mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2208979 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | juge unique (6) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 novembre 2022 et 30 novembre 2022, Mme B A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 novembre 2022, prise sur recours administratif, par laquelle Pôle emploi, devenu France Travail, a confirmé la décision du 4 novembre 2022 lui notifiant sa radiation des listes de Pôle emploi et la suppression de son allocation pour une durée d'un mois ;
2°) d'annuler la décision du 21 novembre 2022, mettant fin à la médiation préalable obligatoire.
Elle soutient que :
- elle a effectué des recherches d'emploi aux alentours de Boulogne-sur-Mer ; sur internet ; et dans des sociétés médicales ;
- elle est en cours d'acquisition d'un véhicule pour rechercher un travail en raison de problèmes de santé qui l'empêche de marcher mais elle ne peut le faire en raison du défaut de versement, de la part de son notaire, d'une somme qui lui était due.
Par un mémoire, enregistré le 22 décembre 2022, la direction régionale de Pôle emploi, devenu France travail, des Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'elle n'a pas adressé les justificatifs de ces recherches démontrant un caractère réel et sérieux d'actes positifs et répétés de démarches pour la recherche d'un emploi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le décret n°2022-433 du 25 mars 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Le rapport de M. Riou a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A est inscrite sur les listes des demandeurs d'emploi et perçoit à ce titre l'allocation de solidarité spécifique. Le 16 septembre 2022, il lui a été adressé un questionnaire de contrôle de recherche. Le jour même, elle a été invitée à un rendez-vous téléphonique le 4 octobre 2022, qu'elle n'a pas respecté. Le 5 octobre, un avertissement avant radiation lui a été adressé. Mme A ayant contacté son agence, par téléphone, le 10 octobre 2022, elle a été informée qu'elle devait fournir des justificatifs de ses recherches d'emploi. Le 4 novembre 2022, à défaut de réception de ces justificatifs, il lui a été notifiée une décision de sanction pour insuffisance d'actions en vue de retrouver un emploi entraînant sa radiation des listes et la suppression de son allocation pour une durée d'un mois. Par une réclamation en date du 10 novembre 2021, elle a contesté la décision précitée qui a été confirmée, le 21 novembre 2021, par le directeur de Pôle emploi des Hauts-de-France. Le 13 novembre 2021, elle a formé une médiation préalable obligatoire auprès du médiateur de Pôle emploi des Hauts-de-France, qui a confirmé le 21 novembre 2021 la décision de Pôle emploi de l'a radiée de la liste des demandeurs d'emploi. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme contestant la décision du 21 novembre 2021 rendue par le médiateur de Pôle emploi des Hauts-de-France.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 5411-11 du code du travail : " Sous réserve des dispenses prévues à l'article L. 5411-8 et au deuxième alinéa de l'article L. 5421-3, le demandeur d'emploi immédiatement disponible accomplit de manière permanente, tant sur proposition de l'un des organismes mentionnés à l'article L. 5311-2, en particulier dans le cadre du projet personnalisé d'accès à l'emploi prévu à l'article L. 5411-6-1, que de leur propre initiative, des actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer, reprendre ou développer une entreprise. ". Aux termes de l'article R. 5411-12 du même code : " Le caractère réel et sérieux des démarches entreprises par le demandeur d'emploi est apprécié compte tenu de la situation du demandeur et de la situation du marché du travail local. ".
3. Aux termes de l'article L. 5412-1 du code du travail : " Est radiée de la liste des demandeurs d'emploi, dans des conditions déterminées par un décret en Conseil d'Etat, la personne qui : / 1° Soit ne peut justifier de l'accomplissement d'actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer, reprendre ou développer une entreprise ; () ". Aux termes de l'article R. 5412-5 du même code : " La radiation de la liste des demandeurs d'emploi entraîne l'impossibilité d'obtenir une nouvelle inscription : / () / 2° Pendant une période d'un mois lorsque sont constatés pour la première fois les manquements mentionnés aux 1°, 2° et a, b, d et e du 3° de l'article précité. En cas de deuxième manquement au sein de ce groupe de manquements, cette période est portée à une durée de deux mois consécutifs. A partir du troisième manquement au sein de ce groupe de manquements, cette période est portée à une durée de quatre mois consécutifs ; () ". Aux termes de l'article R. 5426-3 dudit code : " I - Le directeur mentionné à l'article R. 5312-26 supprime le revenu de remplacement mentionné à l'article L. 5421-1 pour une durée limitée ou définitivement selon les modalités suivantes : / () / 2° En cas de manquement mentionné aux 1°, 2° et a, b, d, et e du 3° de l'article précité, il supprime le revenu de remplacement pour une durée d'un mois. En cas de deuxième manquement au sein de ce groupe de manquements, le revenu de remplacement est supprimé pour une durée de deux mois consécutifs. A partir du troisième manquement au sein de ce groupe de manquements, le revenu de remplacement est supprimé pour une durée de quatre mois consécutifs ; () ".
