vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2207356 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2022, M. C B, représenté par Me Cabaret, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 9 juin 2022 par laquelle le préfet du Nord a classé sans suite sa demande de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié " ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à exercer une activité salariée dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder à un nouvel examen de sa demande, dans le délai de quinze jours et sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à son profit au titre des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'il a déposé une demande d'aide juridictionnelle dans les délais ;
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 114-5, L. 211- 2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de ces dispositions ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 414-12 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de ces dispositions ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa vie personnelle.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit une pièce le 26 janvier 2023.
Par une ordonnance du 23 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 février 2023.
Le préfet du Nord a produit, à la demande du tribunal, une pièce, enregistrée le 26 avril 2024, qui a été communiquée en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à 25 % par une décision du 26 septembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Célino a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant iranien né le 13 avril 1982, est entré en France au cours de l'année 2011 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa portant la mention " étudiant ". Il a obtenu, d'abord une licence de sciences, technologies, santé, mention " électrotechnique automatique " au titre de l'année universitaire 2012/2013, ensuite un master de sciences et technologie, santé, mention " réseaux et télécommunication " au titre de l'année universitaire 2015/2016, et enfin un master de droit, économie, gestion, mention " management et administration des entreprises ", au titre de l'année universitaire 2018/2019. Du 8 février 2018 au 7 février 2019, il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire. Entre le 4 janvier 2021 et le 3 janvier 2022, il a été muni d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ". Par une demande, reçue par la préfecture du Nord le 2 novembre 2021, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Le 6 janvier 2022, il a sollicité un changement de statut, souhaitant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par une décision du 9 juin 2022, le préfet du Nord a classé sans suite la demande de changement de statut, au motif que l'intéressé n'a produit ni l'autorisation de travail, ni le contrat de travail signé. Cette décision équivaut à un refus opposé à la demande de changement de statut. Le 29 juin 2022, M. B a présenté un recours gracieux contre cette décision, recours rejeté le 21 septembre 2022. M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de la décision du 9 juin 2022.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 26 septembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille, ses conclusions aux fins d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 30 septembre 2021, publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du Nord n°225, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E D, directrice adjointe de l'immigration et de l'intégration, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A, directrice de l'immigration et de l'intégration, dont il n'est pas établi, ni même allégué, qu'elle n'était pas absente ou empêchée, à l'effet notamment de signer la décision attaquée. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les considérations de droit et de fait qui la fondent, en indiquant notamment que le requérant ne justifie d'aucun contrat de travail signé ni d'autorisation de travail, et est ainsi suffisamment motivée.
6. En troisième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation car le préfet aurait dû s'enquérir de la suite réservée à la demande d'autorisation de travail déposée par l'employeur. Toutefois, il n'établit pas que la demande d'autorisation de travail aurait été jointe au dossier de demande de titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". Aux termes de l'article L. 414-12 du même code : " La délivrance des cartes de séjour portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " et " travailleur saisonnier ", respectivement prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 et L. 421-34, est subordonnée à la détention préalable de l'autorisation de travail prévue aux articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Cette autorisation est délivrée dans les conditions prévues par le code du travail ". L'article L. 5221-2 du code du travail prévoit que : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. " Selon l'article L. 5221-5 de ce code : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2 () ". Le II de l'article R. 5221-1 du même code prévoit que : " La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur () ".
8. Si le préfet du Nord a relevé que M. B ne produisait pas de contrat de travail signé alors que l'article L. 5221-2 du code du travail mentionne la production d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative, il a également opposé au requérant l'absence de production de l'autorisation de travail. Il résulte de l'instruction que l'autorité administrative aurait pris la même décision si elle s'était fondée uniquement sur ce motif légal. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 421-1 et L. 414-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation de la situation du requérant dans l'application de ces dispositions doivent être écartés.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 5) ".
10. Il ressort des termes de cet article que le législateur n'a pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions qu'il prévoit. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'un refus de titre de séjour alors qu'il n'avait pas présenté de demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre.
11. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord a été saisi d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou qu'il a procédé à l'examen de la demande à ce titre, le courriel du 21 septembre 2022 adressé par la préfecture du Nord au conseil du requérant faisant état d'une demande sur le fondement de l'article L. 421-1 du même code sans que cet élément ne soit contesté par le requérant. Par suite, M. B ne peut utilement soutenir que le préfet du Nord a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En sixième lieu, au regard de ce qui a été indiqué au point 11, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de la situation du requérant dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
13. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans enfant. Il n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache en Iran, pays où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. En outre, si le requérant démontre un investissement sur le plan professionnel, aucun élément ne permet d'attester de liens significatifs noués sur le territoire français. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Cabaret et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président,
Mme Célino, première conseillère,
Mme Barre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
C. CELINO
Le président,
Signé
M. PAGANEL La greffière,
Signé
A. BEGUE
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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