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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2206283

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2206283

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2206283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationjuge unique (2)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. A, qui contestait la décision du ministre de l'intérieur du 25 mai 2022 constatant la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul. Le juge unique a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'insuffisance de motivation, le défaut d'information préalable aux retraits de points, et l'erreur de fait concernant l'heure d'une infraction. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de la route et du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 août 2022, M. C A, représenté par Me Sailly, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48 SI du 25 mai 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision contestée ait été signée par une personne qui était compétente pour ce faire ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée, ne répondant pas aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il n'est pas établi que, préalablement à chaque retrait de points, il ait bénéficié des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la décision contestée fait état d'une infraction commise le 8 février 2022 à 16 h 20 à Beussent mais cette infraction n'existe pas dès lors que, s'il a effectivement commis une infraction sur le territoire de cette commune le même jour ce n'est pas à 16 h 20 mais à 16 h 07 ; l'infraction qui lui est reprochée n'existe donc pas ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 10 novembre 2023 à 12 h 00 par une ordonnance du 16 octobre 2023.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 16 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. Fabre pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Sur sa proposition, le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative par le président de la formation de jugement.

A été entendu au cours de l'audience publique du 10 septembre 2024 le rapport de M. Fabre, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 25 mai 1994 à Montreuil sur Mer, a commis une série d'infractions au code de la route, répertoriées dans son relevé d'information intégral. Par une décision 48 SI du 25 mai 2022, dont le requérant demande l'annulation, le ministre de l'intérieur l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée, pour le ministre de l'intérieur et par délégation par Mme D B, cheffe du bureau national des droits à conduire, qui était compétente pour ce faire en vertu d'une décision ministérielle du 28 janvier 2020, régulièrement publiée au Journal Officiel de la République française du 31 janvier 2020. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit ainsi, et en tout état de cause, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée fait état des textes dont elle fait application et rappelle les différents retraits de points aboutissant à cette décision, précisant les lieu, date et heure pour chacune des infractions en cause. Par suite, et en tout état de cause, la décision contestée est suffisamment motivée. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".

5. La décision 48 SI contestée fait état d'une infraction commise le 8 février 2022 à 16 h 20 à Beussent et la même mention apparaît sur le relevé d'information intégral de l'intéressé. Il ressort par ailleurs des pièces produites en défense que l'intéressé a fait l'objet d'un procès-verbal, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, le 8 février 2022 à 16 h 20 pour une infraction commise à cette même date et heure, pour " transport de passagers en nombre supérieur à celui des places assises mentionné dans le certificat d'immatriculation du véhicule à moteur ", infraction pour laquelle un retrait de trois points est prévu. Par ailleurs, la mention AF correspondant à cette infraction et figurant sur le relevé d'information intégral, établit la réalité de l'infraction par application des dispositions citées au point précédent. Le requérant ne peut enfin utilement faire état d'un avis d'amende forfaitaire délictuelle pour une infraction différente, à savoir " conduite d'un véhicule avec un permis de conduire d'une catégorie n'autorisant pas sa conduite ", ayant été commise à un autre moment, à savoir le 8 février 2022 à 16 h 07.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'infraction commise le 12 mai 2017 à 16 h 35 à Verchocq et celle du 14 juillet 2020 à 00 h 55 à Dennebroeucq ont donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal, dressé avec un appareil électronique sécurisé. M. A a alors pris connaissance des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route sous lesquelles il a signé. Par ailleurs, s'agissant des infractions commises les 19 octobre 2016 à 22 h 35 et 8 février 2022 à 16 h 20, il ressort du relevé d'information intégral que le requérant s'est acquitté des amendes forfaitaires afférentes à ces infractions. Il a ainsi nécessairement reçu des avis comportant les informations prévues par les articles L. 222-3 et R. 223-3 du code de la route, le requérant n'apportant pas d'éléments de nature à établir que ces documents auraient été inexacts ou incomplets. Enfin, pour ce qui est de la décision de retrait d'un point afférente à l'infraction commise le 25 octobre 2019 à 21 h 42 à Attin, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dès lors que le point retiré du fait de cette infraction lui a été restitué le 12 juillet 2020, ce dont il n'est pas contesté qu'il a été tenu compte pour le calcul des points ayant donnés lieu à la décision 48 SI.

7. En cinquième et dernier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des difficultés personnelles, familiales et professionnelles qu'entraîne la décision 48 SI pour en contester la légalité.

8. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIERE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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