été obligée de déclarer une communauté de vie ;
- elle se trouve en situation de surendettement ;
- sa situation financière justifie un étalement des paiements.
Par un mémoire, enregistré le 8 juin 2023, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- Mme B n'a pas formé de recours amiable obligatoire avant tout recours contentieux bien qu'elle ait eu connaissance des voies de recours ;
- elle a procédé au remboursement intégral de ses dettes le 22 novembre 2022 pour un montant de 3 137,15 euros.
La requête a été communiquée au département du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2022-1569 du 14 décembre 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Cotte, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Cotte a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. À la suite d'un contrôle effectué par un agent agréé et assermenté le 19 novembre 2021, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a informé Mme B le 2 décembre 2021 que les éléments recueillis remettaient en cause ses déclarations de situation d'isolement, en ce qu'ils permettaient de constater une vie commune avec le père de son enfant. Le 13 juillet 2022, la caisse l'a informée que ses fausses déclarations étaient qualifiées de fraude aux prestations sociales. Le réexamen de ses droits a conduit à la notification, le 13 juillet 2022, d'indus d'aide personnalisée au logement, d'aide exceptionnelle de fin d'année, de revenu de solidarité active et de prime d'activité pour un montant total de 6 297,51 euros pour la période de novembre 2020 à février 2022. Le 16 août 2022, Mme B a contesté le bien-fondé des indus auprès de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais. En l'absence de réponse, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais, doit être regardée comme ayant rejeté implicitement la contestation présentée par l'intéressée, de même que le président du conseil départemental du Pas-de-Calais à qui le recours est réputé avoir été transmis en vertu des dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, s'agissant de l'indu de revenu de solidarité active. Par la présente requête, Mme B conteste le rejet implicite de son recours administratif préalable obligatoire.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Il résulte des dispositions des articles L. 825-2 du code de la construction de de l'habitation et L. 845-2 du code de la sécurité sociale que les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement d'une part et de prime d'activité d'autre part doivent, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, faire l'objet d'un recours administratif auprès de l'organisme payeur dans le premier cas et auprès de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales dans le second.
3. Il résulte de l'instruction que Mme B a adressé à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais une réclamation pour contester les indus mis à sa charge. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la caisse en défense, tirée de l'absence d'exercice du recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions précitées, ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'office du juge :
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
En ce qui concerne le cadre juridique :
5. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". L'article L. 262-3 du même code dispose que : " L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ".
6. Aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Selon l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L.842-3 est composé : 1° du bénéficiaire ; 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité () ".
7. Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant de l'aide personnalisée au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1. La situation de famille du demandeur de l'aide occupant le logement et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; () ". Selon l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. / Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de la période mentionnée au 1° de l'article R. 822-3 précédant la période de paiement prévue par l'article R. 823-6 et qui y résident encore au moment de la demande de l'aide ou du réexamen du droit à celle-ci. ". Est assimilé au conjoint mentionné à l'article R. 822-2 la personne vivant en concubinage avec le bénéficiaire de l'aide personnalisée au logement ou le partenaire lié à celui-ci par un pacte civil de solidarité et la notion de couple s'applique aux personnes mariées, vivant en concubinage ou liées par un pacte civil de solidarité.
8. Aux termes de l'article 3 du décret du 14 décembre 2022, visé ci-dessus, portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d''année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : "
Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2022 ou, à défaut, du mois de décembre 2022, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. / Une seule aide est due par foyer. ".
9. Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ".
10. Pour le bénéfice du revenu de solidarité active, de la prime d'activité et de l'aide personnalisée au logement, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles pour le revenu de solidarité active, par l'article R. 842-3 du code de la sécurité sociale pour la prime d'activité et par l'article R. 822-2 du code de la construction et de l'habitation pour l'aide personnalisée au logement. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
En ce qui concerne le bien-fondé des indus :
11. Il résulte de l'instruction que l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales a constaté dans son procès-verbal, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire ainsi que le précise l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, une reprise de vie commune entre Mme B et M. A au vu de plusieurs éléments concordants, dont l'adresse déclarée par M. A à sa banque le 23 septembre 2020, qui correspond au domicile de Mme B, et les déclarations de son bailleur selon lesquelles M. A a communiqué cette même adresse après l'expiration de son bail le 23 septembre 2020. En outre, lors de son arrêt de maladie le 20 septembre 2021, M. A a communiqué à la sécurité sociale l'adresse de l'intéressée. Mme B et M. A ont également eu un enfant le 21 avril 2021. En application des articles L. 114-9 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale, la caisse d'allocations familiales a obtenu des informations bancaires permettant de constater que M. A paie un abonnement de télévision depuis le 7 avril 2021 à l'adresse de Mme B. Bien que la requérante affirme vivre seule, ne pas être prête à vivre avec le père de son enfant, et avoir été contrainte de " se déclarer avec lui ", et ajoute qu'elle prend en charge l'entretien de son logement, ses allégations ne remettent pas en cause les conclusions du rapport, d'autant qu'elle admet avoir versé une somme de 123 euros par mois à M. A en raison d'un crédit contracté avec lui, et que certains courriers arrivaient à son domicile. Par suite, Mme B ne remettant pas sérieusement en cause les conclusions du rapport de l'agent, les indus de revenu de solidarité active, d'allocation personnalisée au logement, de de prime d'activité et d'aide exceptionnelle de fin d'année sont fondés.
12. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 13 juillet 2022 relative à l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, ni de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais sur la demande adressée le 16 août 2022, concernant les indus d'aide personnalisée au logement (IN5/005), de revenu de solidarité active (INL/005), et de prime d'activité (IM1/004).
Sur l'échelonnement des différents indus :
13. Mme B fait valoir que le montant des retenues mensuelles sur ses prestations, fixé par la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais à 450 euros, puis augmenté à 750 euros, est trop élevé compte tenu de sa situation financière. Elle demande donc au tribunal de lui accorder un étalement du remboursement de sa dette. Toutefois, il n'appartient pas au juge administratif de se substituer à la caisse d'allocations familiales ou au département pour échelonner le paiement d'une somme due à l'administration. Par conséquent, la demande de Mme B visant à obtenir un étalement du remboursement de sa dette doit être rejetée. De plus, il résulte des écritures de la caisse d'allocations familiales, non contestées par l'intéressée, que celle-ci a procédé au remboursement intégral de ses dettes le 22 novembre 2022.
Sur la demande de remise gracieuse :
14. À supposer que Mme B ait entendu, par ses écritures, demander la remise gracieuse des indus mis à sa charge, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ait effectivement formé une telle demande auprès des autorités compétentes. De plus, les indus résultent d'une omission intentionnelle de déclaration de changement de situation de sa part. Par conséquent, Mme B ne satisfait pas aux conditions de bonne foi requises pour une remise gracieuse.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au département du Pas-de-Calais, au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Copie pour information sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
O. Cotte
La greffière,
signé
B. Deltour
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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