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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2207221

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207221

vendredi 20 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2207221
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. B A, qui contestait la décision du 9 septembre 2022 prolongeant son placement à l'isolement pour trois mois. Le tribunal a estimé que la procédure contradictoire avait été régulière, M. A ayant été informé de ses droits et ayant renoncé à consulter son dossier, à présenter des observations et à être assisté d'un avocat. Il a également jugé que l'avis du médecin n'était pas requis pour une prolongation d'isolement selon les articles R. 213-21 et R. 213-22 du code pénitentiaire, et que la décision n'était entachée ni d'erreur d'appréciation ni d'inexactitude matérielle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Alexandre Ciaudo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 septembre 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a prolongé son placement à l'isolement pour une durée de trois mois à compter du 13 septembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille d'ordonner la levée de son placement à l'isolement dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les droits de la défense ont été méconnus dès lors, d'une part, qu'une copie de son dossier disciplinaire ne lui a pas été communiquée avant l'adoption de la décision attaquée, d'autre part, qu'il n'a pas été représenté par un conseil et n'a pas été mis en mesure de présenter des observations orales lors du débat contradictoire préalable ;

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du médecin de l'établissement n'a pas été préalablement recueilli en méconnaissance des dispositions de l'article R. 213-21 du code pénitentiaire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'inexactitude matérielle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint, sous astreinte, à la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille d'ordonner la levée du placement à l'isolement de M. A dès lors qu'il a été libéré le 28 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sanier,

- et les conclusions de M. Caustier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, incarcéré au centre pénitentiaire de Lille-Annœullin depuis le 28 janvier 2021, a été placé à l'isolement le 13 décembre 2021 par une mesure régulièrement renouvelée. Par une décision du 9 septembre 2022, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a prolongé le placement à l'isolement de l'intéressé du 13 septembre au 13 décembre 2022. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites ". Aux termes de l'article R. 213-21 du code pénitentiaire : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initiale ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef de l'établissement pénitentiaire peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue, ni à son avocat, les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou de l'établissements. / () / Les observations de la personne détenue et, le cas échéant, celles de son avocat sont jointes au dossier de la procédure. Si la personne détenue présente des observations orales, elles font l'objet d'un compte rendu écrit signé par elle () ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été informé le 7 septembre 2022 que la prolongation de son placement à l'isolement était envisagée, de son droit de présenter des observations écrites ou orales, de se faire assister ou représenter par un avocat et de consulter les pièces relatives à la procédure suivie. A cette occasion, il a indiqué qu'il ne voulait ni consulter les pièces de la procédure, ni présenter d'observations, ni se faire assister ou représenter par un avocat lors du débat contradictoire préalable. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les droits de la défense auraient été méconnus.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 213-21 du code pénitentiaire : " Le chef de l'établissement, après avoir recueilli préalablement à sa proposition de prolongation l'avis écrit du médecin intervenant à l'établissement, transmet le dossier de la procédure accompagné de ses observations au directeur interrégional des services pénitentiaires lorsque la décision relève de la compétence de celui-ci ou du garde des sceaux, ministre de la justice ". Aux termes de l'article R. 213-30 du même code : " L'avis écrit du médecin intervenant dans l'établissement pénitentiaire est recueilli préalablement à toute proposition de renouvellement de la mesure au-delà de six mois et versé au dossier de la procédure ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le médecin de l'unité sanitaire du centre pénitentiaire de Lille-Annœullin a émis un avis le 5 août 2022, conformément aux dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office ". Aux termes de l'article R. 213-30 du même code : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé ".

8. Il résulte de ces dispositions que le placement à l'isolement d'un détenu doit être justifié par la nécessité de prévenir les atteintes à la sécurité publique. Lorsqu'elle décide de placer un détenu à l'isolement ou lorsqu'elle prolonge une telle mesure, l'administration doit, d'une part, tenir compte de la personnalité de celui-ci, de sa dangerosité et de son état de santé et, d'autre part, se fonder sur des éléments circonstanciés de nature à établir que, à la date de sa décision, le maintien de l'intéressé en détention ordinaire est susceptible de créer un risque pour la sécurité des personnes ou pour l'ordre interne à l'établissement pénitentiaire.

9. En l'espèce, le parcours pénitentiaire de M. A écroué depuis 2015, est jalonné de nombreux incidents pour lesquels il a fait l'objet de procédures disciplinaires, en particulier pour des faits de détention de produits stupéfiants en août 2021, de détention d'un téléphone portable en juin, en août et en décembre 2021, d'insultes et de menaces à l'encontre du personnel pénitentiaire en novembre et décembre 2021. En outre, l'adjointe au chef d'établissement du centre pénitentiaire de Lille-Annœullin a précisé dans son rapport du 5 septembre 2022 que le comportement de l'intéressé est marqué par une agressivité croissante et qu'il a multiplié les courriers véhéments et irrespectueux à l'égard la direction depuis son placement à l'isolement. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que le 22 mai 2022, le requérant a adressé un courrier à la directrice adjointe du centre pénitentiaire dans lequel il tient des propos outrageants et menaçants à l'encontre du personnel pénitentiaire et qu'il a réitéré un tel comportement le 11 août 2022. Si M. A fait valoir que les faits pour lesquels il a été sanctionné ne sont pas établis, il a toutefois reconnu en être l'auteur lors de ses auditions devant la commission de discipline. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'état de santé de l'intéressé serait incompatible avec un placement à l'isolement. Dans ces conditions, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni entacher la décision d'inexactitude matérielle ordonner le prolongement du placement de M. A à l'isolement. Par suite, les moyens soulevés à ces titres doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 septembre 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a prolongé son placement à l'isolement.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A et son conseil demandent au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Alexandre Ciaudo.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

Mme Balussou, première conseillère,

Mme Sanier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2025.

La rapporteure,

Signé

L. Sanier

La présidente,

Signé

S. Stefanczyk

La greffière,

Signé

N. Paulet

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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