Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207095

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2207095
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 19 septembre 2022 et 9 décembre 2022, M. D B, représenté par Me Clément, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions en date du 18 septembre 2022 par lesquelles le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui restituer sa carte nationale d'identité dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil, sur le fondement de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet du Nord a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance en date du 9 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 janvier 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 5 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lemaire a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant roumain né le 13 octobre 1985, déclare être entré en France en 2021. Par des décisions en date du 18 septembre 2022, que M. B demande au tribunal d'annuler, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille du 5 décembre 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont, dès lors, devenues sans objet.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté en date du 20 juin 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C A, adjointe à la cheffe de bureau de lutte contre l'immigration irrégulière de la préfecture du Nord, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative n'affectent pas sa légalité et n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestées n'ont pas été notifiées à M. B dans une langue qu'il comprend doit être écarté.

5. En dernier lieu, les décisions attaquées mentionnent les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions ne peut, dès lors, qu'être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre qui ne peuvent justifier d'un droit au séjour en application du présent titre peuvent faire l'objet, selon le cas, d'une décision de refus de séjour, d'un refus de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour ou d'un retrait de celle-ci ainsi que d'une décision d'éloignement, conformément au titre IV () ". Aux termes de l'article L. 232-1 de ce code : " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale mentionné par la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille () ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / () / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". Enfin, aux termes de l'article L. 251-1 dudit code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société (). / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

8. M. B soutient que le préfet du Nord ne démontre ni qu'il séjournait en France depuis plus de trois mois à la date de la décision attaquée ou qu'il constituait une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale, ni que, à supposer même qu'il y séjournait depuis plus de trois mois, il ne remplissait pas les conditions prévues au 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui permettant de bénéficier d'un droit au séjour de plus de trois mois. Toutefois, le préfet du Nord n'a pas pris la décision contestée en raison de l'absence de droit au séjour de M. B, mais en raison de l'existence d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à un intérêt fondamental de la société française, sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que le requérant a droit au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 232-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, il résulte des dispositions citées au point 7 que si les citoyens européens bénéficient d'avantages conférés par le droit de l'Union européenne, en l'espèce, la liberté de circuler librement et de séjourner sur le territoire des Etats membres, le législateur peut, notamment pour la protection de l'ordre public, organiser un régime moins favorable que le droit commun pour ces déplacements, notamment lorsque leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Il appartient à l'autorité administrative d'un État membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre État membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet de trois condamnations, le 6 janvier 2017 par le tribunal correctionnel de Dunkerque à la peine de douze mois d'emprisonnement pour des faits de vol en réunion, filouterie de carburant, conduite sans permis et sans assurance, le 12 juillet 2016 par le tribunal correctionnel de Douai à la peine de deux mois d'emprisonnement pour des faits de vol par effraction, et le 24 mars 2017 par le tribunal correctionnel de Lille à la peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits de conduite sans permis et sans assurance. L'intéressé a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à raison de ces condamnations. Si M. B déclare être entré une nouvelle fois en France en 2021, il ressort également des pièces du dossier, et en particulier du relevé du fichier automatisé des empreintes digitales, qu'il est défavorablement connu des services de police à raison de treize signalements au fichier précité entre le 19 juin 2009 et le 17 septembre 2022 pour des faits de recels, de cambriolages de locaux industriels commerciaux ou financiers, de destructions et dégradations de véhicules privés, de vols, de vols en réunion, de vol par effraction, de conduite sans permis et sans assurance, d'usage de faux en écriture, ainsi que de délit de fuite après un accident de la circulation, les trois derniers signalements étant postérieurs à 2021. La circonstance que ces derniers faits n'ont pas donné lieu à une condamnation pénale ne faisait pas obstacle, au regard des dispositions rappelées au point 5, à ce que le préfet du Nord prenne en compte ces faits dans le cadre de l'exercice de son pouvoir de police administrative. Par ailleurs, M. B fait valoir qu'il travaille en France dans le cadre d'un contrat à durée déterminée d'insertion, qu'il est présent sur le territoire français avec son épouse et leurs six enfants, dont les trois derniers sont nés en France et dont cinq d'entre eux sont scolarisés en France, pour lesquels il dispose de ressources suffisantes. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B ne démontre pas la stabilité de sa situation professionnelle dès lors que son contrat doit être renouvelé tous les quatre mois. S'il se prévaut en outre de l'état de santé de son épouse, ressortissante roumaine pour laquelle la régularité du séjour n'est au demeurant pas établie, il ne produit aucun élément de nature à établir que l'état de santé de celle-ci fait obstacle à son retour dans leur pays d'origine. M. B n'établit ni qu'il serait dans l'impossibilité de se réinsérer socialement et professionnellement dans son pays d'origine, où il n'est pas dépourvu de toute attache privée et familiale, ni que ses enfants ne pourraient pas y poursuivre leur scolarité, le requérant y ayant vécu la majeure partie de sa vie et la majorité des membres de sa famille étant née dans ce pays. Dans ces conditions, eu égard à la particulière gravité des faits en cause, dont la matérialité n'est pas sérieusement contestée, et à leur réitération, le préfet du Nord a pu, à bon droit, estimer que le comportement personnel de M. B constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Eu égard à la situation personnelle et familiale de M. B décrite au point 10, à la durée de sa présence sur le territoire national et à la gravité des faits qui ont justifié l'édiction d'une mesure d'éloignement, la décision contestée n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prenant la décision attaquée, le préfet du Nord a omis de porter une considération primordiale à l'intérêt supérieur des enfants de M. B. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 14 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français doit être écarté.

16. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée.

17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

18. Pour refuser à M. B un délai de départ volontaire, le préfet du Nord s'est fondé sur le fait que sa présence en France représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il est dit au point 10, que la présence en France du requérant constitue une telle menace et caractérise ainsi l'existence d'un cas d'urgence au sens du deuxième alinéa de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Ainsi, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet du Nord n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux point 10 à 14, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 14 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français doit être écarté.

21. En second lieu, aux termes du cinquième alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux citoyens de l'Union européenne en vertu de l'article L. 261-1 du même code : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

22. Si M. B se prévaut, sans toutefois les produire, de plusieurs rapports d'organisations non gouvernementales qui établiraient l'existence de discriminations à l'égard de la communauté des Roms, dont le plus récent daterait de 2014, il n'apporte aucun élément précis et circonstancié permettant d'établir qu'il serait personnellement exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision faisant interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans :

23. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 14 que les moyens tirés de l'illégalité des décisions faisant obligation à M. B de quitter le territoire français et refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire doivent être écartés.

24. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée.

25. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 254-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". Aux termes du sixième alinéa de l'article L. 251-1 de ce code, applicable aux interdictions de circulation en vertu de l'article L. 251-6 du même code : " L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

26. Il ressort des termes de la décision contestée que, pour prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet du Nord a pris en compte sa situation familiale et économique, la menace que son comportement représente pour l'ordre public, ainsi que l'intensité de ses liens avec son pays d'origine. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que M. B, dont le comportement représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, ne justifie ni d'une intégration sociale et professionnelle sur le territoire français, ni être dans l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale en Roumanie, ni être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. B n'est fondé à soutenir ni que la décision litigieuse a été prise en méconnaissance de l'article L. 254-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que le préfet a entaché cette décision d'une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre l'interdiction de circulation d'une durée de deux ans en litige.

27. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux point 10 à 14, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

28. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en date du 18 septembre 2022 par lesquelles le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Norbert Clément et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. COURTOISLe président-rapporteur,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,