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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2207159

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207159

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2207159
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Cabaret, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions en date du 19 mai 2022 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet du Nord a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet du Nord a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet du Nord a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour et faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet du Nord a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 29 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lemaire a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 4 mai 1970, déclare être entré en France le 1er janvier 2003. Le 18 février 2021, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé. Par des décisions en date du 19 mai 2022, que M. B demande au tribunal d'annuler, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 28 septembre 2021, publié le 30 septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à M. Simon Fetet, secrétaire général de la préfecture du Nord, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.

3. En second lieu, les décisions attaquées mentionnent les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions ne peut, dès lors, qu'être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 septembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

5. Il résulte de ces stipulations qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui en fait la demande au titre du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Si M. B soutient que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la situation des ressortissants algériens est intégralement régie par l'accord franco-algérien du 27 septembre 1968. M. B doit dès lors être regardé comme soutenant que cette décision a été prise en méconnaissance du paragraphe 7 de l'article 6 de cet accord.

8. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer à M. B le certificat de résidence qu'il sollicitait pour raisons de santé, le préfet du Nord s'est prononcé au vu, notamment, d'un avis émis le 19 juillet 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Selon les termes de cet avis, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, celui-ci peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, et vers lequel son état de santé lui permet de voyager sans risque, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

9. M. B fait valoir qu'il souffre d'un diabète de type 2 insulino-dépendant et d'une hypertension artérielle pour lesquels il est suivi en France depuis 2015. En outre, à la suite d'une anémie et de douleurs abdominales fréquentes, il a été pris en charge au cours de l'année 2019 pour un cancer colique de stade III, qui a nécessité une intervention chirurgicale le 12 novembre 2019 et des soins en chimiothérapie adjuvante jusqu'en mars 2020. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait personnellement dans l'impossibilité d'accéder de façon effective à un traitement approprié dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays. En effet, il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux produits par le requérant, que celui-ci suit un traitement antidiabétique et un traitement antihypertensif respectivement composés de Metformine et de Perindopril. Or, ces médicaments figurent sur la liste des médicaments disponibles en Algérie, établie en décembre 2021 par l'observatoire de veille des médicaments disponibles en officine, sous l'égide du ministère de l'industrie pharmaceutique d'Algérie. En outre, s'il fait l'objet d'un suivi trimestriel depuis l'arrêt des soins en chimiothérapie adjuvante, les comptes-rendus médicaux produits par M. B, dont le plus récent date du 11 mars 2022, font état d'un " état général excellent ". Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le risque de récidive du cancer de M. B nécessite une prise en charge particulière que ne pourraient pas assurer les établissements de santé algériens. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 septembre 1968 doit, dès lors, être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. B fait valoir qu'il est présent de manière continue sur le territoire français depuis le 1er janvier 2003, qu'il y a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux et que son état de santé fait obstacle à ce qu'il retourne dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour la première fois que le 18 février 2021. En outre, si M. B se prévaut d'attestations sur l'honneur rédigées par des proches, celles-ci sont insuffisantes, en raison de leur caractère peu circonstancié, pour établir qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. De plus, si M. B fait valoir qu'il réalise des missions de bénévolat au sein d'une association de football depuis 2010, il n'établit pas, ni même allègue avoir travaillé en France. Il n'établit pas qu'il serait dans l'impossibilité de se réinsérer socialement et professionnellement dans son pays d'origine, où il n'est pas dépourvu de toute attache privée et familiale dès lors qu'il y a vécu la majeure partie de sa vie et que ses parents y résident toujours. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que M. B n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que M. B est défavorablement connu des services de police dès lors qu'il a notamment été condamné à quatre ans d'emprisonnement le 21 janvier 2004 pour des faits d'importation, de transport, de détention et d'offre ou de cession non autorisés de stupéfiants et à cinq mois d'emprisonnement le 14 septembre 2007 pour des faits de recel de biens provenant d'un vol. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord a entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 12 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

14. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée.

15. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 12 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

17. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée.

18. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 15 que les moyens tirés de l'illégalité des décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour et faisant obligation à M. B de quitter le territoire français doivent être écartés.

20. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée.

21. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Oriane Cabaret et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. COURTOISLe président-rapporteur,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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