mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2206907 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (3) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Desfarges, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 mai 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté son recours préalable obligatoire exercé contre la décision du 2 février 2022 lui notifiant un indu d'un montant de 9 919,47 euros au titre du revenu de solidarité active ;
2°) de le décharger de la somme de 9 919,47 euros ;
3°) à titre subsidiaire de lui accorder la remise totale de sa dette ;
4°) de mettre à la charge du département du nord une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision en litige méconnait les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale en tant qu'elle ne l'a pas informé de l'usage du droit de communication des informations le concernant ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles ;
- elle n'est pas motivée en droit et en fait ; elle ne comporte pas les bases de calcul ;
- elle a méconnu ses droits de la défense en ce qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire, en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et qu'il n'a pas reçu communication des conclusions du contrôle de sa situation ; elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;
- compte tenu de sa bonne foi, il peut bénéficier du droit à l'erreur prévu par les dispositions des articles L. 123-1 et L. 123-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la caisse d'allocations familiales et le département n'ont pas respecté à son égard leur devoir d'information résultant des articles L. 583-1 et R. 112-2 du code de la sécurité sociale ;
- il est de bonne foi et dans une situation financière précaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, le département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 10 mai 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté son recours préalable obligatoire exercé contre la décision du 2 février 2022 lui notifiant un indu d'un montant de 9 919,47 euros au titre du revenu de solidarité active.
Sur la régularité :
2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que par un arrêté n° AR-DAJAP/2021/554 du 15 juillet 2021, le président du conseil départemental du Nord a donné délégation à Madame D E, responsable du pôle droits et devoirs des allocataires du RSA, signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer, tous courriers et tous actes et décisions dans le cadre d'une procédure administrative conduisant à la prise d'une décision par une des autorités décisionnaires du département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique comporte une mention explicite en informant l'intéressé. Les règles définissant ce traitement ainsi que les principales caractéristiques de sa mise en œuvre sont communiquées par l'administration à l'intéressé s'il en fait la demande. / Les conditions d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 311-3-1-2 du même code : " L'administration communique à la personne faisant l'objet d'une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, à la demande de celle-ci, sous une forme intelligible et sous réserve de ne pas porter atteinte à des secrets protégés par la loi, les informations suivantes : 1° Le degré et le mode de contribution du traitement algorithmique à la prise de décision ; 2° Les données traitées et leurs sources ; 3° Les paramètres de traitement et, le cas échéant, leur pondération, appliqués à la situation de l'intéressé ; 4° Les opérations effectuées par le traitement. ".
4. Si le requérant soutient que la décision en litige repose sur un traitement algorithmique et méconnaît les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, il résulte toutefois de l'instruction que cette décision a été prise à la suite d'un contrôle réalisé par un agent de la caisse d'allocations familiales du Nord en septembre 2021. Dès lors, la décision attaquée ne peut être regardée comme fondée sur un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-16 du code de l'action sociale et des familles : " Le service du revenu de solidarité active est assuré, dans chaque département, par les caisses d'allocations familiales () ". Aux termes de l'article L. 262-40 de ce code : " () Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale. () ".
6. Aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale, dans sa version applicable au litige : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes ; () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".
7. Il résulte des dispositions de l'article L. 262-16 du code de l'action sociale et des familles, rappelées au point précédent, que les caisses d'allocations familiales, chargées du service du revenu de solidarité active, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales s'attachant, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale.
8. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement de l'indu, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au revenu de solidarité active ou de récupérer un indu de cette prestation, de la teneur et de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée.
9. Enfin, les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, leur méconnaissance par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
10. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête établi le 28 janvier 2022, que l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Nord a pris contact notamment avec la mère du requérant mais également avec huit établissements dont la caisse primaire d'assurance maladie et l'établissement bancaire de l'intéressé. Il résulte également de l'instruction, notamment des termes de ce rapport d'enquête, dont les constatations et énonciations matérielles font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. B n'a pas été informé de l'exercice par la caisse d'allocations familiales de son droit de communication auprès de tiers et de la possibilité qui lui était offerte d'obtenir communication des documents ainsi obtenus. Toutefois, dès lors qu'il n'est pas établi que M. B, qui avait nécessairement connaissance des éléments consultés et retenus par l'agent de la caisse d'allocations familiales, a été privé de la possibilité de faire valoir ses droits ni privé d'une garantie, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale doit être écarté.
