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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2207149

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207149

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2207149
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantBERTHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2022, Mme B C épouse A, représentée par Me Berthe, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros qui sera versée à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour :

- elle n'est pas motivée,

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable, qui implique que l'étranger obtienne un rendez-vous pour déposer lui-même, en personne, sa demande de titre de séjour ; sa qualité d'ancien demandeur d'asile ne faisait pas obstacle au dépôt d'une demande titre de séjour pour soins dès lors que les dispositions de l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 ne sont applicables qu'aux demandes d'asile postérieures au 1er mars 2019

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de l'absence de saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en méconnaissance des articles L. 425-9 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées, par lettres des 17 octobre 2024 et 13 novembre 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête, le silence gardé par l'administration sur une demande de rendez-vous afin de déposer une demande de titre de séjour n'ayant pas pour effet de faire naître une décision susceptible de recours devant le juge de l'excès de pouvoir.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Goujon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante arménienne née le 10 janvier 1984, a, par courriel du 7 septembre 2021, sollicité un rendez-vous en préfecture du Nord afin de déposer une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour des motifs liés à son état de santé. Par un courriel reçu par le préfet du Nord le 9 novembre 2021, elle a demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet qui serait née du silence gardé par l'administration sur sa demande de rendez-vous. Mme C demande l'annulation de cette décision.

2. Aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe ne fixe de délai déterminé dans lequel l'autorité administrative serait tenue de recevoir un étranger ayant demandé à se présenter en préfecture pour y déposer sa demande de titre de séjour. Le silence gardé par l'administration sur une demande de rendez-vous afin de déposer une demande de titre de séjour n'a ainsi pas pour effet de faire naître une décision.

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture et que l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, ou en envoyant un courriel à l'adresse indiquée par la préfecture sans obtenir de réponse, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel ce rendez-vous doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Si Mme C établit, par les pièces qu'elle produit, avoir effectué par un courriel du 7 septembre 2021, une demande de rendez-vous pour un premier de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé, en joignant les pièces demandées, conformément à la procédure indiquée sur le site internet de la préfecture, une telle démarche ne saurait, en l'absence de réponse de l'administration, faire naître une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, ni même une décision implicite susceptible de recours pour excès de pouvoir. Il appartient à la requérante, qui a le droit de voir sa situation examinée dans un délai raisonnable, de saisir le juge des référés, si elle s'y croit fondée, d'une demande tendant à ordonner toute mesure qu'elle estime utile pour l'obtention d'un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour.

6. Les conclusions à fin d'annulation sont ainsi dirigées contre des décisions inexistantes et la requête présentée par Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A, à Me Berthe et au préfet du Nord

Copie pour information sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cotte, président,

M. Fougères, premier conseiller,

M. Goujon, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

J.-R. Goujon

Le président,

signé

O. CotteLa greffière,

signé

C. Lejeune

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

.

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