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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2208746

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2208746

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2208746
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantBERTHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 16 novembre 2022, 18 avril 2023 et 12 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Berthe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2022 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros hors taxes à verser à son avocat, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été signées par une autorité incompétente.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation car il remplit les conditions pour obtenir de plein droit un certificat de résidence " mention vie privée et familiale " sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2023, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Par ordonnance du 28 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jouanneau,

- et les observations de Me Berthe, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1956, est entré en France le 18 mai 2001 muni d'un visa de type C portant la mention " non professionnel ", valable du 24 avril 2001 au 23 octobre 2001. Le 8 mars 2022, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 5 mai 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale est délivré de plein droit : / " 1. Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui se prévaut d'une présence habituelle en France depuis le 18 mai 2001, verse au dossier de nombreuses pièces. Pour lui refuser la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations précitées de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet du Nord lui a opposé le caractère peu probant des justificatifs fournis pour établir sa présence. Toutefois, le requérant produit, au titre des années 2012 à 2019 et au titre de l'année 2022, des pièces suffisamment nombreuses, variées et probantes à l'appui de ses prétentions. S'agissant des années 2020 et 2021, le requérant soutient, sans être contesté par le préfet du Nord sur ce point, que les restrictions administratives et les fermetures de frontières, tant en France qu'en Algérie, ont nécessairement fait obstacle à ce qu'il quitte le territoire français. Au vu de ce contexte, les justificatifs qu'il produit au titre des années 2020 et 2021 doivent être regardés comme suffisants. Ainsi la réalité de la présence habituelle et continue en France de M. B depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée est établie. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le préfet du Nord a méconnu les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien en refusant de lui délivrer un certificat de résidence.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 5 mai 2022 refusant à M. B la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et celle fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " sollicité par M. B lui soit délivré. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer à M. B ce certificat de résidence dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Berthe, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Berthe de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté susvisé du préfet du Nord en date du 5 mai 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord, sous réserve de l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de délivrer à M. B le certificat de résidence algérien sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Berthe une somme de 1 200 (mille-deux-cents) euros hors taxes en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Berthe renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Berthe et au préfet du Nord.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Barre, conseillère,

M. Jouanneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

Le rapporteur,Le président,SignéSignéS. JOUANNEAUM. PAGANELLa greffière,SignéA. BEGUE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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