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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2208552

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2208552

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2208552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (3)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2022, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 1er août 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a prononcé à son encontre une amende administrative de 888 euros, ensemble la décision du 15 septembre 2022 rejetant sa contestation contre cette décision.

Il soutient que :

- il a été induit en erreur par une information donnée par un agent de la caisse d'allocations familiales ;

- il n'a pas voulu commettre de fraude, est de bonne foi et sollicite le bénéfice du droit à l'erreur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bourgau pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue d'un contrôle de la situation de M. B et du réexamen de ses droits au revenu de solidarité active qui s'en est suivi, la caisse d'allocations familiales du Nord a décidé, le 8 décembre 2021, de récupérer auprès de l'intéressé un indu de revenu de solidarité active (INK/001) d'un montant de 4 442,01 euros pour la période de décembre 2018 à août 2020 qui trouve son origine dans l'omission par le requérant de déclaration de sa vie maritale ainsi que des indemnités de chômage perçues par sa compagne. Le 1er août 2022, le président du conseil départemental du Nord a décidé, après avis du comité d'étude des cas présumés frauduleux et de l'équipe pluridisciplinaire départementale, de prononcer à l'encontre de M. B une amende administrative de 888 euros. Par courrier du 5 septembre 2022, M. B a formé un recours gracieux contre cette décision, lequel a été rejeté par décision du président du conseil départemental du Nord du 15 septembre suivant. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision prononçant une amende à son encontre.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil départemental après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du présent code. La juridiction compétente pour connaître des recours à l'encontre des contraintes délivrées par le président du conseil départemental est la juridiction administrative ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / () ". Et aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

3. Il résulte de l'article L. 262-52 précité du code de l'action sociale et des familles qu'une amende administrative peut être infligée à l'allocataire qui a perçu indument le revenu de solidarité active à la suite de fausses déclarations ou d'omissions délibérées. La fausse déclaration ou l'omission délibérée doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu d'apprécier si les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, et de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration ou une omission délibérée.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude. / () ". Aux termes de l'article L. 123-2 du même code : " Est de mauvaise foi, au sens du présent titre, toute personne ayant délibérément méconnu une règle applicable à sa situation. / En cas de contestation, la preuve de la mauvaise foi et de la fraude incombe à l'administration. ".

5. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de contrôle établi par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Nord, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. B, allocataire du revenu de solidarité active, a omis de déclarer sa vie maritale avec sa compagne depuis le 1er novembre 2017 et, par voie de conséquence, l'allocation de retour à l'emploi perçue par cette dernière du 17 septembre 2018 au 15 septembre 2020, ce que ne conteste pas le requérant. L'allocation de retour à l'emploi n'étant pas mentionnée à l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel énumère limitativement les ressources non prises en compte pour la détermination des droits au revenu de solidarité active par dérogation à l'article R. 262-6 du même code, elle doit être prise en compte pour le calcul de ces droits. De plus, alors que le formulaire de demande de revenu de solidarité active, dans sa rubrique relative à la situation personnelle du demandeur, prévoit expressément le cas de la vie maritale et, dans sa rubrique relative aux revenus du demandeur, prévoit la déclaration des ressources du demandeur et de son conjoint, partenaire pacsé ou concubin, notamment les indemnités chômage, le requérant s'est néanmoins déclaré célibataire et n'a mentionné, tant dans le formulaire de demande que dans ses déclarations trimestrielles de ressources ultérieures nécessaires au calcul de ses droits, que ses seules ressources, à l'exclusion de l'allocation de retour à l'emploi perçue par sa compagne. En outre, M. B n'a jamais signalé de modification de sa situation s'agissant de sa vie maritale et des ressources de sa compagne alors même que l'engagement de l'allocataire à signaler toute modification de sa situation personnelle est rappelé dans le formulaire de demande qu'il a signé. Si le requérant soutient qu'il a été induit en erreur par une information erronée donnée par un agent de la caisse d'allocations familiales qui lui aurait indiqué de se déclarer comme célibataire, dès lors qu'il n'était ni marié ni pacsé, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. S'il soutient également qu'il n'a jamais eu l'intention de frauder et qu'il est de bonne foi dès lors qu'il s'est soumis au contrôle et a accepté de régler l'indu, de tels éléments sont sans incidence sur la caractérisation de l'intention frauduleuse antérieure à la réalisation du contrôle de sa situation. Dans ces conditions, eu égard à la nature des éléments de sa situation personnelle et des ressources non déclarés ainsi qu'au caractère public d'attribution de la prestation en cause, M. B ne peut être regardé comme ayant pu raisonnablement ignorer qu'il était tenu de déclarer sa vie maritale ainsi que le montant de l'allocation de retour à l'emploi perçue par sa compagne. Cette omission déclarative s'est, par ailleurs, reproduite pendant presque deux ans de sorte que, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, il ne peut être regardé comme étant de bonne foi. Dans ces conditions, il doit être regardé comme ayant effectué de fausses déclarations. Cette seule circonstance fait obstacle, conformément aux dispositions rappelées au point précédent, à ce qu'il puisse se prévaloir du droit à l'erreur.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département du Nord.

Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

T. BOURGAULe greffier,

Signé

A. COUET

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

No 220855

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