4. Il résulte de ces dispositions que les articles L. 5412-1 et L. 5412-2 du code du travail prévoient les différents motifs de radiation de la liste des demandeurs d'emploi, laquelle relève de la compétence de Pôle emploi en vertu du 3° de l'article L. 5312-1 du même code, et renvoient la détermination des conditions de cette radiation à un décret en Conseil d'Etat.
5. Il résulte de l'instruction que Mme A a été invitée par Pôle Emploi, à la suite d'une procédure de contrôle, à rendre compte de ses actions de recherche d'emploi. A cette fin, en vue d'un entretien téléphonique, elle a été invitée à remplir un questionnaire. Ses réponses attestent de recherches peu actives, sous forme d'abonnement aux sites de Pôle emploi et d'une entreprise d'intérim et de recherches plus actives, qui auraient été engagées le jour même de la réponse au questionnaire. Invitée à produire des justificatifs de ses recherches d'emploi, Mme A n'a pas répondu et a refusé de donner la moindre explication au téléphone. Par suite, s'il est constant que Mme A a entrepris des démarches de recherches d'emploi, l'absence de preuve du caractère réel et sérieux de ces démarches caractérise une insuffisance d'actes positifs et répétés de recherche d'emploi. Dans ces conditions, c'est à bon droit que Pôle emploi, en vertu des dispositions précitées de l'article L.5212-1 du code du travail, a radié Mme A de la liste des demandeurs d'emploi.
6. Au demeurant, si elle soutient que ses difficultés de recherches d'emploi résultent de ses problèmes de santé, de l'absence de véhicule et de ses difficultés financières avec son notaire, ces moyens sont sans incidence sur l'absence d'actes positifs et répétés de démarches pour la recherche d'un emploi. Ces moyens doivent, dès lors, être écartés comme inopérants.
Sur la décision du 21 novembre 2022 fin à la médiation préalable obligatoire :
7. En vertu de l'article R. 5312-47 du code du travail, créé par l'article 5 du décret du 25 mars 2022 visé ci-dessus : " La procédure de médiation préalable obligatoire prévue par l'article L. 213-11 du code de justice administrative est applicable aux recours contentieux formés contre les décisions individuelles suivantes prises par Pôle emploi et relevant du champ de compétence du juge administratif : / () /3° Les décisions de radiation de la liste des demandeurs d'emploi, prévues aux articles L. 5412-1 et L. 5412-2 () ". Aux termes de l'article 6 du décret du 25 mars 2022 : " () Les dispositions de l'article 5 sont applicables aux recours contentieux susceptibles d'être présentés à l'encontre des décisions intervenues à compter du 1er juillet 2022 ". Aux termes de l'article R. 5312-48 du code du travail : " Le médiateur chargé de la médiation préalable obligatoire mentionnée à l'article R. 5312-47 est le médiateur régional de Pôle emploi territorialement compétent ".
8. Il résulte de l'ensemble des dispositions de la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 et du décret n° 2018-101 du 16 février 2018 qu'en mettant fin à la procédure de médiation préalable obligatoire, l'autorité administrative ne peut être regardée comme prenant une décision susceptible de recours. Ainsi, les conclusions dirigées contre la décision du 21 novembre 2022 mettant fin à la médiation préalable obligatoire doivent être regardées comme dirigées contre la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie pour information sera adressée au directeur régional de France travail Hauts-de-France.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
J.M. Riou
La greffière,
signé
I.Baudry
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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