11. En quatrième lieu, en vertu du 1° du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles, une convention, conclue entre le département et chacun des organismes payeurs mentionnés à l'article L. 262-16, précise en particulier les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé. Le premier alinéa de l'article L. 262-47 du même code prévoit que : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 262-89 du même code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale ".
12. En l'espèce, aux termes de l'article 8-2 de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 30 août 2010 entre le département du Nord et l'association départementale des caisses d'allocations familiales du Nord en application du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " Les recours administratifs préalables aux recours contentieux ne sont pas transmis pour avis à la commission de recours amiable des CAF par le président du conseil général. ". Il résulte des dispositions précitées de la convention de gestion que, contrairement à ce que soutient le requérant, l'absence d'avis de la commission de recours amiable, qui ne peut être saisie que dans les conditions et limites prévues par la convention, n'entache pas d'irrégularité la procédure suivie par le département du Nord, dès lors que la convention en dispose autrement. Le moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable doit, dès lors, être écarté comme inopérant.
13. En cinquième lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
14. En l'espèce, la décision en litige mentionne la nature des prestations concernées, un indu de revenu de solidarité active, le montant réclamé, et le motif de la récupération, tiré du fait que M. B ne réside plus en France depuis le 24 février 2020. Elle mentionne l'obligation légale de déclarer à la caisse d'allocations familiales tout changement de sa situation, notamment avec la référence aux articles du code de l'action sociale et des familles relatifs aux séjours à l'étranger de plus de trois mois. Ainsi, la décision attaquée comprend les considérations de droit et de fait qui la fondent, avec suffisamment de précision pour permettre au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, la décision notifiant l'indu n'a pas à mentionner les éléments servant au calcul du montant de l'indu. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
15. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 du même code dispose que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () / 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale () sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction () ". En outre, aux termes de l'article R. 111-1 du code de la sécurité sociale : " I. L'organisation de la sécurité sociale comprend les organismes de sécurité sociale suivants : / 1° En ce qui concerne le régime général : () / b) La Caisse nationale des allocations familiales et des caisses d'allocations familiales () ".
16. Il résulte des dispositions précitées que M. B ne peut utilement soutenir que le rapport d'enquête aurait dû lui être communiqué ou que la décision attaquée devait être précédée d'une procédure contradictoire.
17. En dernier lieu, aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ". Les stipulations précitées ne sont applicables qu'aux procédures contentieuses suivies devant les juridictions lorsqu'elles statuent sur des droits ou obligations de caractère civil ou sur des accusations en matière pénale, et non aux procédures administratives. Au demeurant, il résulte de l'instruction que le requérant a formé le recours administratif préalable obligatoire suspensif prévu par l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, par lequel l'intéressé a contesté le motif de l'indu en cause.
Sur le bien-fondé :
18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familiales : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective (..) a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / () ". L'article R. 262-5 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ".
19. Aux de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".
20. Il résulte des articles L. 262-2, R. 262-5 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'ils mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
21. Aux termes de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés () le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations, le contrôle du respect des conditions de résidence et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. (). Les constatations établies à cette occasion par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. "
22. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête, établi le 28 janvier 2022, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. B résidait en Australie depuis le 24 février 2020. Il résulte de ce rapport, sans que le requérant ne remette en cause ces mentions, que les mouvements de sa carte bancaire sont effectués en Australie depuis le 24 février 2020 et que M. B a procédé à de fausses déclarations. M. B se borne à soutenir qu'il n'a pas perdu sa résidence stable et effective en France. Toutefois, il n'apporte aucun élément au soutient de cette allégation. Dans ces conditions, alors que les déclarations sont récurrentes et en l'absence de tout autre élément, la caisse d'allocations familiales du Nord a pu légalement estimer que l'intéressé ne remplissait pas, pour la période du 1er février 2020 au 30 septembre 2021, la condition de résidence stable et effective en France au sens des dispositions précitées et lui a demandé la répétition des sommes versées.
23. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration: " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude () ". Aux termes de l'article L. 123-2 de ce code : " Est de mauvaise foi, au sens du présent titre, toute personne ayant délibérément méconnu une règle applicable à sa situation. / En cas de contestation, la preuve de la mauvaise foi et de la fraude incombe à l'administration ".
24. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le président du conseil départemental du Nord a, notamment en produisant le rapport d'enquête établi par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Nord, rapporté la preuve de ce que M. B avait procédé à de fausses déclaration quant à sa résidence entre le 24 février 2020 et le 30 septembre 2021 et qu'il ne s'était pas manifesté auprès des services de la caisse d'allocations familiales en dépit des courriers qui lui ont été adressés et aux messages laissés à sa mère chez qui il avait déclaré être hébergé. Cette mauvaise foi fait obstacle à ce que M. B puisse se prévaloir des dispositions de l'article L. 123-1 du même code. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 123-1 et L. 123-2 du code des relations entre le public et l'administration doit, par suite, être écarté.
25. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 583-1 du code de la sécurité sociale : " Les organismes débiteurs des prestations familiales et leur personnel sont au service des allocataires. / Ils sont tenus en particulier : / 1°) d'assurer l'information des allocataires sur la nature et l'étendue de leurs droits ; / 2°) de leur prêter concours pour l'établissement des demandes dont la satisfaction leur incombe. / Ils peuvent également apporter leur concours à leurs allocataires en fin de droit pour l'établissement de dossiers formulés au titre d'autres régimes de protection sociale auprès d'autres organismes. " Aux termes de l'article R. 112-2 du même code : " Avec le concours des organismes de sécurité sociale, le ministre chargé de la sécurité sociale prend toutes mesures utiles afin d'assurer l'information générale des assurés sociaux. / Il établit annuellement dans le cadre des mesures générales de coordination déjà existantes les directives selon lesquelles s'exerce l'action des organismes de sécurité sociale en matière de prévention des accidents du travail. / Il contrôle la réalisation, par les organismes de sécurité sociale, du plan d'action sanitaire et sociale. / Il prend toutes mesures nécessaires à la mise en œuvre de l'action sociale en faveur des personnes âgées. ".
26. Compte tenu de ses omissions déclaratives, et sans que l'intéressé puisse se prévaloir d'un manque d'information de la part de l'organisme de sécurité sociale, ni d'une quelconque lacune dans l'information générale due aux assurés sociaux, M. B ne pouvait ignorer qu'il était tenu de déclarer son absence de résidence effective en France.
27. En dernier lieu, M. B ne peut sérieusement soutenir qu'il appartenait à l'administration, qui avait connaissance de son absence du territoire français du fait de la surveillance de ses connexions à son compte en ligne, de le mettre en garde sur les conséquences que pouvaient avoir ses absences prolongées sur le territoire français sur ses droits à bénéficier de revenu de solidarité active, dès lors qu'il lui appartenait de faire connaître ses changements de situation et de déclarer sa résidence dans ses déclarations trimestrielles.
28. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 10 mai 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à être déchargé de l'indu mis à sa charge.
Sur la remise gracieuse :
29. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active " et aux termes du neuvième alinéa du même article : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocations, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
30. Il résulte de ce qui a été dit au point 22 que M. B a omis de déclarer, pendant plusieurs années, sa résidence principale à l'étranger et a continué à percevoir le revenu de solidarité active sur la période en litige. Le requérant ne peut alors pas être regardé comme étant de bonne foi. Cette seule circonstance fait, en tout état de cause, obstacle au bénéfice d'une remise ou d'une réduction de la dette de revenu de solidarité active du requérant, quelle que soit la précarité de sa situation financière.
31. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, que les conclusions à fin de remise gracieuse présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
32. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Nord, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
33. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. CLa greffière,
Signé
B. BUISSART
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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